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5 questions sur les armes à feu aux États-Unis

La fusillade de Las Vegas relance, une nouvelle fois, la question du contrôle des armes à feu aux États-Unis. Les partisans du resserrement espèrent qu'à la suite de cette tuerie des mesures seront prises pour mieux encadrer leur vente, tandis que le puissant lobby des armes à feu se prépare à défendre ses acquis. Portrait de la situation en graphiques.

Un texte de Ximena Sampson

1 - Combien d'armes y a-t-il aux États-Unis?

Il n'y a pas de chiffres officiels sur les ventes d'armes aux États-Unis, ni de registre sur les propriétaires. La possession d'armes à feu est vue comme un droit constitutionnel qui ne saurait être restreint d'aucune façon.

Cependant, on estime que le nombre total d'armes à feu (tant licites qu'illicites) possédées par les civils ou disponibles pour la vente est d'environ 310 millions.

Selon des sondages, le nombre de ménages déclarant posséder des armes à feu est en baisse, puisqu'il est passé de 47 % en 1973 à 31 % en 2014, la dernière année pour laquelle on dispose de données.

Ces enquêtes révèlent aussi une concentration de la possession des armes à feu aux États-Unis, c'est-à-dire qu'un petit nombre de personnes détient une grande quantité d'armes. Selon des données obtenues par des chercheurs des universités Harvard et Northeastern en 2015, 3 % des adultes américains possèdent la moitié des armes en circulation dans le pays, pour une moyenne de 17 armes chacun.

2 - Qu'est-ce qui explique l'attraction des Américains pour les armes à feu?

« L'industrie des armes et la NRA [National Rifle Association, le lobby des armes à feu] répètent sans cesse qu'il faut s'armer pour des questions de sécurité, alors que depuis 30-40 ans, le taux de criminalité est en baisse », souligne Francis Langlois, professeur au Cégep de Trois-Rivières et membre associé à l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand.

Selon le chercheur, certains Américains ont ainsi l'impression de prendre en main le bien-être collectif, dans un contexte où l'État est moins présent, à cause des compressions budgétaires.

Pourtant, ce qui semble ressortir clairement des études, c'est que, là où il y a des armes à feu, il y a plus de possibilités que surviennent des incidents malheureux.

« Ce n'est pas que les gens soient plus violents, explique Francis Langlois, c'est que les armes à feu se retrouvent dans des situations où elles ne se seraient pas retrouvées auparavant. [...] Si on a une arme à proximité, on va être plus agressif, plus confiant, la montée aux extrêmes sera plus rapide. »

Depuis quelques années, on observe également un plus grand intérêt pour les armes de poing et les fusils d'assaut, au détriment des carabines et des fusils de chasse. Cela est le résultat d'une offensive de l'industrie, croit le chercheur. « Ils ont décidé de militariser le marché en disant : si c'est bon pour les policiers et pour l'armée, c'est bon pour défendre votre famille. »

Les chasseurs n'ont pas souvent besoin de renouveler leur inventaire. Par contre, « si [les gens] achètent des fusils d'assaut, des armes militaires, on peut aller chercher les nouveaux modèles, avoir une collection et des accessoires de plus en plus perfectionnés », ajoute Francis Langlois. La situation semble d'ailleurs être en train de changer au Canada aussi, où l'on constate un plus grand attrait pour ce type d'armes à autorisation restreinte.

3 - Combien y a-t-il d'homicides par arme à feu chaque année?

Plus de 30 000 personnes sont tuées chaque année dans des incidents impliquant des armes à feu. Cependant, les deux tiers de ces incidents sont des suicides.

Certaines catégories d'Américains sont surreprésentées parmi les victimes d'homicide. C'est le cas des Noirs, qui constituent 57 % des victimes (alors qu'ils ne sont que 14 % de la population), et des personnes de 15 à 34 ans, qui constituent les deux tiers des victimes.

Le nombre de personnes tuées dans des incidents impliquant des armes à feu est constant depuis quelques années (en excluant les suicides). Puisque la population américaine a augmenté, il y a donc eu une baisse nette.

Le taux annuel d'homicides par arme à feu est toutefois parmi les plus élevé des pays développés.

4 - Les fusillades sont-elles plus fréquentes que par le passé?

On constate que le nombre de tueries de masse a augmenté au fil des ans. Selon les données du Congrès américain, dans la décennie 2010, il s'écoulait en moyenne 74 jours entre deux tueries, alors que c'était plutôt 282 jours dans les années 1970.

Selon une autre méthode de calcul - qui définit les tueries de masse comme des incidents où quatre personnes ou plus sont blessées ou tuées, en incluant l'assaillant -, il y a eu 372 fusillades en 2015, soit l'équivalent d'un incident chaque jour. Quelle que soit la méthode choisie, l'augmentation au fil des ans est indéniable.

Deux raisons l'expliquent, selon le professeur Francis Langlois. D'une part, on trouve sur le marché des armes de plus en plus efficaces, comme des fusils d'assaut et des pistolets avec de gros chargeurs, ainsi que des munitions plus puissantes. Ensuite, il y a un phénomène de contagion.

La facilité de l'accès aux armes, combinée à leur puissance, fait en sorte que « quelqu'un qui est dépressif, fâché ou qui a pris de la drogue [peut facilement ] commettre un massacre », souligne M. Langlois.

5 - Pourquoi ne réussit-on pas à contrôler les armes à feu?

L'attrait des armes à feu ne se dément pas. En 1986, il y avait 3,5 millions d'armes commercialisées aux États-Unis. En 2013, c'était plutôt 16 millions. C'est surtout parce que la NRA a réussi à passer son message, croit le journaliste Craig R. Whitney. « Ils martèlent que pour se protéger contre les criminels, on doit avoir une arme à feu à la maison. Et chaque fois qu'il y a une fusillade, les gens se précipitent acheter des armes. »

Depuis des années, le puissant lobby réussit à bloquer tout projet visant à durcir les lois sur les armes à feu.

Comparé à d'autres, le lobby des armes à feu n'est pas très riche, soutient le chercheur Francis Langlois. Par contre, il est capable de « livrer » des électeurs. Par exemple, la NRA demande à ses membres de voter pour un candidat en particulier parce qu'il est en accord avec leurs positions, ou alors il les mobilise pour envoyer des courriels et prendre part à des manifestations quand ils sont en désaccord avec ce qu'il propose. Elle est très bien implantée au niveau national, mais aussi étatique et municipal.

Cependant, de plus en plus, la NRA donne l'impression d'être déconnectée de la population, soutient Francis Langlois. Ainsi, même si une majorité d'Américains sont pour un certain contrôle des armes à feu, la NRA s'y oppose totalement. « Elle a un agenda qui lui est propre [...] et beaucoup de choses donnent l'impression qu'elle travaille surtout pour les intérêts de l'industrie. »

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