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200 personnes tuées l’année dernière en défendant l’environnement

Selon un rapport de l'organisme Global Witness, au moins 200 personnes ont été assassinées en 2016 en tentant de défendre l'environnement ou leurs terres, soit le plus lourd bilan enregistré jusqu'ici à ce chapitre.

Un texte de Stéphane Bordeleau

Selon le rapport, la violence engendrée par l’appropriation des ressources naturelles par des compagnies ou des gouvernements n’a jamais été aussi implacable ni aussi répandue à l’égard de ceux qui tentent de s’opposer à ces projets ou de défendre leurs terres.

En 2015, Global Witness a recensé des meurtres liés à la défense de l’environnement dans 16 pays comparativement à 24 pays en 2016. « Cette tendance ne fait pas qu’augmenter, elle se répand », constatent les auteurs du rapport.

Quant au bilan de 200 morts l’an dernier, le rapport explique qu’il est en réalité beaucoup plus élevé, car de nombreux cas ne sont jamais rapportés ou ne font jamais l'objet d'enquête par les autorités locales.

« Cette vague de violence est induite par une intensification de la lutte que mènent des compagnies minières, forestières, hydro-électriques, pétrolières et agricoles pour s’approprier la terre et les ressources naturelles », note le rapport.

Les militants et les Autochtones en première ligne

Selon les données compilées par Global Witness, le monde n’a jamais été aussi dangereux pour ceux qui s’opposent aux projets d’exploitation des ressources naturelles qu’ils soient privés ou gouvernementaux.

Les militants environnementaux, les membres d’ONG et les leaders autochtones sont les groupes les plus ciblés par les assassinats et la violence liés à la défense de l’environnement.

Le Brésil, la Colombie et les Philippines affichent les plus sombres bilans

Selon Global Witness, c’est au Brésil que le plus grand nombre de gens ont été tués en tentant de défendre leur terre ou d’empêcher le pillage des ressources naturelles. Au moins 49 meurtres liés à des causes environnementales ont été recensés dans ce pays en 2016.

Viennent ensuite la Colombie avec 37 meurtres, les Philippines avec 28 meurtres, l’Inde avec 16 meurtres et le Honduras avec 14 meurtres liés à la défense de l’environnement.

C’est cependant le Honduras qui est considéré comme le pays le plus dangereux du monde en termes de meurtres per capita.

Si au Brésil c’est pour les richesses de l’Amazone qu’on se dispute la terre, aux Philippines, ces meurtres sont principalement attribués à la « voracité des compagnies minières ».

Au Nicaragua, le projet de creusage d’un canal transocéanique, qui couperait le pays en deux, commence aussi à générer son lot de victimes parmi les opposants, souligne Global Witness.

En Colombie, la fin de la guérilla des FARC a ironiquement remis à la portée des industries extractives d’importantes quantités de terres autrefois contrôlées par les rebelles et les milices. Jamais autant de militants environnementaux n’ont été tués dans ce pays, note le rapport. En dépit du processus de paix, les risques de se faire tuer pour les environnementalistes ont augmenté de 40 % en 2016.

En Afrique, les défenseurs de l’environnement les plus menacés sont les gardiens des parcs nationaux qui doivent affronter quotidiennement les braconniers.

La judiciarisation des opposants et les poursuites bâillons

Dans de nombreux pays, les gouvernements, souvent complices de multinationales, dénigrent systématiquement les opposants et les militants environnementaux, qu’ils dépeignent comme des criminels. Ces derniers, selon Global Witness, servent par ailleurs souvent d’exemple, par les châtiments qu’on leur impose, pour forcer l’acceptation sociale des projets d’exploitation de ressources naturelles et garder l’opinion publique tranquille.

Une autre stratégie efficace consiste à intenter de très coûteuses poursuites judiciaires contre les organismes et les personnes qui s’opposent ou qui dénoncent le comportement des pouvoirs publics et des entreprises qui exploitent les ressources naturelles.

Au Canada et aux États-Unis, par exemple, des organisations environnementales se sont élevées en 2016 contre une poursuite judiciaire de 100 millions de dollars déposée dans un tribunal de Georgie par la forestière Produits forestiers Résolu contre le groupe Greenpeace.

En ce qui a trait au recours à la violence pour faire fléchir les militants environnementalistes, il n’y a pas que dans les pays en développement que le phénomène prend de l'ampleur. La tendance s’intensifie partout, même dans des pays qui défendent et garantissent les libertés individuelles, soulignent les auteurs du rapport.

Pour Global Witness, la responsabilité de tous ces meurtres et de cette violence n’incombe pas qu’à l’avidité d'entreprises privées et de gouvernements peu scrupuleux, les investisseurs et particuliers qui financent ces projets par leurs placements financiers doivent aussi faire un examen de conscience.

Les investisseurs auraient tout intérêt, selon Global Witness, à se renseigner davantage sur la nature et l’impact des projets qu’ils financent en prêtant leur argent à des compagnies en échange de rendements financiers.

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