Des organismes d'entraide de la région de Québec se font dérober systématiquement les dons qui sont déposés dans leurs cloches à vêtements ou près de leurs locaux. Une enquête de La facture expose ces voleurs sans scrupule qui s'attaquent aux plus démunis de la société.

Un texte de Maxime Poiré, de La facture

Michel Bergeron est responsable de l’entrepôt et du transport pour la banque alimentaire et la ressourcerie de l’organisme Entraide Agapè à Québec. Il constate chaque matin l’ampleur des dégâts près de la cloche à vêtements.

« Le monde vient ici avec des pieds-de-biche. Toutes sortes d'outils, raconte-t-il. Ils brisent et ils coupent les cadenas et volent ce qui est à l'intérieur. »

Des vols qui font mal

L’an dernier, la banque alimentaire d’Entraide Agapè a nourri près de 50 000 bouches. Mais ce service est déficitaire et son avenir n’est pas assuré.

C’est grâce aux surplus générés par la vente de vêtements, d’objets et de meubles qui sont donnés à sa ressourcerie que l’organisme se maintient à flot et peut nourrir les gens dans le besoin. Mais voilà que les revenus sont en baisse, en partie parce que les dons disparaissent souvent avant même d’avoir franchi la porte.

« Il faut que [les voleurs] comprennent qu’ils font du mal à des personnes qui en ont vraiment besoin », dénonce Michel Bergeron.

« C'est donné dans le but d'améliorer la cause des gens qui sont pauvres », renchérit Huguette Gagné, une bénévole d'Entraide Agapè qui se dit fâchée par les voleurs qui ciblent son organisme.

Pendant la journée, les dons sont rentrés en lieu sûr à l’intérieur de la ressourcerie. Mais en dehors des heures d’ouverture, les sacs sont laissés dans la cloche à vêtements et les objets sont déposés tout à côté, près de la porte, sur le terrain de l’organisme, un endroit pourtant privé.

Nos caméras captent des voleurs sans scrupule

Pour en avoir le coeur net, La facture a fait installer deux caméras de surveillance près de la zone où les dons sont déposés. Un écriteau bien en vue sur le mur met en garde les voleurs.

Dès les premiers jours, les caméras ont capté des dizaines de voleurs s’appropriant ce qui avait été donné aux plus démunis. Ils passent parfois même à l’action en plein jour.

Certains sont aussi revenus se servir plus d’une fois. Un homme est passé à trois reprises avec le véhicule d’une compagnie de déneigement. Une femme, qui arrive sur place au volant d'une grosse camionnette, a été captée par les caméras cinq jours différents. D’autres voleurs prennent des sacs sans même regarder ce qu’il y a à l’intérieur.

Les images sont spectaculaires. Voyez, par exemple, cette femme qui tombe dans la cloche et en ressort dix minutes plus tard :

Plusieurs organismes touchés

Pour le directeur général d’Entraide Agapè, certains voleurs seraient des experts de la revente.

« Il y a un appât du gain en arrière de ça. Et ils ne le font pas seulement chez nous. Ils le font à d'autres organismes à Québec », dénonce Daniel Régimbal.

D’autres organismes de la région éprouvent effectivement les mêmes problèmes. C’est le cas de la Friperie Saint-Augustin, où travaille Mario Couture. Il n’en revient pas de la témérité des voleurs qui se sont servis d’une meule pour couper une charnière et un cadenas sur la porte arrière des locaux.

Parfois, certains poussent l’audace encore plus loin. La veille de Noël, un voleur est entré par effraction dans les locaux de l’Armée du Salut. Comme le montre la vidéo suivante, il est reparti avec le coffre-fort qui contenait près de 3000 $.

Ce n’est pas le premier vol dont est témoin René Frigon, le directeur des relations publiques à l’Armée du Salut à Québec. « On a un système de caméras dans la cour et on peut voir qu’il y a beaucoup d'activités pendant la nuit », assure-t-il.

« Les gens viennent se servir allègrement. Je compare ça à des parasites qui viennent visiter les organismes à but non lucratif la nuit pour essayer de s'enrichir », poursuit René Frigon.

Où sont les policiers?

Les organismes d’aide aux démunis se plaignent d’être peu écoutés par les policiers lorsqu’ils dénoncent les vols dont ils sont victimes. Plusieurs se demandent même si les policiers n’ont pas baissé les bras.

« C'est sûr que ce ne sont pas des gros vols pour eux autres, convient René Frigon. Ce n'est pas une visibilité pour le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) [...] d'aider les organismes. C'est comme ça! »

Le Service de police de la Ville de Québec dit devoir prioriser les plaintes. En conséquence, les dossiers de vols des organismes d’aide aux démunis passent souvent en deuxième.

« C'est certain que les crimes contre la personne vont toujours être traités d'emblée, plutôt que le vol de biens », explique l’agente aux communications du SPVQ, Mélissa Cliche.

« Je ne vous cacherai pas qu'au niveau de la rapidité du traitement des dossiers, il y a un délai supplémentaire par rapport à ce type d'infraction là », ajoute-t-elle.

Quoi faire quand on veut donner?

Pour vous assurer que ce que vous voulez donner atterrit au bon endroit, présentez-vous en personne aux locaux de l’organisme d’entraide que vous voulez soutenir, durant les heures d’ouverture, et remettez vos dons en mains propres.

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