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Vivre avec la schizophrénie et combattre les préjugés

Les personnes atteintes de schizophrénie sont bien souvent confrontées à la peur des autres. Malgré les nombreux obstacles, Bernard Saulnier a appris à vivre avec ses démons. Aujourd'hui, il s'attaque à un monstre bien plus grand : les préjugés, notamment celui voulant que schizophrénie rime avec violence.

Un texte de Caroline Lacroix

Âgé de 60 ans, Bernard Saulnier parle sans détour de sa maladie mentale.

« Je ne suis pas un schizophrène. Je souffre de schizophrénie », précise-t-il d’emblée.

Sa première psychose, il l’a eue alors qu’il était au début de sa vie adulte. Il entendait des voix qui l’incitaient à tuer. Il était conscient que « ce n’était pas normal » et c’est ce qui l’a poussé à consulter un médecin.

Ses visites dans les hôpitaux et les centres de désintoxication se sont multipliées. « Ça n’a jamais rien donné, avoue-t-il d’une franchise déconcertante, jusqu’à ce que j’atteigne mon bas fond. »

C’est lorsqu’il a accepté de parler avec d’autres personnes comme lui qu’il a pu commencer à s’en sortir. Ensuite, il lui a fallu accepter son diagnostic, cesser de consommer, prendre religieusement ses médicaments et se doter d’une bonne hygiène de vie. Ce sont les quatre facteurs essentiels pour stabiliser ce trouble du cerveau, selon les experts de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal.

Aujourd’hui conférencier, chroniqueur et blogueur, Bernard Saulnier participe activement à faire lever les tabous. Il se sent utile, un sentiment très fort pour un homme qui, malgré l’amélioration de sa condition, entend encore des voix qui le dénigrent.

Les mots qui passent dans ma tête, je les ramène dans mon blogue, je les ramène dans mon cahier. J’essaie de mettre de l’ordre dans ce délire-là.

Bernard Saulnier, atteint de schizophrénie

Au début du mois de décembre, Frederick Gingras, qui est atteint de schizophrénie, est accusé d’avoir tué deux personnes. Bernard Saulnier tient à rappeler que ce lien entre la maladie et la violence n’est pas généralisé.

« Les gens qui ont un problème, une schizophrénie par exemple, ne passent pas tous à l’acte, ce n’est pas vrai ça. Ils ne sont pas tous violents », nuance-t-il.

Il se souvient d’avoir lui aussi cessé de prendre ses médicaments. « Les soins, il faut les accepter [...] C’est sûr que quand t’es paranoïaque, c’est difficile de donner le pouvoir à un soignant. T’as peur de ce système-là. De faire le saut vers ça, c’est très difficile. Mais il faut le faire. »

Depuis quelques années, le sexagénaire fait partie des patients-partenaires de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, ce qui signifie qu’il joue un rôle actif dans l’amélioration des soins prodigués aux personnes qui souffrent de schizophrénie.

C’est à ce titre qu’il a commencé à prononcer des conférences à travers le monde en compagnie d’un des gestionnaires de l’établissement, Luc Legris.

« Moi, je peux bien parler de la schizophrénie, mais Bernard décrit bien les voix qu’il entend et l’impact que ça a dans son quotidien », explique le directeur adjoint du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal.

« Ça prend beaucoup d’humilité pour faire des conférences avec Bernard », lance-t-il en riant. « Les gens vont retenir plus ce que Bernard dit que ce que nous pouvons dire comme gestionnaires ou cliniciens et souvent les gens ne viennent pas nous voir nous, mais Bernard. »

Pour Bernard Saulnier, il est important que les gens sachent qu’on peut vivre avec la schizophrénie et aller au bout de ses rêves, à condition d’aller chercher de l’aide. Lui qui a toujours voulu être écrivain, son blogue et ses chroniques en sont la concrétisation.

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