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Vives réactions quant aux dépassements de coûts de la Maison olympique

Le Comité olympique canadien (COC) est plongé dans une autre controverse, de nature financière cette fois : la Maison olympique du Canada, inaugurée en grande pompe l'été dernier au centre-ville de Montréal, fait l'objet d'importants dépassements de coûts et de retards dans les échéanciers, ce qui soulève de vives réactions dans les milieux sportifs et politiques.

Selon un audit effectué par la firme Deloitte, le COC a dépensé 2,9 millions pour une salle de réunion et plus de 1 million pour l'inauguration de la Maison olympique, le 9 juillet 2015 - des dépenses somptueuses pour un bâtiment qui devait consacrer le statut de Montréal comme première ville olympique canadienne, un rêve cher au coeur de l'ex-président Marcel Aubut, qui a quitté son poste dans la controverse en octobre dernier.

La construction de la Maison olympique, qui n'est toujours pas terminée, se dirige d'ailleurs vers un dépassement du budget prévu, alors que l'échéancier des travaux n'est pas respecté. Un musée interactif qui devait être ouvert au public semble en outre loin de voir le jour.

L'affaire, révélée par le Globe and Mail vendredi matin, a rapidement créé la commotion à travers le tout le pays, d'autant plus que le COC a reçu 8,5 millions de dollars en fonds publics pour ce projet : 3,5 millions de Québec, 3 millions d'Ottawa et 2,5 millions de la Ville de Montréal.

« Décevant », « décourageant », « difficile à accepter » : le chef de mission de la délégation canadienne aux Jeux olympiques de Rio, Jean-Luc Brassard, ne mâche pas ses mots pour qualifier les nouvelles allégations de mauvaise gestion au COC.

« C'est toujours un peu difficile à accepter jusqu'à un certain point. La plupart des athlètes vivent vraiment des moments difficiles financièrement », a commenté M. Brassard, lui-même ancien champion olympique en ski acrobatique, dans une entrevue accordée à ICI RDI.

« Ça ne fait que concrétiser ma pensée, ma demande de transparence envers les administrateurs pour savoir exactement ce qui s'est passé au cours des dernières années », a-t-il ajouté, dans une référence à la sortie qu'il a récemment effectuée au sujet des cas de harcèlement sexuel constatés sous la présidence de Marcel Aubut.

« Quand j'ai adhéré à la Maison olympique canadienne, je n'y voyais que du bien. C'était de ramener l'olympisme au niveau de la rue, [...] de le rendre tangible, pouvoir inspirer les plus jeunes », indique le chef de mission.

« Maintenant, de voir qu'il y a des coûts aussi pharaoniques pour arriver à ce résultat-là, en fait, pour arriver à rien - parce qu'il n'y a pas de musée, pas de choses interactives, il n'y a rien qui s'adresse aux écoles, rien de ça - c'est évidemment décevant. »

« C'est frustrant », dit la ministre des Sports

À Ottawa, la ministre des Sports, Carla Qualtrough, n'a pas caché sa déception.

« C'est frustrant », a-t-elle laissé tomber, en soulignant que le projet avait été décidé sous l'ancien gouvernement conservateur et que l'argent d'Ottawa avait été versé par Développement économique Canada pour les régions du Québec.

Mme Qualtrough, qui est triple médaillée olympique et qui a déjà été présidente du COC, assure avoir une grande confiance envers le leadership de Tricia Smith, qui a succédé à Marcel Aubut. « Je pense qu'ensemble, nous allons créer une nouvelle culture dans le domaine des sports au Canada. »

À Québec, le premier ministre Philippe Couillard a refusé de commenter le dossier. « C'est une décision qui a été prise par le COC. C'est à eux d'expliquer, c'est à eux de gérer ça », s'est-il borné à dire.

Quant à la Ville de Montréal, elle retiendra un montant de 800 000 $ en attendant les pièces justificatives et la vérification des travaux complétés.

La réaction du COC

Dans un communiqué transmis à Radio-Canada, le COC explique avoir « demandé de façon proactive à Deloitte de réaliser un audit pour examiner la première phase du projet » de la Maison olympique, maintenant terminée, et la fête inaugurale du 9 juillet, afin de « veiller à ce que les ressources soient utilisées judicieusement ».

« La situation financière actuelle ne reflète pas le résultat final, car elle englobe des éléments de dépenses associés à la deuxième phase du projet, soutient-il. Nous avons rencontré chacun de nos partenaires gouvernementaux au cours des dernières semaines et avons leur appui soutenu en vue de l'achèvement du projet en 2016. »

« Notre intention consiste à faire en sorte que ce projet d'immobilisations n'ait en définitive aucune incidence sur les recettes fiscales », affirme le COC, sans jamais commenter le bien-fondé des dépenses engagées pour la salle de réunion ou pour l'inauguration. Il souligne tout de même que cette fête « a permis de recueillir plus de 1,5 million de dollars pour la Fondation olympique canadienne ».

Le COC assure qu'il demeure « résolu » à ouvrir la Maison olympique canadienne au public en 2016.

« Il faut crever l'abcès », dit l'ex-championne Sylvie Bernier

Dans sa chronique hebdomadaire à l'émission Gravel le matin, l'ex-championne olympique Sylvie Bernier dit avoir « sursauté » en prenant connaissance des allégations publiées par le Globe and Mail. « Il faut vraiment crever l'abcès, et ce n'est pas fait encore », a-t-elle commenté à l'instar de Jean-Luc Brassard.

« Étant très près des athlètes, je sais combien les athlètes, souvent, en arrachent, surtout à quelques mois des Jeux olympiques. Il y a beaucoup de compétitions internationales, a-t-elle souligné. Ils ne sont pas tous soutenus [...] par leur fédération ou leur association. Trois millions de dollars, c'est beaucoup beaucoup d'argent. »

Mme Bernier, qui a aussi été chef de mission pour le Canada lors des Jeux olympiques d'été de Pékin, en 2008, s'interroge sur la façon dont le projet de Maison olympique a été présenté au directeur général du COC et aux membres de son conseil d'administration.

« Qu'est-ce qui s'est passé pendant ces quatre années? Qu'est-ce qui s'est passé par rapport aux dépenses qui sont reliées à l'inauguration, [...] à toutes les festivités, et la salle? C'est certain qu'il faut se demander si on n'a pas mis trop d'argent sur l'image, le flafla et qu'on a oublié que cet argent devrait aller à la préparation de nos athlètes. »

Mme Bernier est aussi préoccupée par l'impact des révélations sur les commanditaires des athlètes, et aussi par les répercussions qu'aura cette affaire dans le reste du Canada. Elle admet craindre « qu'on ramène tout ailleurs, et que le fait francophone disparaisse » au COC, alors qu'il connaît un essor sans précédent depuis quelques années.

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