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Zunera Ishaq prête le serment de citoyenneté avec son niqab

Celle qui est devenue un personnage central, bien malgré elle, dans la campagne électorale fédérale, la Pakistanaise d'origine Zunera Ishaq, devient Canadienne. Elle vient de prêter serment, à visage couvert, à Mississauga, en banlieue de Toronto. Elle se bat devant les tribunaux depuis 2013 afin de pouvoir prêter serment en portant le niqab.

La Cour fédérale et la Cour d'appel fédérale lui ont donné raison, non sur le fond, mais sur la directive ministérielle visant à interdire aux femmes de prêter serment en étant voilées. Le gouvernement demande maintenant l'avis de la Cour suprême du Canada.

Zunera Ishaq, 29 ans et mère de quatre enfants, espérait pouvoir prêter serment avant le scrutin du 19 octobre afin de pouvoir voter.

Avant la cérémonie, Mme Ishaq s'est retirée dans une pièce pour se dévoiler et s'identifier. Elle était en compagnie de son mari, d'une représentante de Citoyenneté et Immigration Canada et de son avocate. Elle avait déjà accepté de le faire par le passé, mais disait ne pas comprendre pourquoi elle devrait montrer son visage à plusieurs personnes lors de la prestation du serment de citoyenneté.

Zunera Ishaq a ensuite prêté serment, voilée, lors d'une cérémonie dans le bureau de la juge avant d'entonner Ô Canada. 

Visiblement heureuse et émue après la cérémonie, Zunera Ishaq, a livré ses premières impressions. « C'était très émouvant et je ressentais cet amour que j'ai pour le Canada lorsque j'ai lu le serment », a-t-elle confié.

Elle s'est aussi dite très attristée du clivage qu'a suscité la question du niqab. « Je n'aurais jamais imaginé que ça puisse devenir une question qui divise la communauté. C'était un peu douloureux pour moi. Je n'avais jamais eu cette image du Canada. Je rêvais de vivre ici librement en choisissant ce que je veux porter », a-t-elle dit.

« J'avais le sentiment d'être ici dans le meilleur pays du monde et j'étais très fière de faire partie de la communauté canadienne, mais c'est un peu douloureux et décevant cette situation créée par le gouvernement canadien, qui selon moi n'est pas saine pour la communauté canadienne et ses valeurs », a-t-elle ajouté.

Sujet central de la campagne électorale

La question du niqab a éclipsé les autres enjeux de la campagne électorale fédérale pendant trois semaines.

Le Parti conservateur s'est engagé à déposer dans les 100 jours un projet de loi pour forcer la prestation du serment de citoyenneté à visage découvert. Stephen Harper a également affirmé qu'il pourrait interdire à ses fonctionnaires de porter le niqab, ce que demande aussi le Bloc québécois.

Le chef libéral, Justin Trudeau, pour qui l'enjeu constitue une question de protection des droits des minorités, a accusé les deux formations de pratiquer une « politique de peur et de division ».

Mis dans l'embarras, le chef néo-démocrate, Thomas Mulcair, qui ne s'oppose pas au niqab si la femme qui le porte accepte de s'identifier à visage découvert avant la cérémonie, comme le stipule la réglementation actuelle, a dû défendre sa position. Il a accusé les conservateurs d'hypocrisie dans ce dossier, en affirmant que ces derniers s'en servaient comme « arme de distraction massive ».

Des sondages montrent qu'une majorité de Canadiens s'opposent à la prestation du serment de citoyenneté le visage voilé.

Depuis 2011, seules deux femmes ont refusé de se dévoiler pour obtenir leur citoyenneté.

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