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Vivre dans la douleur à cause d'une prothèse de hanche mal conçue

Un résident de la Mauricie s'est fait poser une prothèse de hanche métal sur métal prétendument révolutionnaire. Mais les résultats sont catastrophiques. Comment Santé Canada a-t-il pu autoriser une telle prothèse?

Un texte d'Esther Normand à La facture

Serge Brousseau n'a que 51 ans quand il apprend que sa hanche gauche est très abîmée et qu'elle doit être remplacée. Pendant toute sa vie active, l'homme de Shawinigan a travaillé dur physiquement, et il a fait des gestes répétitifs qui ont usé son corps prématurément.

En mai 2009, il se fait poser une prothèse de hanche de type métal sur métal à l'hôpital de Trois-Rivières. Il s'agit d'une nouvelle technologie très prometteuse pour les patients jeunes et actifs. Une prothèse qu'il pourra sans doute garder toute sa vie et qui devrait lui redonner sa vigueur d'antan. Un rêve pour ce grand amateur de chasse et de pêche. Mais plusieurs mois après l'opération, la douleur ne s'estompe pas.

Serge Brousseau. Photo : ICI Radio-Canada

Serge Brousseau retourne voir son orthopédiste, qui n'arrive pas à identifier son problème. Son médecin décide finalement de l'opérer de nouveau, et ce qu'il découvre est inquiétant : l'intérieur de sa hanche est noir et rempli de débris.

Une prothèse mal conçue

Après de nombreuses visites médicales, le verdict tombe : la prothèse a été mal conçue et il faut la retirer à peine un an et demi après qu'elle eut été posée. Il y a eu frottement entre deux parties de la prothèse, ce qui a libéré des débris de cobalt et de chrome et a lourdement endommagé les tissus de sa hanche.

La prothèse qu'on lui a implantée est une ASR, de DePuy, une filiale de la multinationale Johnson & Johnson. Elle a été approuvée en 2006 par Santé Canada. En tout, 1400 Canadiens l'ont reçue, dont près de 600 Québécois.

En 2010, DePuy a retiré sa prothèse du marché. Santé Canada, de son côté, a fait une mise en garde contre toutes les prothèses de type métal sur métal en 2012.

Santé Canada trop permissif?

Comment la prothèse posée à Serge Brousseau a-t-elle pu être approuvée par Santé Canada? Pascal-André Vendittoli, un éminent chirurgien orthopédiste de l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont, à Montréal, estime que « le processus actuel d'évaluation des nouvelles technologies par Santé Canada ne permet pas l'identification des implants qui seraient défectueux ».

Pascal-André Venditolli, chirurgien orthopédiste à l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont. Photo : ICI Radio-Canada

Dans un courriel, Santé Canada nous assure qu'il accorde une homologation seulement lorsque des preuves suffisantes d'innocuité et d'efficacité ont été fournies. Serge Brousseau, lui, ne peut plus travailler. Il mise sur un recours collectif contre DePuy pour l'aider à joindre les deux bouts.

DePuy fait face à de lourdes poursuites intentées dans plusieurs pays. D'autres fabricants de prothèses de type métal sur métal sont aussi traînés devant les tribunaux, et cela risque de leur coûter cher.

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