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Washington et Moscou s'entendent pour prolonger la trêve en Syrie jusqu'à vendredi

Le chef de la diplomatie américaine, John Kerry, et son homologue russe, Sergueï Lavrov, ont convenu mercredi de reconduire le cessez-le-feu de 48 heures qui s'est amorcé lundi soir en Syrie.

Entrée en vigueur lundi pour une période initiale de 48 heures, cette trêve concerne les forces loyales à Bachar Al-Assad et les rebelles syriens, mais pas les combattants du groupe armé État islamique ni ceux de l'ex-Front al-Nosra.

Les parties ont comme objectif de cesser les hostilités durant une semaine afin de permettre l'acheminement d'aide humanitaire.

« Il y a eu une entente sur le fait qu'en dépit du signalement de violences sporadiques, l'accord tient globalement et la violence a régressé », a déclaré Mark Toner, porte-parole du département d'État américain, lors d'un point de presse.

« Si [cette trêve] tient, les États-Unis et la Russie discuteront de son extension avec l'objectif de parvenir à une durée indéfinie pour faire reculer la violence », a-t-il ajouté.

Aucun mort n'a été signalé au cours des dernières 48 heures dans les zones où la trêve est en vigueur, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

L'aide humanitaire tarde à arriver

Le porte-parole du département d'État a par ailleurs invité Moscou à faire pression sur le régime Al-Assad pour qu'il autorise l'acheminement d'aide humanitaire dans les villes assiégées.

Les Nations unies ont aussi regretté que l'aide humanitaire mette « plus de temps que prévu » à arriver à Alep, la plus grande ville du pays, en raison de désaccords persistants sur les conditions de délivrance de produits de première nécessité aux civils assiégés.

Deux convois de camions qui ont franchi la frontière turque attendent depuis mardi le feu vert pour poursuivre leur route en direction d'Alep, a déclaré un responsable turc.

« Les choses prennent plus de temps que nous l'espérions », a reconnu David Swanson, porte-parole du Bureau de la coordination des Affaires humanitaires des Nations unies (OCHA).

De son côté, le gouvernement de Bachar Al-Assad a prévenu qu'il refuserait toute livraison d'aide à Alep, « en particulier du régime turc », qui ne passerait pas par lui ou par les Nations unies.

Le conseil gérant les quartiers de l'est d'Alep sous contrôle rebelle, totalement assiégés par l'armée syrienne et ses alliés, a de son côté rejeté tout déploiement de l'armée russe le long de la route Castello, qui doit servir à acheminer l'aide et devenir une zone démilitarisée.

L'OCHA affirme qu'en plus d'Alep, des opérations humanitaires de l'ONU sont prêtes à fournir de l'aide vitale à d'autres villes assiégées ou difficiles d'accès, mais qu'il n'est pas non plus possible d'y accéder pour l'instant.

Les Nations unies estiment que plus de 500 000 personnes vivent dans des zones assiégées en Syrie.

Une dernière chance pour l'unité, dit Kerry

Malgré ces difficultés, le secrétaire d'État américain John Kerry a défendu mercredi l'accord conclu avec Moscou, estimant que cette initiative diplomatique constituait la seule solution pour tenter d'enrayer le cycle de violences, de morts et de départs en exil.

« C'est la dernière chance pour préserver l'unité de la Syrie », a dit John Kerry à la radio NPR.

« Quelle est l'alternative? », a poursuivi le chef de la diplomatie américaine. « L'alternative serait de passer de 450 000 morts à je ne sais combien de milliers de plus? Qu'Alep soit complètement envahie? Que les Russes et Assad bombardent aveuglément pendant des jours pendant qu'on les regarde sans rien faire? »

« Le pilonnage [des rebelles modérés] par Assad et par la Russie risque de les jeter dans les bras d'al-Nosra et du groupe armé État islamique, et il y aura encore plus de radicalisation d'une plus grande intensité ».

Les États-Unis sont prêts à assumer leur part du contrat en luttant contre les groupes djihadistes qui ne sont pas concernés par la trêve, a conclu John Kerry en réponse aux doutes émis notamment par des responsables de l'armée et des services de renseignement américains sur la sincérité de la Russie en la matière.

Interrogé à ce sujet par des journalistes, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a estimé mercredi que l'avenir du cessez-le-feu dépendrait de la capacité à faire la distinction entre l'opposition modérée et les « groupes terroristes », rôle qui incombe selon Moscou à Washington.

Syrie : l'engrenage de la guerre

Le flou entourant les futures opérations militaires a suscité de fortes réserves de l'opposition syrienne et des groupes rebelles qui ont accepté l'accord russo-américain, échaudés par l'échec de la précédente tentative de « cessation des hostilités », en février dernier.

« Nous ne sommes pas très confiants dans le fait que cette trêve puisse tenir plus longtemps que la précédente », a confié mercredi à Reuters George Sabra.

Le dirigeant de l'opposition a estimé qu'il était « trop tôt » pour parler de reprise des discussions politiques, ajoutant que celle-ci dépendrait de la mise en oeuvre du volet humanitaire de l'accord, bloqué selon lui par l'insistance de Damas à vouloir contrôler la délivrance de l'aide.

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