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Violences sexuelles sur les campus : « Non, ça ne marche plus comme ça »

EXCLUSIF – Moins d'un an après les agressions survenues dans une résidence étudiante de l'Université Laval, la ministre de l'Enseignement supérieur présentera aujourd'hui sa stratégie pour lutter contre les violences sexuelles sur les campus.

Un texte de Mathieu Dion et d’Hugo Lavallée, correspondants parlementaires à Québec

« J’ai compris que les victimes ne doivent plus jamais être laissées seules à elles-mêmes », affirme d’emblée Hélène David. Au cours des derniers mois, Mme David a mené cinq journées de consultations au Québec.

Sa stratégie ciblera les établissements collégiaux et universitaires, qui seront désormais forcés d’adopter une politique de prévention des agressions à caractère sexuel. Le moment choisi pour lancer ce plan d’action n’est pas anodin : les initiations, parfois synonymes de dérapages, débuteront dans les prochaines semaines.

Malgré les succès de la campagne « Sans oui c'est non! » sur le consentement sexuel, « il faut aller à un niveau supérieur d’intervention », plaide la ministre. Son message est clair : « Il n’y a plus personne qui pourra plaider l’ignorance. »

Encadrement des initiations

Le gouvernement souhaite dorénavant soutenir les collèges et les universités ainsi que leurs associations étudiantes dans l’encadrement des initiations. « Dès l’entrée, aux dires d’Hélène David, on va voir des pratiques où il y a moins de tolérance pour tout excès. »

Parmi les mesures concrètes avancées, il y a celles d’imposer une limite à la consommation d’alcool et de s’assurer qu’il y ait des étudiants et étudiantes à jeun pendant les activités, appelés « vigiles ».

Accompagnement pour les victimes

« En tant que femme, mère et ancienne professeure d’université, je veux absolument qu’il y ait une intervention et un accompagnement dignes de ce nom », insiste Mme David. Les établissements collégiaux et universitaires seront donc appelés à mettre en place un « guichet unique » connu et accessible.

À cet endroit, les victimes pourront bénéficier rapidement de ressources d’aide et rencontrer des gens « sensibles à leur cause ». Ces personnes pourraient, par exemple, accompagner la victime au poste de police pour porter plainte.

Accommodements dans les établissements

La ministre de l’Enseignement supérieur veut également aider les victimes à ne plus recroiser leur agresseur présumé. Les établissements d’enseignement seront donc tenus d’offrir des « accommodements académiques » au besoin. Par exemple, les étudiants ou les étudiantes qui souhaiteront abandonner un cours ou changer de groupe de travail ou qui auront besoin d’un moment de répit à la suite d’une agression, pourront en formuler la demande.

« Il va falloir, indique Hélène David, que les universités prennent leurs responsabilités, pas dans les mois ou les semaines à venir, mais dans les jours, pour qu’elles [les victimes] soient écoutées. […] Je ne veux plus que personne ne se dise : "Ça donnera rien." »

Viol-Secours de Québec satisfait

L’organisme Viol-Secours de Québec estime que l’adoption de politiques de prévention par les établissements d’enseignement enverra un signal fort aux victimes d’agression. « Déjà, ça vient dire qu’on reconnaît qu’il y a des agressions et qu’on croit les victimes et que c’est tolérance zéro », explique la directrice, Julie Tremblay.

Le nombre de demandes d’aide reçues par Viol-Secours a doublé depuis les récents événements survenus à l’Université Laval. La création de guichets uniques dans les établissements permettra aux étudiants de savoir où aller, en plus de leur donner accès à « du personnel qualifié, du personnel de confiance, qui connaît bien la problématique ».

La ministre Hélène David espère pouvoir déposer un projet de loi à l’automne afin de pérenniser cette stratégie gouvernementale. « Les ministres passent, mais les lois restent », conclut-elle.

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