Depuis son élection le 8 novembre dernier, le président américain a publié plus de 2100 messages sur Twitter, soit une moyenne de 6 par jour. Retour sur une année rocambolesque teintée de scandales, de surprises et de stratégies numériques parfois controversées.

Un texte de Mélanie Meloche-Holubowski

Selon un récent sondage de l’Université Quinnipiac, 26 % des Américains croient que Trump devrait cesser de publier sur Twitter et 27 % d’entre eux sont embarrassés par les propos du président sur ce réseau social. Et pourtant, les médias et les Américains semblent toujours attendre avec impatience son prochain message Twitter.

Si Trump utilise son compte personnel (@realDonaldTrump), il a tout de même hérité du compte @POTUS du président Barack Obama, le premier président américain à utiliser Twitter. « C’était la première fois qu’un président transférait un compte Twitter officiel. Ça aurait dû normaliser la façon dont un président utilise un compte, » avance Fenwick Mckelvey, professeur adjoint au département des communications à l'Université Concordia. Mais la réalité a été toute autre, selon lui.

Donald Trump n'a publié que 408 fois du compte @POTUS, le reste des messages sont des partages du compte @realDonaldTrump.

Avant l’élection, M. Trump comptait 13 millions d’abonnés. Depuis son inauguration en janvier, son compte gagne près de 6 % d’abonnés de plus par mois. Aujourd’hui, il en a plus de 42 millions.

Le ton adopté par Trump sur Twitter est souvent agressif et négatif, explique le professeur Mckelvey. « Comparé aux autres politiciens, son attitude n’est pas du tout civilisée. Il est très acerbe, voire méchant. »

Les mots médias et #fakenews (fausses nouvelles) sont apparus plus de 250 fois au cours de la dernière année. Ceci n’inclut pas les dizaines de fois que les médias régulièrement vilipendés par Trump, comme le New York Times, CNN et le Washington Post sont mentionnés. Fox News est mentionné plus de 150 fois par Trump, mais ces messages sont toujours positifs.

En 12 mois, il a attaqué Obama 132 fois, tandis qu’Hillary Clinton est mentionnée 79 fois. On compte les mots élections, Obamacare et MAGA (son slogan :Make America Great Again) une centaine de fois chacun.

Les pays les plus mentionnés sont les États-Unis (37 fois), la Corée du Nord (50 fois), la Chine (31 fois), le Mexique (24 fois) et l’Allemagne (20 fois). Le Canada y est mentionné six fois, autant que l’Afghanistan et l’Irak.

Le président ne suit que 45 personnes, dont 15 qui sont de sa famille ou de la Maison-Blanche. Il suit également une dizaine de journalistes conservateurs - la plupart de Fox - six comptes associés à ses hôtels ou club de golf et le PDG de l'entreprise de lutte WWE, Vince McMahon.

Par ailleurs, une poursuite a été lancée cet été par des usagers qui ont été bloqués par le président Trump sur Twitter en raison de leurs points de vue. Les requérants estiment qu'il viole ainsi la Constitution américaine en limitant leur accès aux messages qu'ils croient d'intérêt public.

Qui publie?

Outre Donald Trump, seulement quelques autres dirigeants gèrent eux-mêmes leurs comptes Twitter : Donald Tusk, le président du conseil européen, Lars Lokke Rasmussen, le premier ministre danois, Edgars Rinkevics, le ministre des affaires étrangères letton et Erna Solberg, le premier ministre norvégien.

« La plupart des politiciens n’ont pas le temps d’écrire leurs propres tweets , mentionne Fenwick Mckelvey. Ils ont une équipe de communications qui les gèrent. Trump écrit ses propres tweets. Mais il est constamment distrait par Twitter. On doit se demander s’il réussit à accomplir quelque chose lorsqu’il est toujours en train de tweeter. »

Cependant, plusieurs analystes croient que certains messages plus sérieux auraient, en fait, été publiés par un employé de la Maison-Blanche à l'aide d'un iPhone. Donald Trump utilise pour sa part un téléphone Android et il a tendance à publier sur Twitter très tôt dans la journée et à utiliser beaucoup de majuscules et de points d'exclamation.

Il existe même un robot (@TrumpOrNotBot) qui calcule la probabilité que Trump ait lui-même écrit ses messages. La Maison-Blanche n’a jamais confirmé si Trump est le seul qui publie sur son compte.

Le scandale comme stratégie numérique?

Selon George Lakoff, un spécialiste des sciences cognitives de l’Université Berkeley en Californie, Trump utilise Twitter pour quatre raisons :

  • détourner l’attention de controverses;
  • lancer des ballons politiques;
  • avancer des idées qui l’avantagent;
  • détourner la critique en accusant le messager.

Et des publications scandaleuses et controversées, il y en a eu plus d’une au cours de la dernière année.

Dans la nuit du 14 au 15 août 2017, le président a d'abord retweeté un activiste de l'extrême droite qui est connu pour ses théories conspirationnistes. Quelques heures plus tard, il a partagé une image montrant un homme avec le logo de CNN écrasé par un train. Il l'a probablement effacé parce que les Américains étaient encore bouleversés par le drame à Charlottesville, où un véhicule a foncé dans la foule lors d'une manifestation antiraciste. Enfin, il a retweeté un abonné qui a traité Trump de « fasciste », avant de le supprimer.

Son message Twitter le plus partagé (369 530 fois et 605 098 « aime ») ne contient que deux mots-clés « #FraudNewsCNN #FNN » (#RéseaufrauduleuxCNN #Faussesnouvelles) et une vidéo altérée le montrant en train de frapper un homme représentant CNN. Le média américain avait vivement dénoncé « ce tweet juvénile », en ajoutant que « la violence et l'imagerie violente pour intimider la presse doivent être rejetées ».

En juin, il a traité une journaliste du réseau NBC de folle. Trump s'en est aussi pris à la mairesse de la capitale de Porto Rico, qui demandait plus d'aide après le passage de l'ouragan Maria.

Messages effacés

Depuis le 8 novembre dernier, Trump a effacé 75 messages sur Twitter. Certains ont été supprimés en raison d’erreur de frappes. D’autres ont laissé les internautes perplexes, comme celui qui a été publié pendant la nuit du 31 mai.

Le président s’est-il endormi sur son clavier, ont demandé plusieurs internautes? Et pourquoi la Maison-Blanche n'a-t-elle pas effacé le message plus rapidement? La Maison-Blanche n'a jamais vraiment expliqué ce message.

Il a également effacé trois messages publiés le 26 septembre en soutien au sénateur Luther Strange après que celui-ci ait perdu une primaire américaine.

La suppression de message Twitter soulève des questions d'éthique puisque selon le Presidential Records Acts, tous les documents officiels publiés par le président doivent être archivés. D'ailleurs, deux groupes ont entamé une poursuite pour s'assurer que Trump n'efface plus aucun message sur les médias sociaux.

Diplomatie sur Twitter

« Mon utilisation des réseaux sociaux n’est pas présidentielle. Elle est PRÉSIDENTIELLE MODERNE! », a publié Donald Trump en juillet. Certes, son utilisation de Twitter a changé ses rapports avec ses homologues étrangers.

Selon le professeur Mckelvey, Twitter est devenu une partie intégrante de la stratégie diplomatique de Trump.« Il utilise maintenant Twitter pour des négociations internationales et pour des négociations économiques comme l’ALENA. » Certains dirigeants hésitent à lui répliquer, sachant qu'une réponse en 140 caractères peut déraper très rapidement.

En avril dernier, le gouvernement canadien a par exemple décidé de ne pas répondre à la publication de Donald Trump sur l'industrie laitière. « Le Canada a rendu très difficiles les affaires pour nos fermiers laitiers du Wisconsin et des autres États voisins. Nous n’accepterons pas ça », écrivait alors Donald Trump. Justin Trudeau a préféré parler au président au téléphone.

Ceci n’a pas empêché Justin Trudeau de critiquer indirectement le décret de Trump sur l’immigration visant plusieurs pays du Moyen-Orient. Son message (sa version en anglais) a été le plus partagé parmi tous les tweets des leaders au cours de la dernière année avec 1,2 million de partages et mentions « J'aime ».

Publier sur Twitter peut aussi être un jeu diplomatique dangereux. En septembre, M. Mckelvey a été surpris par les messages du président Trump sur la Corée du Nord. Pyongyang a affirmé que les messages menaçant de détruire le pays étaient considérés comme une déclaration de guerre. « Je n'aurais pas pensé qu'il irait aussi loin », souligne le M. Mckelvey.

[TRADUCTION] : « Je viens d'entendre le ministre des affaires étrangères de la Corée du Nord parler à l'ONU. S'il relaie les pensées du petit Rocket Man (homme aux fusées), ils ne seront plus là pour très longtemps! »

Éviter les médias

En raison de la volatilité du président Trump sur Twitter, les médias sont accrochés à chacun de ses messages. Le président affirmé par ailleurs que Twitter lui permet de ne pas avoir à s'adresser aux médias.

Dans une entrevue avec le Financial Times en avril 2017, le président a déclaré : « Sans les tweets, je ne serais pas ici [...] J’ai plus de 100 millions d’abonnés – si l’on compte Facebook, Twitter, Instagram. Plus de 100 millions! Je n’ai pas besoin de passer par les faux médias. »

[TRADUCTION] : « Les FAUX MÉDIAS (les défaillants @nytimes, @NBCNews, @ABC, @CBS, @CNN) ne sont pas mes ennemis, ils sont les ennemis du peuple américain! »

Si Trump estime qu’il peut éviter les médias et parler directement aux Américains, M. Mckelvey tient à rappeler que seulement 11 % des Américains utilisent Twitter, selon le Pew Research Center. « Donc, il y a une grande partie de la population qui ne fait pas partie de cette conversation. Ce n’est pas vraiment un dialogue. Il faut se poser la question : "Est-ce que Trump et ces politiciens qui utilisent Twitter prennent vraiment part à une conversation avec le public?" »

Lorsqu’il était directeur des communications pour la Maison-Blanche, Sean Spicer a indiqué que les messages sur Twitter de Trump devaient être « considérés comme des déclarations officielles du président des États-Unis », sans préciser s’il faisait référence au compte @realDonaldTrump ou @POTUS. C’est d'ailleurs pourquoi Twitter a décidé de ne pas désactiver le compte personnel de Donald Trump même si certains messages contreviennent aux règlements des l’entreprise.

Le professeur Mckelvey croit que les entreprises de médias sociaux ont créé un précédent en permettant à Donald Trump de partager des messages violents et de fausses informations. « Pourquoi acceptons-nous de balayer tout cet abus et ces scandales sous le tapis? C'est une conversation que l'on doit avoir. Les patrons des médias sociaux sont responsables, même s'ils sont dans une situation difficile. »

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