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Voici 3 raisons de s'intéresser à la conférence de Paris

Jamais n'aura-t-on autant parlé des changements climatiques qu'au cours des dernières semaines. La rencontre de Paris est de loin la plus grande réunion en environnement depuis le Sommet de la terre à Rio en 1992. Voici pourquoi il faut accorder une attention particulière à celle-ci.

Un texte d'Étienne Leblanc journaliste spécialisé en environnement

À lire les grands titres au cours des derniers mois, on a l'impression que la planète retiendra son souffle pendant deux semaines à Paris. Quatorze jours d'apnée mondiale, en attente de l'ultime accord universel qui sauvera la planète.

Disons ceci : la conférence de Paris sur le climat n'empêchera pas le réchauffement climatique de s'opérer un peu partout sur le globe à court terme. Mais elle pourrait marquer le début d'une nouvelle ère : celle de la grande décarbonisation de la planète.

Pourquoi est-ce une conférence si importante?

J'ai couvert près d'une dizaine de conférences des Nations unies sur le climat. Au cours des 10 dernières années, je ne compte plus le nombre de fois où j'ai entendu les négociateurs, les politiciens et les environnementalistes décrire les conférences comme étant celles « de la dernière chance », « les ultimes négociations », ou « une question de vie ou de mort ».

Cette surenchère verbale aura été nuisible. Les citoyens ont cessé de croire que les élus de la planète prenaient le problème au sérieux.

Pourquoi, alors, devrait-on accorder une attention plus particulière à la conférence de Paris? J'y vois trois raisons principales.

1. Paris : une rare occasion

La première raison est simple : c'est une situation exceptionnelle. Il est rare que les 195 pays impliqués se donnent le mandat de signer un accord. De fait, ça n'est arrivé que trois fois au cours des 25 dernières années.

Mis à part la rencontre de 1997, qui a donné naissance au protocole de Kyoto (qui n'a touché au final qu'une trentaine de pays), et celle de 2009, où on a accouché du très mince accord de Copenhague (qui tient sur trois pages), toutes les autres conférences n'auront servi qu'à mettre en lumière les chicanes Nord-Sud.

Paris n'est que la troisième occasion que se donnent les pays de signer un accord, et ,surtout, la première où tous les grands pollueurs semblent vouloir faire avancer les choses.

2. La présence des puissants

La deuxième raison tient davantage de l'alignement des planètes. Jamais auparavant n'ai-je vu autant de conditions gagnantes réunies pour nous mener à la conclusion d'un accord.

À commencer par l'attitude des deux plus grands pollueurs de la planète - la Chine et les États-Unis - à la table de négociation. Pour la première fois, ils acceptent de faire partie d'un accord mondial sur le climat. À eux deux, ils représentent près de 40 % des émissions mondiales des gaz à effet de serre (GES). Dans le passé, les deux géants nous ont plutôt habitués à une attitude d'indifférence totale face au problème du réchauffement.

J'ai souvenir de la négociatrice en chef des États-Unis en 2007 à la conférence de Bali, Paula Dobriansky, répondant aux questions des journalistes par des monosyllabes. Elle a mis fin à une conférence de presse en plein milieu d'une question, par un glacial « Can I go now? » (« Je peux partir maintenant? »).

Huit ans plus tard, le ton a radicalement changé.

Le président américain a décidé de faire de la question climatique son legs politique. Son discours, il faut le dire, manque parfois de cohérence. Barack Obama soutient sans trop de réserve l'industrie pétrolière américaine. Mais jamais un président des États-Unis n'a semblé si engagé dans la lutte contre le réchauffement.

De l'autre côté, le président chinois, Xi Jinping, se voit forcé d'agir. La pollution causée par la combustion du charbon - le principal responsable des émissions de GES sur la planète - est devenue un problème de santé publique pour la Chine. Pire encore, le nuage de smog qui flotte en permanence sur les villes est devenu un frein au développement économique.

Les multinationales sont de plus en plus réticentes à s'installer à Pékin, car elles doivent payer à leurs employés des primes à la pollution atmosphérique.

La Chine est le joueur-clé de ces négociations. Sur la question climatique, son influence et son pouvoir en font trembler plus d'un. Je n'oublierai jamais le défilé diplomatique auquel nous avions assisté en 2009, dans un hôtel du centre-ville de Copenhague.

Les plus grands dignitaires de la planète, dont Hillary Clinton, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, faisaient presque la queue pour rencontrer le représentant chinois dans une suite de l'établissement. Six ans plus tard, la situation n'a guère changé. Avec qui s'entretiendra François Hollande à quelques heures de l'ouverture de la conférence de Paris dimanche soir? Xi Jinping, bien entendu.

C'est donc dire que si la Chine décide d'agir, les choses vont s'accélérer.

3. Chaud devant

S'il n'y avait qu'une seule raison pour s'intéresser de près à la conférence de Paris, c'est probablement, et surtout, l'état de la planète. La planète se réchauffe, comme nous le rappelait mercredi l'Organisation météorologique mondiale (OMM) : selon ses calculs, l'année 2015 est en voie d'être la plus chaude jamais enregistrée dans les annales climatiques, depuis la fin du 19e siècle. Les 10 années les plus chaudes de l'histoire ont été enregistrées après 2000.

Pire encore : les températures moyennes mondiales à la surface de la Terre devraient, dès cette année, atteindre la « barre symbolique et significative » du 1 °C au-dessus du niveau des températures de l'ère préindustrielle (avant 1880), nous apprend l'OMM.

Un degré Celsius de plus en 150 ans, c'est majeur.

Le facteur Canada

N'excluons pas dans cet alignement des planètes le facteur « Canada ». Avec le gouvernement Trudeau, il y a désormais un pays récalcitrant en moins à la table de négociations.

C'est probablement la fin de neuf années de « Canada bashing ». Une période qui a débuté en 2006, lorsque la conservatrice Rona Ambrose se retrouve à la tête de la délégation canadienne à la conférence de l'ONU sur le climat qui se tient à Nairobi, au Kenya. Elle fait clairement savoir à tout le monde que l'enjeu climatique n'est pas une priorité canadienne. C'est à Nairobi que la réputation du Canada a commencé à s'effriter.

La suite est à l'avenant.

Dans les corridors des conférences de l'ONU qui ont suivi, un rituel s'installe : des journalistes, des scientifiques, des fonctionnaires ou des environnementalistes étrangers m'interpellent, moi et mes collègues canadiens : « Qu'est-il arrivé au Canada? », nous demandent-ils. Conférence après conférence, le Canada collectionne les fossiles du jour, ces prix citron offerts par des ONG aux pays les plus récalcitrants des négociations.

L'arrivée du gouvernement de Justin Trudeau change la donne. Autour de la table de négociations à Paris, les fonctionnaires canadiens transmettront un nouveau message aux autres pays : le Canada n'est plus celui qui mettra les bâtons dans les roues.

C'est le message que transmet depuis quelques semaines la nouvelle ministre de l'Environnement, Catherine McKenna. Elle sera appuyée par son chef de cabinet, Marlo Raynolds, ancien directeur du Pembina Institute (un groupe écologiste de renom), et par Gerald Butts, le plus proche conseiller de Justin Trudeau, et lui-même ancien directeur de WWF-Canada.

Le Canada n'est pas un si gros joueur dans ces grandes discussions mondiales. Mais il jouait à merveille le rôle du méchant. Il sera désormais plus difficile pour les autres de blâmer le Canada de freiner le mouvement.

C'est toujours ça de pris.

Chaque fois que j'ai la chance d'aller dans une de ces conférences sur le climat, je me dis que cette grand-messe, qui nous semble si démesurée et si inutile, représente tout de même un événement exceptionnel.

Combien d'enjeux aussi complexes que le climat rassemblent, année après année, 195 pays autour d'une table pour améliorer le sort de la planète? Aucun de cette ampleur.

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