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11 septembre : rencontre avec deux survivantes du 82e étage

Leokadia Glogowski et Maria Hrabowska étaient dans la tour nord du World Trade Center, le matin des attentats. Même si elles étaient au 82e étage, elles ont survécu. Voici leur histoire.

Un texte d'Alexandra Szacka

Quinze ans déjà se sont écoulés depuis la pire attaque terroriste de l'histoire des États-Unis, le 11 septembre 2001. Une attaque qui a détruit les emblématiques tours jumelles du centre financier de New York.

Sur les 17 400 personnes qui se trouvaient ce matin-là dans les tours, il y a eu plus de 2700 morts et plusieurs milliers de blessés. Parmi ceux qui s'en sont sortis indemnes, très peu se trouvaient aux étages supérieurs avant l'impact. Pour la simple raison qu'il était presque impossible de descendre autant d'étages avant que les tours ne s'écroulent.

Descendre à pied 82 étages

Les deux femmes que nous avons rencontrées travaillaient toutes les deux au 82e étage de la tour nord, celle qui a été frappée la première, à 8 h 46. Les ingénieures, toutes deux originaires de Pologne, travaillaient pour le New York Metropolitan Transportation Council.

Elles ont réussi à descendre à pied les 82 étages, avant que les tours ne s'écroulent. Un exploit, puisqu'à peine un peu plus d'une heure s'est écoulée entre le moment du premier impact et l'écrasement de la tour sud.

Leokadia Glogowski et Maria Hrabowska se souviennent du cri à pleins poumons d'un de leurs collègues qui n'avait pas l'habitude de lever la voix. « Tout le monde dehors, prenez l'escalier, l'ascenseur ne marche plus! Sortez, sortez! »

La décision de quitter immédiatement le bureau leur a sans doute sauvé la vie. Chaque minute a compté dans cette longue descente qui a duré un peu plus d'une heure pour Maria, qui avait 73 ans à l'époque.

Maria, du ghetto de Varsovie au 11 Septembre

Elle a d'abord cru qu'il s'agissait d'une bombe et que le pire était passé. « La plupart devaient le penser. C'est pourquoi les gens descendaient calmement. Personne ne poussait personne », se rappelle Maria Hrabowska, qui nous reçoit dans son appartement du quartier Upper West Side, à Manhattan.

« Et tout à coup, quelqu'un qui devait avoir un cellulaire, un luxe rare à l'époque, a crié : "C'est un avion!" Personne ne l'a vraiment cru. » Maria se rappelle également que l'escalier devenait de plus en plus bondé à mesure qu'elle descendait.

À 88 ans, Maria n'en est pas à sa première survie « miraculeuse ». Cette femme d'origine juive a connu l'horreur du ghetto de Varsovie, où pratiquement toute sa famille a péri.

Elle a réussi à s'enfuir de l'infâme Umschlagplatz, là où, au cœur du ghetto, on chargeait les trains en partance pour Treblinka. Ensuite, chaque jour qu'elle a passé à l'extérieur du ghetto, sous une fausse identité, a représenté un tour de force.

Cette survivante « en série » refuse toutefois de tracer un parallèle entre l'Holocauste et le 11 Septembre.

Mais quelle journée! Une fois sortie de sa tour, Maria entend des cris : « Courez, courez, la tour va s'écrouler! ». Elle est trop fatiguée pour courir. Elle ne réussit qu'à traverser la rue et se glisse en dessous d'une camionnette stationnée à cet endroit.

À cet instant, la tour sud du World Trade Center s'écroule et, avec elle, plusieurs édifices autour. Sa cachette de fortune se couvre de gravats. Un puissant souffle arrache son sac et ses vêtements, mais Maria a la vie sauve.

Elle sortira quelques instants plus tard. Aveuglée par la poussière, elle réussira à parcourir plusieurs pâtés de maisons vers le nord, vers chez elle, avant que la seconde tour, « sa » tour, ne s'effondre.

Sauvée par ses talons plats

Pendant ce temps, Leokadia, sortie plus tôt de l'édifice infernal, est déjà rendue au pont de Brooklyn quand elle voit la tour nord s'écrouler. « J'ai pensé que c'était la fin du monde », avoue-t-elle.

Plusieurs heures plus tard, chez elle, incapable de trouver le sommeil, cette catholique pratiquante implore Dieu qui, elle en est persuadée, lui a sauvé la vie cette journée-là.
Elle lui demande de lui donner la force de surmonter le stress des jours suivants. De la même manière qu'il l'a guidée le matin même, quand elle a choisi des chaussures confortables, à talons plats, plutôt que les talons aiguilles qu'elle avait d'abord chaussés.

« Ce qui doit arriver arrivera »

Pour Maria, qui est athée, aucune intervention divine n'est responsable de sa survie. C'est la chance, le hasard. À la limite, c'est l'instinct forgé par des années de guerre où, pour les Juifs, c'était presque tous les jours le 11 Septembre.

Si elle a un conseil à donner, c'est celui-ci : « Quand tu prends une décision, tu ne discutes pas avec toi-même ». « "Peut-être devrais-je faire quelque chose d'autre, revenir?". Non, tu vas de l'avant, c'est la seule façon. Et ce qui doit arriver arrivera. Tu survis ou tu ne survis pas, c'est aussi simple que ça », conclut Maria.

Leokadia, elle, n'a pas de conseils à donner. Mais elle témoigne aujourd'hui, bénévolement, de son histoire. Une fois par semaine, elle guide des groupes au Tribute Center, un centre de commémoration du 11 Septembre, à quelques pas de son ancien bureau. Une sorte de thérapie qui lui a permis de mieux supporter le stress post-traumatique.

Maria, elle, préfère en parler le moins possible. « C'était la même chose après la fin de la guerre. Il valait mieux ne pas trop parler de ce qui s'était passé », avoue-t-elle.

Entre la foi et le fatalisme, pour ces survivantes du 11 Septembre, 15 ans plus tard, le mystère demeure. Celui de l'instant où on prend la décision qui sépare la vie de la mort.

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