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Vous trouvez cette élection présidentielle rocambolesque? Il y en a eu d'autres!

Du sexe, des controverses, des conflits, des cotes d'écoute qui explosent : avec ses airs de téléréalité, la présidentielle de 2016 ne ressemble à aucune autre. Mais des élections ponctuées d'épisodes extravagants, il y en a eu. Retour sur quelques luttes épiques.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

Oubliez les idées et les grands débats, la présidence peut se jouer sur un tout autre terrain. Les bavures des uns, les ambitions ou la partisanerie des autres. Des tractations de coulisses ici, et là des tiers qui jouent les trouble-fête.

Parfois, elle passe à l'histoire parce qu'elle s'est remportée à l'arraché. Le démocrate Al Gore vous le dirait : la différence entre un président et un candidat déçu peut ne tenir qu'à un fil.

LA SAGA POLITICO-JUDICIAIRE DE 2000

Des résultats serrés, un État clé gouverné par le frère d'un des candidats et une saga qui se conclut dans la controverse : tous les ingrédients sont réunis pour le thriller politique du 20e siècle. 

Lors de la soirée électorale du 7 novembre 2000, les médias annoncent successivement la victoire du vice-président sortant, Al Gore... puis celle du gouverneur du Texas, le républicain George W. Bush.

C'est en Floride, un État déterminant en raison de ses 25 grands électeurs, que se joue l'élection. Au petit matin, l'avance du républicain se résume à moins de 2000 voix. Après avoir concédé la victoire à son adversaire, Al Gore se rétracte.

Avec les résultats de la Floride ainsi sur la glace, le candidat démocrate cumule 266 grands électeurs, contre 246 pour George W. Bush.

Un recomptage automatique réduit l'avance en Floride à 327 voix... sur un total de 6 millions. Les accusations d'irrégularités électorales favorisant George W. Bush fusent. La bataille politique se transporte sur le terrain judiciaire, dans un chassé-croisé de poursuites dans des tribunaux de l'État et des cours fédérales.

Le camp Gore réclame un dépouillement manuel dans les comtés litigieux de la Floride, contesté par son rival. L'administration républicaine du gouverneur Jeb Bush s'en mêle.

Le 12 décembre - 36 jours après le scrutin - la Cour suprême des États-Unis, dominée par des juges nommés par des républicains, tranche une fois pour toutes :le recomptage est arrêté.

Bush remporte la Floride par 537 petites voix, un chiffre remis en question par des études subséquentes. Mais il sort vainqueur, avec 271 grands électeurs.

À l'échelle du pays, le gagnant a cependant perdu le vote populaire. C'est la quatrième fois de l'histoire américaine que ce scénario se produit.

Encore aujourd'hui, plusieurs démocrates accusent Ralph Nader de leur avoir coûté la Floride et la victoire tout court.

LE TANGO POLITIQUE À TROIS DE 1992

Les candidats de tiers partis doivent la plupart du temps se contenter d'une proportion négligeable de voix. Mais, en 1992, l'un d'eux ressort nettement du lot : l'homme d'affaires texan Ross Perot, un conservateur qui se présente comme indépendant.

Particulièrement populaire auprès des hommes blancs, le milliardaire, néophyte en politique, dénonce notamment le libre-échange, et pourfend l'establishment et sa corruption. Air connu?

En juin, un sondage le place premier, avec 39 % des voix, devant le président républicain sortant, George H. Bush (31 %) et le démocrate Bill Clinton (25 %), du jamais-vu pour un candidat indépendant. Le mois suivant, il met un terme à sa campagne... avant de la reprendre en octobre.  

À quelques jours du scrutin, il explique son retrait dans une entrevue télévisée : les républicains, accuse-t-il, voulaient faire publier un photomontage de sa fille, sur le point de se marier, pour lui nuire. En plus, ajoute M. Perot, la campagne Bush voulait mettre ses bureaux électoraux sous écoute électronique. Les complots qu'il évoque en laissent plusieurs pantois.

Le 8 novembre, Bill Clinton reprend la Maison-Blanche aux républicains.

Rarement le pourcentage de suffrages recueillis par le gagnant a-t-il été aussi faible : il s'agit du quatrième score le plus modeste de l'histoire.

Au niveau des grands électeurs, c'est un balayage : Bill Clinton en obtient 370 contre 168 pour son adversaire républicain.

L'ÉLECTION DE 1960, CELLE DU PREMIER DÉBAT TÉLÉVISÉ

Le jeune sénateur du Massachusetts, John F. Kennedy, surprend face au vice-président républicain sortant, Richard Nixon, en remportant l'élection de 1960. Il s'impose notamment lors de leur premier débat télévisé, le tout premier d'une élection présidentielle.

Un moment fort qui a transformé la politique et les campagnes électorales.

Ce soir-là, Kennedy est souriant, dynamique, bronzé, confiant et indéniablement charismatique. Nixon, beaucoup moins. Après avoir passé deux semaines à l'hôpital pour une infection découlant d'une blessure au genou, il apparaît amaigri, pâle et parfois en sueur en plus d'avoir une barbe naissante et de souffrir de fièvre.

Les auditeurs de la radio parlent d'une égalité ou donnent Nixon gagnant. Mais les téléspectateurs voient un tout autre débat : Kennedy sort victorieux. Ce qui est sûr, c'est que le jeune politicien méconnu a gagné en crédibilité et en notoriété.

Plus de la moitié des Américains diront que les débats - quatre en tout - ont influencé leur choix électoral.

Quand le verdict des urnes tombe, John F. Kennedy devance son adversaire par un peu moins de 120 000 voix... à peine 0,2 % des votes. C'est l'une des avances les plus faibles de l'histoire politique des États-Unis.

La domination au Collège électoral est cependant écrasante : s'il remporte moins d'États, il fait le plein d'appuis dans des États riches en grands électeurs, comme New York, la Pennsylvanie, l'Illinois et le Texas. Il recueille 303 grands électeurs contre seulement 219 pour Nixon et devient le premier catholique à la tête des États-Unis.

LE COUP DE THÉÂTRE DE 1876

Ce n'est pas le républicain Rutherford B. Hayes qui recueille le plus de votes lors de l'élection de 1876. Les États qu'il remporte ne lui assurent pas non plus le plus grand nombre de grands électeurs. Il est pourtant élu président.

À l'issue du scrutin, quatre États totalisant 20 grands électeurs contestent les résultats. Les deux partis s'entendent sur la création d'une commission qui tranchera le litige. Elle compte sept républicains, autant de démocrates et un indépendant, le juge de la Cour suprême David Davis.

Le démocrate Samuel Tilden peut être confiant : il n'a besoin que d'un seul autre grand électeur pour gagner et devance le républicain avec 51 % des voix contre 48 %.

Pour aider le juge Davis dans sa réflexion, les démocrates de l'Illinois le nomment au Sénat fédéral. Mauvais calcul : il démissionne de la commission et est remplacé par un républicain. Le comité attribue l'ensemble des 20 grands électeurs à Rutherford B.Hayes, qui en totalise 185... contre 184 pour Samuel Tilden.

Outrés, les démocrates menacent de bloquer la décision. Ils abandonnent la lutte quand ils obtiennent des républicains une entente sur le retrait des troupes fédérales du sud du pays.

LA CHICANE DE FAMILLE DE 1824

Sur son déclin, le Parti fédéraliste ne présente aucun candidat. Le Parti républicain-démocrate se dirige donc vers une victoire assurée... mais quatre de ses membres briguent la présidentielle!

Le meneur, Andrew Jackson, un héros de la guerre de 1812, recueille 41,3 % du vote. Il est suivi de John Quincy Adams (30,9 %), d'Henry Clay (13 %) et de William H. Crawford (11,2 %). Ils recueillent respectivement 99, 84, 37 et 41 grands électeurs.

Comme aucun n'a suffisamment d'appuis au Collège électoral, la bataille se transporte à la Chambre des représentants, qui est présidée par l'un des candidats, Henry Clay. N'ayant aucune chance de l'emporter, celui-ci met tout son poids dans la balance pour faire élire John Quincy Adams. Comme par hasard, le nouvel allié du président sera nommé secrétaire d'État.

En colère, Andrew Jackson critique un « marché corrompu ». Le parti se scindera par la suite et Jackson prendra sa revanche en 1828 en défaisant le président Adams.

La présidentielle américaine 2016 - notre section spéciale

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