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Winnipeg, une ville aux multiples visages

Non, ce n'est pas une erreur! La ville de Winnipeg fait bel et bien partie de la liste de 20 destinations mondiales à voir absolument en 2016 selon le prestigieux magazine National Geographic. Seule destination canadienne, elle y figure aux côtés des endroits aussi prestigieux et exotiques que les Îles Seychelles, Hawaï, New York ou encore le Bhoutan.

Un texte d'Alexandra Szacka

Qu'est-ce qui a tant plu aux rédacteurs de la populaire publication? Les musées, les restaurants, les activités de plein air à des dizaines de degrés sous zéro? Tout ça à la fois. C'est vrai que Winnipeg compte un nombre impressionnant d'institutions culturelles de premier plan pour une ville qui compte, en incluant ses banlieues, 800 000 habitants.

Mais l'institution qui fait couler le plus d'encre et qui attire un nombre record de visiteurs, c'est le tout nouveau Musée canadien pour les droits de la personne.

Seul musée national en dehors d'Ottawa, construit au coût de plus de 350 millions de dollars, sa silhouette à l'architecture avant-gardiste est en passe de devenir l'emblème de la ville.

Mais le musée, dont les expositions mettent l'accent tant sur les origines des droits fondamentaux que sur leurs violations, incluant de nombreux génocides, n'a pas manqué de susciter la controverse.

« Le musée refuse de parler du génocide culturel quand il parle des politiques envers les Autochtones », affirme David Alper, professeur de Service social à l'Université de Saint-Boniface.

En effet, la question autochtone hante la capitale du Manitoba, qui compte la plus importante population amérindienne en milieu urbain au Canada. À « Winnipeg, 11 % des habitants sont Autochtones. Ils seront 25 % dans 15 ans », nous a dit le nouveau maire, Brian Bowman, lui-même Métis.

Élu il y a un peu plus d'un an, M. Bowman a eu la désagréable surprise de voir Winnipeg qualifiée de ville la plus raciste du Canada par Macleans quelques semaines après son arrivée à l'Hôtel de Ville. Choqué, il a choisi de s'attaquer aux problèmes plutôt qu'aux éditeurs du magazine.

Le fossé du racisme

Il suffit dorénavant de se promener dans les quartiers nord de Winnipeg, là où les Autochtones sont les plus nombreux, pour voir le fossé qui les sépare du reste de la population.

Maisons délabrées, rue principale où la majorité des commerces sont aujourd'hui fermés. Pas surprenant, car le revenu médian dans ce quartier représente la moitié de ce qu'il est dans le reste de la ville et le niveau de violence est l'un des plus élevés au Canada.

Le maire a proclamé que 2016 sera l'année de la réconciliation à Winnipeg. Le projet est ambitieux. En plus de la communauté autochtone, qui déplore notamment plusieurs cas particulièrement atroces de meurtres de femmes et de jeunes filles, la communauté métis connaît un éveil identitaire qu'il ne sera pas possible d'ignorer. Le maire Bowman lui-même s'en réclame.

« Il y a un énorme chemin à faire et ça me touche de très près », affirme, les larmes aux yeux, Janelle Wookey, jeune réalisatrice et productrice d'origine métisse.

Elle est en train de travailler sur un projet de vidéo qui sera composée de dizaines de témoignages des Métis de Winnipeg et du Manitoba. Intitulé 100Métis.ca, le projet cherche à mettre en relief cette identité longtemps méprisée et cachée.

La ville de Winnipeg est décidément à l'aube d'une époque nouvelle où le capital humain risque de jouer un rôle-clé, bien plus encore que le capital tout court.

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