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Volte-face de Trump au G7 : des conservateurs appuient Trudeau

D'un océan à l'autre, les politiciens de tous les horizons dénoncent les attaques personnelles lancées par la Maison-Blanche contre le premier ministre Justin Trudeau.

Dans deux tweets publiés après son départ de La Malbaie, samedi, le président américain s'est désolidarisé, à la surprise générale, du communiqué final négocié de haute lutte par les Sept. Il a qualifié Justin Trudeau de « malhonnête » et de « faible », entre autres épithètes.

Dimanche matin, le principal conseiller économique de Donald Trump, Larry Kudlow, a accusé Justin Trudeau d'être responsable de l’échec du Sommet du G7. Il « nous a poignardés dans le dos », a-t-il déclaré sur les ondes de CNN.

« Il [Justin Trudeau] a tenu une conférence de presse et a dit que les États-Unis étaient insultants », a-t-il ajouté, estimant que le président américain, qui s'est désolidarisé de l'accord final, avait réagi ainsi pour ne pas « montrer de faiblesse » avant le sommet avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un.

Le conseiller au commerce du président Trump, Peter Navarro, est allé d'une déclaration encore plus fracassante sur FoxNews, toujours dimanche matin.

« Il y a une place spéciale en enfer pour tout dirigeant étranger qui s'engage de mauvaise foi dans la diplomatie avec le président Donald J.Trump et qui essaie de le poignarder dans le dos », a-t-il dit.

Pour sa part, le premier ministre s'est abstenu de tout commentaire à la presse pour finalement publié un court message sur Twitter un peu avant midi.

Au cours de la journée, dimanche, le Canada a répèté que l'imposition d'une surtaxe sur l'acier et l'aluminium canadiens par les États-Unis est injuste, illégale et insultante.

« C'est un acte illégal, c'est un acte injustifié », a déclaré la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland à propos des tarfis douaniers.

Des opposants aussi féroces qu'Andrew Scheer ou le premier ministre élu de l'Ontario, Doug Ford, se sont ensuite joints aux libéraux de Justin Trudeau et se sont engagés à appuyer le gouvernement dans ses efforts à résoudre ce qui ressemble de plus en plus à une guerre commerciale avec les États-Unis.

L'ancien premier ministre Stephen Harper a même mis en cause « l'obsession de Donald Trump avec les relations commerciales avec le Canada » lors d'une entrevue qu'il a accordée au réseau américain Fox.

Selon le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, ce genre d'insultes n'aide en rien les relations entre deux pays qui sont des alliés depuis si longtemps.

« On a toujours fait ce qu'on pouvait pour présenter un front uni lorsque vient le temps de parler des avantages de l'ALÉNA, lorsque vient le temps de parler des avantages du libre-échange, autant pour les Américains que pour les Canadiens », a-t-il déclaré.

Doug Ford, qui a souvent louangé Donald Trump, a dit dimanche qu'il se tenait au coude-à-coude avec le premier ministre fédéral si des emplois sont en jeu dans sa province.

« Ma priorité numéro 1 est de protéger des emplois en Ontario, particulièrement dans les secteurs de l'acier et de l'aluminium. Ce sera une priorité, a-t-il promis. Nous nous assoirons avec nos homologues fédéraux pour nous en occuper. »

Les conservateurs ne sont pas les seuls à appuyer M. Trudeau. La chef du Parti vert Elizabeth May a convenu que le premier ministre avait bien réagi aux « éclats et à l'intimidation » de M. Trump. Selon elle, « tous les leaders canadiens doivent soutenir M. Trudeau ».

Un député néo-démocrate, Charlie Angus, a qualifié le comportement de Donald Trump de « lamentable ».

« Cet homme à l'esprit étroit n'est pas de taille à détenir une fonction élective. Le Canada ne doit pas être intimidé par cette crapule d'opérette », a déclaré M. Angus.

Cascade de réactions

À l'international, les réactions sont également multiples.

L'Élysée a fait valoir que « la coopération internationale ne peut dépendre de colères ou de petits mots » du président américain.

« Nous avons passé deux jours à avoir un texte et des engagements. Nous nous y tenons, et quiconque les quitterait le dos tourné montre son incohérence et son inconsistance », a noté la présidence française à propos du communiqué final négocié au sommet.

Pour sa part, l’Allemagne accuse le président américain de « détruire la confiance » avec ses tweets.

La décision de Donald Trump de retirer par tweet son soutien au communiqué final du sommet du G7 a été une expérience « dégrisante et un peu déprimante », a déclaré dimanche la chancelière allemande, Angela Merkel.

« C'est dur, c'est décevant cette fois-ci, mais ça n'est pas la fin » du G7, a-t-elle dit, lors d'un entretien à la télévision publique allemande ARD.

De son côté, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a réagi sur Twitter : « Il y a une place spéciale au ciel pour Justin Trudeau. Merci au Canada pour la parfaite organisation du G7 ».

Aux États-Unis, tous ne partagent pas le point de vue de l'administration Trump.

L’ex-directeur de la CIA, John Brennan, a soutenu dimanche que les « politiques protectionnistes et les bouffonneries [de Donald Trump] nuisent à la réputation mondiale du pays, ainsi qu’aux intérêts nationaux. »

Il a lancé un message « aux alliés et aux amis » des États-Unis : « Soyez patients, M. Trump est une aberration temporaire. L’Amérique que vous avez connue reviendra. »

De son côté, l’ex-directeur du FBI, James Comey, affirme que « la relation de sécurité nationale avec le Canada est vitale et sauve des vies américaines. Elle s'est construite au fil de générations et revêt plus d'importance que toute personne ou dispute. »

Cette position n'est pas partagée par le sénateur du Vermont, Bernie Sanders.

Sur sa page Facebook, l'élu démocrate a indiqué trouver « très étrange » que « le président Trump » se sente plus à l'aise avec « des dictateurs et des dirigeants autoritaires », qu'avec les dirigeants de plus grandes démocraties.

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