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Violence sexuelle à l'université : des témoignages qui corroborent les faits

« Un professeur, seul avec moi pendant qu'il utilisait des équipements dans mon milieu de travail, m'a fait des attouchements et à mon refus, m'a menacée de me faire perdre mon emploi. Ceci n'est qu'un des événements. » En fait, ce témoignage n'est qu'un de ceux qui émaillent le rapport de l'enquête ESSIMU (Enquête Sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire), qui conclut qu'un peu plus d'une personne sur trois travaillant ou étudiant dans l'une des six universités québécoises étudiées affirme avoir déjà subi une forme de violence sexuelle.

On retrouve dans le document plusieurs extraits des témoignages des 9284 répondants ayant accepté de remplir le questionnaire en ligne qui a permis aux chercheuses d’arriver à leurs conclusions.

Quelques-uns de ces témoignages concernent des situations de harcèlement instiguées par des personnes en situation d’autorité.

« Il me complimentait sur mes fesses quand je portais certains pantalons. Il se trouvait souvent des prétextes pour toucher mon chandail près de mes seins. Par exemple, il devait enlever une soi-disant mousse. Il se tenait toujours trop proche de moi et quand je lui demandais de sortir de "ma bulle", il s’offusquait. Il saisissait chaque occasion pour se coller contre moi. Il me disait régulièrement que si jamais il apprenait que je le dénonçais pour harcèlement sexuel, il ne pourrait s’en remettre. PS : J’ai dénoncé la situation, il a été reconnu coupable et suspendu, mais c’est moi qui ai perdu mon emploi, car mon contrat dépendait de lui. »

D’autres parlent d’événements malheureux vécus par des professeurs.

« Un étudiant voulait obtenir un B dans mon cours. Il voulait fermer la porte. J’ai consenti en pensant qu’il voulait me dire quelque chose en privé, mais il m’a indiqué de façon pas discrète qu’il était disponible à faire n’importe quoi en échange de sa note préférée. J’étais étonné et je lui ai demandé d’ouvrir la porte toute suite. J’ai refusé carrément. »

« J’étais chargée de cours. Un étudiant s’est mis à m’envoyer des courriels qui m’ont dégoûtée et qui m’ont fait peur. Il disait qu’il voulait déposer une plainte contre mon cours parce qu’il trouvait que j’étais trop sexy pour enseigner, que ça rendait l’enseignement mauvais. Il voulait que je cède ma place à un autre chargé de cours parce que ça distrayait les étudiants, et que je devrais enseigner voilée parce que j’avais de trop belles courbes. Il concluait en me demandant si son courriel me faisait plaisir, etc. Il n’est jamais venu me parler en personne. Il m’a simplement envoyé des courriels. C’était un grand groupe, alors je ne savais pas c’était qui, je n’ai jamais mis de visage sur ce nom. »

Cependant, la plupart des témoignages que l'on retrouve dans le rapport ont pour objet des comportements déplacés entre étudiants, puisque, selon l’étude, dans 70,2 % des cas, l’agresseur est un étudiant, et que dans 78 % des cas, il a un statut équivalent à la victime.

« Un étudiant de doctorat qui étudiait dans la même équipe de recherche que moi, alors que j’étais au baccalauréat, a suggéré que le sexe devait me manquer, dû à mon célibat d’alors. Il s’est mis à gémir comme s’il allait atteindre l’orgasme en m’interpellant constamment, alors que je tentais de l’ignorer. Nous étions dans le laboratoire de recherche. Il y avait au moins un autre étudiant masculin présent lors de cette scène. Il n’a rien dit. »

« Étant la seule femme dans un bureau d’étudiants, j’étais la mire de blagues à connotation sexuelle par un collègue en particulier. Celui-ci faisait des blagues sur mes relations privées et montrait des images sexuelles en me comparant. »

« J’ai reçu plusieurs messages Facebook comme quoi la personne désirait avoir des relations sexuelles avec moi. Après avoir refusé pendant des mois, la personne a cessé ses demandes et a passé à autre chose. J’ai, une fois, reçu une photo de ses parties génitales. »

« Lors de trois événements, un étudiant à la maîtrise m'a harcelé sexuellement, surtout en état d’ébriété. Je lui ai répété maintes fois que j’avais un copain et que je n’étais pas intéressé. »

Pas de dénonciation aux autorités universitaires

Malgré la fréquence des agressions subies à l’université, fort peu de victimes parlent de leur expérience aux autorités de l’établissement, soit seulement 1 personne sur 10, indique le rapport.

Plusieurs raisons sont invoquées par les victimes pour expliquer leur silence, la plus fréquente étant le fait que ces dernières jugent que la situation n’était pas assez grave, et ce dans une proportion de près de 79 %. Suivent ensuite le désir de ne plus penser à l’incident et de passer à autre chose, puis la crainte que les autorités universitaires ne prennent pas leur plainte au sérieux.

« Pourquoi je n’ai rien dit? Parce qu’on était en fin de session, que j’étais débordée par mes travaux, que je ne voulais pas risquer de couler son cours, et malgré le fait que ce genre de commentaire est inacceptable, il est malheureusement rarement pris au sérieux, comme si ça faisait partie de la culture. Comme si c’était normal que les hommes aient des commentaires ou attitudes du genre à l’endroit des femmes. »

« Avant que cela dégénère, je me suis adressée seule au service du personnel enseignant et j’ai demandé qu’ils interviennent afin que cela cesse. Je n’ai pas déposé de plainte officielle, je voulais juste que les comportements cessent. Ils ont rencontré le chargé de cours et le comportement a cessé tout de suite. »

« J’ai porté plainte à la direction, et le syndicat avait déjà été mis au courant par d’autres étudiantes. Malheureusement, personne n’osait l’accuser d’agression ou d’harcèlement. Il est influent dans le milieu […] et personne n’osait, en première session, se retrouver avec un aussi lourd fardeau. Il aura fallu deux autres années de plaintes répétées, mais jamais suffisamment officialisées, pour que le chargé de cours soit finalement remercié [et encore là, je crois que la version officielle n’est pas le congédiement]. »

Quinze recommandations

Les chercheuses espèrent maintenant que leurs conclusions serviront notamment les instances gouvernementales et universitaires, afin qu’elles mettent en place des mesures de prévention de la violence sexuelle dans le milieu.

Elles suggèrent notamment à Québec de mettre en place une loi-cadre et un plan d’action visant à obliger les établissements d’enseignement postsecondaire à lutter contre la violence sexuelle.

De son côté, le milieu universitaire devrait financer des campagnes de sensibilisation en matière de violence sexuelle et faire des interventions éducatives sur le sujet, en plus de créer une ressource spécialisée en matière de violence sexuelle, accessible à l’ensemble de la communauté universitaire, disent-elles.

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