Retour

Vive Montréal aux Francos : 375 minutes de musique pour le 375e

La chanson francophone du Québec, d'Europe et d'Afrique a résonné au cœur du centre-ville de Montréal, dimanche, lors du spectacle marathon Vive Montréal aux Francos, présenté en clôture des 29es FrancoFolies pour le 375e anniversaire de la métropole.

Sous la menace d’orages qui ne se sont jamais matérialisés – sauf de la pluie de 22 h 45 à minuit –, les chansons fédératrices des Cowboys Fringants et d'IAM, celles du collectif féminin Louve (Ariane Moffatt, Marie-Pierre Arthur, Salomé Leclerc et consœurs), de Tiken Jah Fakoly et de Philippe Brach ont permis à des milliers de festivaliers de chanter et de danser pendant près de neuf heures dans une chaleur étouffante.

Les Cowboys Fringants présentaient un premier spectacle en plein air aux FrancoFolies depuis le 15e anniversaire du festival en 2003. Les rappeurs d'IAM renouaient avec le Québec et avec bon nombre d’immigrants français venus s’établir à Montréal. Deux déflagrations sonores complètement différentes, en définitive, mais à la hauteur des réputations des deux groupes.

Allez, on résume en cinq minutes de lecture les cinq prestations qui ont duré – symbolique hasard – 375 minutes.

Fou Brach

À 15 h 30, sous quelques gouttes de pluie vite disparues, Philippe Brach a amorcé le marathon musical devant l’esplanade de la Place des Arts. Après 10 minutes, la question méritait d’être posée : est-ce que Philippe Brach (prononcez « brac ») est plus joyeusement fou braque que Philippe Katerine est affectueusement cinglé? Cela dit avec beaucoup de respect envers ces deux messieurs…

Vêtu d’une longue veste faite sur mesure sur laquelle était cousu le logo de la ville de Montréal, Brach a installé sur la scène un drapeau à l’effigie du maire Denis Coderre. En plus de la présence d’un saxophoniste vêtu uniquement d’un maillot de bain, il y avait aussi un taureau mécanique qu’il a enfourché durant l’interprétation de Dans ma tête et Héroïne. Du gros, gros délire.

Retransmise sur les ondes d’ICI Musique, la prestation a été victime des problèmes techniques inhérents à toute retransmission en direct. Pas grave. Brach, ses musiciens et l’animateur de foule ont tourné le tout à leur avantage dans ce spectacle où la folie était à l’honneur.

Le seigneur Tiken Jah

Chaque fois que Tiken Jah Fakoly se pointe sur une scène, on a l’impression d’être en présence d’un grand seigneur. Sous un soleil éclatant, avec un groupe du tonnerre, l’Africain a été rassembleur, comme il sait si bien le faire.

Impossible de résister aux tempos dansants, aux chants d’espoir (Quand l’Afrique se réveille, Get Up Stand Up, de Bob Marley) et aux dénonciations politiques (Tu m’as tué, Ils ont partagé le monde) qui se conjuguent par une inclusion complète des pays et des êtres humains.

« Montréal, vous voulez chanter avec moi pour l’Afrique? » Bien sûr. Et tout le monde reprend les paroles du Prix du paradis. Soixante-quinze minutes de communion partagée.

Les louves

À 19 h, nous sommes sur la place des Festivals pour voir Louve, le collectif féminin mis sur pied par Ariane Moffatt. Le noyau dur? Arianne (claviers, batterie), Marie-Pierre Arthur (basse), Salomé Leclerc (guitare, batterie), Amylie (guitare, ukulélé), Laurence Lafond-Beaulne (claviers, percussions) et Karine Pion (percussions). Toutes des chanteuses, de surcroît.

Leurs invitées : les Hay Babies (Motel 1755), Mara Tremblay (Toute nue avec toi, en version grunge), Laurence Nerbonne (Montréal XO, dansante à souhait), Klô Pelgag, déguisée en moitié de pomme (Les ferrofluides-fleurs), et Safia Nolin (Igloo) qui sont venues interpréter des chansons de leur répertoire. Tout comme l’ont fait Amylie (Les filles, en mode garage rock), Salomé Leclerc (Tourne encore, musclée) et Marie-Pierre Arthur (Si tu savais).

Jenny Salgado est venue partager Miami avec Ariane, tandis que Frannie Holder a fait de même avec Lafond-Beaulne pour la Material Girl de Madonna. Autre reprise, La vie est laide, de Jean Leloup – le pendant de la louve –, qui a mis à contribution Holder et Jenny. Vitaminée à souhait, cette version. Les sœurs Boulay sont venues conclure avec Tout arrive, chanson de la regrettée Ève Cournoyer.

Il y a bien eu quelques pépins techniques de raccords. Ça arrive, quand on met un spectacle sur pied en cinq jours. « Tous les techniciens sont des gars! » a ironisé Ariane Moffatt, enceinte, qui n’a pas crevé ses eaux… Sérieusement, c’était du solide et ça faisait la démonstration – comme s’il le fallait – que les filles valent bien les gars en musique. Y a-t-il vraiment des gens qui n’en sont pas convaincus parmi les programmateurs de festivals et les directeurs de radios? Misère.

L’ouragan IAM

J’ai le souvenir d’un incendiaire concert en salle de IAM, aux FrancoFolies. Dimanche, c’était la version en plein air avec des dizaines de milliers de personnes pour les célébrations du 20e anniversaire du disque phare L’école du micro d’argent.

Dès l’entrée en matière avec Nés sous la même étoile, la cause était entendue : triomphe annoncé avec des milliers de gens qui chantaient et répondaient au groupe de Marseille durant Bad Boys de Marseille, Chez le mac, L’empire du côté obscur (avec les sabres laser à la Star Wars), Bouger la tête et Petit frère.

Une ambiance digne d’un concert que l’on verrait dans l’Hexagone. En fait, toute la France semblait être sur la place des Festivals. L’a-t-on déjà vue si bondée? Oui. Pour Stevie Wonder. Pour Arcade Fire. C’était de cette envergure. Rien de moins. Quand IAM a bouclé sa prestation avec son rap-fleuve Demain, c’est loin, je me disais qu’on avait là un concert qui allait se retrouver dans tous les palmarès de fin d’année.

La tornade fringante

Dès la fin du concert d’IAM, des centaines – des milliers? – de festivaliers ont retraité vers la rue Sainte-Catherine pour être remplacés par ceux des Cowboys Fringants. Un fascinant mouvement de foule qui, en définitive, n’a rien changé, tant la rue Jeanne-Mance était aussi bondée à 22 h qu’à 22 h 30.

C’est à ce moment que les Cowboys Fringants ont pris d’assaut la scène. Flanqués de deux batteries, de deux cuivres (trombone, trompette) et d’un guitariste supplémentaire, Karl Tremblay, Jean-François Pauzé, Marie-Annick Lépine et Jérôme Dupras ont entonné Bye Bye Lou avant d’asséner un triplé coup de poing (La Manifestation, La Reine, 8 secondes) dont l’onde de choc a été ressentie jusque sur la Rive-Sud.

Des milliers d’amateurs ont chanté à pleins poumons les hymnes fédérateurs et battu la mesure, pendant que le groupe, plus que jamais, mettait la pédale au plancher. Après l’intensité de IAM, on avait droit à la fougue dynamitée des Cowboys. Personne n’a perdu au change et personne n’a quitté la place des Festivals quand la pluie s’est mise à tomber durant Toune d’automne.

Karl Tremblay a dénoncé le premier ministre Justin Trudeau pour ses positions envers certains projets de pipelines avant l’interprétation de La cave. Même genre de discours avant En Berne (furieuse), en notant que Montréal aurait besoin d’un peu plus de verdure. Là, les Cowboys dénonçaient les promoteurs immobiliers. Quant à Plus rien, chanson qui annonce la fin du monde, elle a été interprétée avec une ferveur et une puissance rarement mesurée au cours des ans. Même pour une célébration, les Cowboys ne laissent jamais leur conscience sociale à l’arrière-scène.

Mais pas question de ne pas faire la fête non plus. Et avec Paris-Montréal, Marine Marchande (avec le concours de Frannie Holder), Joyeux calvaire et Awikatchikaën au menu, tout le monde est rentré trempé – mais heureux – quand Le Shack à Hector est venu clore l’une des meilleures cuvées des FrancoFolies de mémoire de journaliste.

Plus d'articles

Commentaires