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Wisam, l'artiste réfugiée qui a peur de perdre son âme

Plus de 50 000 réfugiés sont coincés en Grèce. Parmi eux, un groupe de 11 000 personnes, en majorité des Syriens, sont à Idomeni, au nord du pays, dans un camp situé à quelques centaines de mètres de la frontière macédonienne. Nous y avons fait la rencontre de Wisam Daas, une jeune artiste de 26 ans originaire de Palmyre.

Sylvain Desjardins

  Un texte de Sylvain Desjardins

« Quand nous sommes arrivés ici, il n'y avait presque rien. Quelques tentes et un grand abri construit par une ONG. Aujourd'hui, regardez, il y a du monde partout! »

Wisam Daas est arrivée à la frontière macédonienne avec sa mère, son grand frère et ses deux sœurs, il y a 58 jours bien comptés. La famille vivait déjà depuis neuf mois en Turquie, mais les conditions étaient difficiles, le travail rare et mal payé. Ils avaient quitté leur maison et fui Palmyre avant l'arrivée des troupes du groupe armé État islamique.

C'est quand ils ont entendu l'appel de la chancelière Angela Merkel qu'ils ont décidé de tenter la traversée vers l'Europe. L'Allemagne leur promettait d'accueillir tous les Syriens victimes la guerre. Le temps d'arriver jusqu'ici, les autorités macédoniennes avaient décidé de fermer leur frontière avec la Grèce. Et l'armée avait érigé d'immenses barrières surmontées de barbelés pour empêcher les migrants de passer.

Une société qui s'organise

C'est vrai que la vie est dure ici. La plupart des 11 000 réfugiés dorment dans des petites tentes. Wisam, sa mère et ses sœurs, elles, partagent une chambre dans une maison abandonnée. La nuit, il n'y a aucune lumière dans le camp. Le jour, les gens essaient de se créer un environnement viable. Ils cuisinent sur des feux de bois, se lavent à l'eau froide, en plein air. La vie s'impose. Au cours des dernières semaines, trois bébés sont nés dans le camp. De jeunes couples se sont fiancés. Tôt ou tard, il y aura certainement un mariage ici.

« Je n'ai pas peur d'être attaquée. Mais à force de vivre ici, j'ai peur de perdre ma personnalité, admet Wisam. Ça me prend toute une journée pour faire chauffer de l'eau et me laver. Et j'en ai marre de manger par terre. »

Wisam était enseignante à Palmyre. Mais sa vraie passion, c'est la peinture. Elle a apporté plusieurs de ses toiles, qu'elle a bien voulu nous montrer.

Et puis, elle nous montre celle-ci, la seule qu'elle a réussi à peindre dans le camp.

« C'est ma seule façon de m'évader. Ça me fait du bien de peindre », dit-elle.

Après un long silence, elle ajoute : « J'essaie de rester moi-même. Mais je n'y arrive pas. Maintenant, vous me voyez sale et mal habillée. Je ne suis pas comme ça. Je suis plutôt coquette normalement. J'ai peur de perdre ma dignité ».

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