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Visite à la Petite Havane, bastion des Cubains de Miami

Le quartier de la Petite Havane, à Miami, est divisé sur le voyage historique de Barack Obama à Cuba. Certains croient que ce rapprochement va surtout servir les intérêts de richissimes hommes d'affaires qui n'ont pas à coeur d'améliorer les conditions de vie des Cubains. Pour d'autres, c'est la seule lueur d'espoir à s'être manifestée à Cuba depuis l'instauration du régime communiste.

  Un texte de Christian Latreille
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Quelque 650 000 Cubains vivent dans ce quartier devenu leur bastion, leur refuge, après avoir fui la révolution cubaine. Ils ont recréé ici un pays à eux, où ils peuvent vivre librement sans la peur d'être harcelés par les services secrets cubains.

L'exil forcé n'a pas tué leur joie de vivre. En plein après-midi, les couples se déhanchent dans un café au son de la salsa, enveloppés d'une odeur de cigares fraîchement roulés. Derrière cette joyeuse insouciance se cache cependant beaucoup de souffrance.

Ces Cubains résistent encore, à distance, à l'oppression du régime castriste, qui emprisonne et tue parfois les opposants. Et la visite de Barack Obama à Cuba ravive de vieilles blessures. Ceux qui ont risqué leur vie pour se rendre jusqu'aux plages de la Floride sont en colère contre le président des États-Unis.

De vieilles rancoeurs

De vieux Cubains rencontrés au parc des dominos nous racontent la vie des habitants de l'île, privés de leurs droits fondamentaux, comme celui de manifester et de critiquer le gouvernement. « Si nous étions à Cuba, affirme Luis Negron, qui habite la Petite Havane, en moins de cinq minutes je serais arrêté pour avoir parlé à un journaliste. »

Les Cubains auraient souhaité qu'Obama exige des concessions des Castro sur la liberté d'expression, inexistante là-bas. Ils accusent le chef de la Maison-Blanche de délaisser les droits du peuple cubain au profit de son héritage politique. Une vision à courte vue qui les choque et les révolte.

Beaucoup de ces réfugiés politiques ont encore un frère, une mère ou un ami sur l'île cubaine, appauvris et muselés par les forces de sécurité de cette dictature, en place depuis 1959. Ils dénoncent la vision romantique associée à Fidel Castro et à Che Guevara. « Ils ont tué mon fils », crie Miriam de la Pena, 59 ans, exilée aux États-Unis depuis l'âge de quatre ans.

Les jeunes, plus optimistes

Par contre, les jeunes Cubains que nous avons rencontrés sont beaucoup plus ouverts à la présence du président américain à La Havane. « Pour nous, c'est une bouffée d'air frais », affirme Pepe Montes, un pianiste de 24 ans. « Le rétablissement des relations entre les deux pays va se faire lentement, mais ça nous donne de l'espoir. »

D'autres, dans la vingtaine eux aussi, nous parlent les yeux brillants de cette ouverture de l'administration Obama vers Cuba. Selon eux, c'est une chance unique dans l'histoire de faire avancer les choses dans ce pays des Antilles, où l'économie stagne et où la presse est censurée depuis plus de 50 ans.

Est-ce que la présence du président américain en terre cubaine va provoquer un lent retour à la démocratie? Impossible de répondre pour l'instant. Hier encore, les Castro ont fait preuve de leur brutalité habituelle en ordonnant l'arrestation de ces dames en blanc qui manifestent pacifiquement tous les dimanches pour la démocratie.

Plusieurs, à Miami, croient que les Castro rient carrément d'Obama et profitent de sa naïveté. Mais quoi qu'on en pense, le message de paix et la main tendue du président des États-Unis vers le peuple cubain ne doivent pas être sous-estimés.

N'oublions pas que le mur de Berlin est tombé en 1989 deux ans après que le président américain Ronald Reagan eut demandé à l'ex-président soviétique Mikhaïl Gorbatchev de l'abattre. La stratégie des petits pas est parfois la seule disponible et la plus efficace.

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