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Voici les 10 sites patrimoniaux les plus menacés au pays

Des élévateurs à grains en passant par le pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul, découvrez quels sont les lieux patrimoniaux les plus en danger cette année, selon le palmarès établi par la Fiducie nationale du Canada.

Un texte de Danielle Beaudoin

L'organisme de bienfaisance établit sa liste annuelle selon trois critères : l'importance du site, l'imminence de la menace et l'intérêt de la collectivité. Elle reçoit tout au long de l'année des propositions de citoyens et d'organismes et elle suit elle-même certains dossiers de près.

Voici les sites qu'elle a choisis, d'ouest en est.

LE QUARTIER CHINOIS DE VANCOUVER

Il s'agit du plus grand quartier chinois au pays. Les immigrants ont commencé à s'y installer avant même la fondation de la ville en 1886. Ils ont bâti en s'inspirant des styles architecturaux de leur pays d'origine.

Ce quartier a été pris d'assaut par les promoteurs immobiliers. Les nouveaux projets transforment le paysage urbain, en dépit des règles existantes pour maintenir le style architectural du quartier chinois. En raison de la spéculation, les loyers ont augmenté et de nombreux résidents, souvent des personnes âgées, doivent aller vivre ailleurs.

Le caractère unique de ce quartier pourrait bien disparaître, selon Natalie Bull, directrice générale de la Fiducie nationale du Canada.

L'ANCIEN MUSÉE ROYAL DE L'ALBERTA

Ce musée a été construit en 1967 à l'occasion du centenaire de la Confédération canadienne dans le quartier historique de Glenora, à Edmonton. Selon la Fiducie, il s'agit « d'un bijou moderne du milieu du siècle », notamment avec ses décors en marbre et en laiton et sa façade sud ornée de gravures rupestres des Premières Nations.

Le Musée royal de l'Alberta a fermé ses portes en décembre 2015. Ses collections sont déménagées dans un nouvel immeuble du centre-ville. Le nouveau musée devrait ouvrir en 2018.

L'ancien musée pourrait être rasé. Le ministère de l'Infrastructure de l'Alberta a déjà fait savoir qu'il comptait le remplacer par un parc. Le bâtiment est pourtant en très bon état, fait valoir la Fiducie nationale du Canada.

L'ÉGLISE SPACA MOSHALYK

Cette église catholique ukrainienne est située dans le comté de Lamont, en Alberta. « C'est un symbole de toute une classe de bâtiments en danger, soit les églises ukrainiennes dans les Prairies, mais aussi les églises à travers le pays », explique Natalie Bull.


Selon Mme Bull, il s'agit d'une « église de toute beauté », avec son dôme métallique. « C'est vraiment la trace d'une culture ukrainienne qui a façonné le paysage culturel des Prairies. »

L'église d'architecture byzantine a été construite en 1925. Comme bien d'autres, elle s'est vidée de ses fidèles et on l'a fermée dans les années 90. Le bâtiment s'est ensuite détérioré. En 2006, il a été désigné comme patrimoine municipal.

Une étude de 2011 conclut qu'il faudrait 775 000 $ pour refaire les fondations. Devant de tels coûts, le conseil paroissial a décidé de détruire l'édifice par le feu. L'église a échappé de justesse à la mise à feu grâce à une pétition présentée en 2013 par des paroissiens. L'édifice risque toujours de disparaître, à moins de trouver les fonds pour la préserver.

LES PRAIRIES DE LA SASKATCHEWAN

La grande sécheresse des années 30 a poussé le gouvernement fédéral à créer un programme pour protéger les Prairies. Ottawa a mis fin au Programme des pâturages communautaires en 2012. Il a transféré les terres aux provinces. Le Manitoba et l'Alberta ont décidé de garder les pâturages, mais la Saskatchewan a plutôt choisi de les vendre à des propriétaires privés.

Plusieurs s'inquiètent du sort réservé à ces prairies naturelles, qui s'étendent sur 1,8 million d'âcres en Saskatchewan. On y trouve notamment des espèces menacées et des sites archéologiques autochtones. Selon la Fiducie, il s'agit d'un des écosystèmes les plus en danger au pays.

LES ÉLÉVATEURS À GRAINS EN BOIS

Ces structures de bois, construites entre 1895 et 1980, sont des « points de repère dans le paysage culturel des provinces des Prairies », explique Natalie Bull.

Les élévateurs sont devenus obsolètes en raison des changements technologiques et des nouvelles façons de transporter les grains. Ils disparaissent à vue d'oeil, selon la Fiducie. Il y en a déjà eu 6000. Il en reste quelques centaines. Seulement 14 % des bâtiments sont encore là. Et 23 d'entre eux sont des sites protégés par la loi.

Natalie Bull note que les élévateurs sont sur des propriétés privées, ce qui complique la tâche.

LE PHARE DE L'ÎLE NOTTAWASAGA

Ce phare construit en 1858 est une des six tours impériales installées par les Britanniques pour guider les navigateurs de la baie Géorgienne et du lac Huron. Cette tour de pierre calcaire, qui mesure 28 mètres de haut, domine la berge, près du port de Collingwood, en Ontario.

Sa façade a été abîmée par la foudre et des infiltrations d'eau. Ottawa a investi 400 000 $ pour le réparer en 2005. La structure a ensuite été abandonnée. Selon la Fiducie, si rien n'est fait, le phare finira par s'écrouler.

L'HÔPITAL D'ISOLEMENT GIBSON

Ce bâtiment en briques, situé à Belleville, en Ontario, a été construit en 1894 pour accueillir les élèves souffrants de l'ancien institut des sourds-muets de la province. L'institut, qui comprenait aussi un autre bâtiment, a été une des premières écoles pour les sourds en Amérique du Nord.

L'hôpital a vu défiler des centaines d'élèves jusqu'à sa fermeture, en 1973. On l'utilise depuis 25 ans comme entrepôt. Désigné patrimoine municipal, ce bâtiment risque pourtant de disparaître. Le gouvernement ontarien envisage de le démolir pour aménager des stationnements.

LE PÉNITENCIER DE SAINT-VINCENT-DE-PAUL

Le pénitencier de Laval, désigné lieu historique national du Canada, a fonctionné de 1873 à 1983. Il s'agit du deuxième pénitencier fédéral au Canada. Ce fut le seul établissement de correction francophone, jusqu'à sa fermeture. « Le vieux pen » a attiré l'attention du monde en 1962 lorsque l'armée est entrée dans la prison pour mater une émeute.

Après sa fermeture, la prison a servi de décor pour plusieurs films et le public pouvait visiter les lieux. On a fermé le site après avoir trouvé de la moisissure dans les murs. Le pénitencier est laissé à l'abandon.

LE BUREAU DE POSTE DE ST. STEPHEN

Au Nouveau-Brunswick, ce bureau de poste de style néo-roman, construit en 1887, a été désigné lieu historique national du Canada. Malheureusement, cette désignation n'apporte aucune protection.

« Il s'agit d'un ancien édifice fédéral transféré à la municipalité de St. Stephen. Malheureusement, encore une fois, on voit le risque de démolition par négligence. Un bâtiment important conçu par Thomas Fuller, l'architecte qui a aussi fait la conception du parlement à Ottawa », raconte Natalie Bull, directrice générale de la Fiducie nationale du Canada.

Le bureau de poste a aussi servi d'hôtel de ville de 1965 à 2009. La municipalité a abandonné l'immeuble en 2007. En février 2016, le conseil municipal a décidé de démolir l'édifice, en raison du coût élevé des réparations (1,6 million de dollars). Cette décision a suscité un tollé et les élus ont suspendu la démolition pour le moment.

Natalie Bull a bon espoir que le bureau de poste sera préservé. « Il y a de l'intérêt local. Un groupe d'artistes aimerait avoir le bâtiment pour leurs locaux. Il y a aussi l'intérêt d'un promoteur. Nous avons dit, en conversation avec le maire, d'attendre, de ne pas démolir le bâtiment. »

LE PALAIS DE JUSTICE DE HARBOUR GRACE

Ce tribunal de Terre-Neuve-et-Labrador est le plus ancien édifice public de la province. Il a été désigné lieu historique national en 1966. Il s'agit, selon Nathalie Bull, d'un « édifice très impressionnant, en maçonnerie massive ». L'immeuble de style colonial, construit en 1830 grâce à des dons locaux, comprend un tribunal, une prison et la résidence du gardien de prison.

L'édifice a été mal entretenu. Le ministre de la Justice Andrew Parsons a d'ailleurs déclaré que ce palais de justice avait été laissé à l'abandon. La province, qui vient de présenter un budget assorti de mesures d'austérité, a décidé de fermer le tribunal de Harbour Grace. « Ça élimine des postes et ça met en question l'avenir de ce bâtiment », explique Natalie Bull.

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