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50 morts dans des frappes aériennes contre des hôpitaux et des écoles en Syrie

Près de 50 civils, dont des enfants, sont morts et de nombreux autres ont été blessés, lundi, après que des tirs de missiles eurent touché « au moins » cinq établissements médicaux et deux écoles dans les provinces d'Alep et d'Idlib, ont annoncé lundi les Nations unies. « Des violations flagrantes du droit international », estime le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon.

Ces attaques, menées notamment dans les villes syriennes d'Azaz et de Maaret Al-Noomane, dans le nord de la Syrie, mettent à mal l'accord en vue d'une « cessation des hostilités » annoncé par les grandes puissances jeudi dernier, quelques jours après la suspension des pourparlers de paix entre une partie de l'opposition et le régime de Bachar Al-Assad.

Médecins sans frontières (MSF) confirme qu'un hôpital qu'elle soutenait à Maaret Al-Noomane, dans la province d'Idlib, a été touché. L'attaque a fait « au moins sept morts parmi le personnel et les patients et au moins huit personnels de MSF sont portés disparus. Nous ne savons pas s'ils sont vivants », affirme le président de MSF France, Mego Terzian.

« Soit le gouvernement [syrien], soit la Russie » sont responsables de cette attaque, a-t-il ajouté. L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) affirme pour sa part que ces frappes, qui ont fait neuf morts et des dizaines de blessés selon elle, étaient « probablement russes ».

« Au cours de deux séries de deux attaques, menées à quelques minutes d'intervalle l'une de l'autre, l'hôpital a été touché par quatre roquettes », a affirmé plus tôt le chef de mission de MSF pour la Syrie, Massimiliano Rebaudongo. « Il s'agit d'une attaque délibérée contre une structure de santé. La destruction de cet hôpital prive d'accès aux soins les quelque 40 000 personnes vivant dans cette zone de conflit ouvert ».

Selon lui, l'hôpital comptait 54 employés et comprenait notamment 30 lits, deux blocs opératoires et une salle d'urgence. MSF le soutenait en l'approvisionnant en matériels médicaux et en couvrant ses coûts de fonctionnement.

MSF soutient quelque 150 hôpitaux en Syrie. L'établissement de Maaret Al-Noomane est le cinquième à être touché par des bombardements depuis le début de l'année.

Toujours selon l'OSDH, dix autres personnes sont mortes dans d'autres frappes, vraisemblablement russes aussi, contre la ville d'Azaz, située tout près de frontière turque, dans la province d'Alep. Un hôpital pédiatrique, une école qui abritait des Syriens déplacés par la guerre et un autre centre d'accueil pour réfugiés ont été touchés.

Selon un médecin et des habitants interviewés par Reuters, le bilan de cette attaque serait plutôt de 14 morts.

« Nous sommes en train d'évacuer de l'hôpital des dizaines d'enfants en pleurs », a déclaré un médecin, Djouma Rahal. Au moins deux enfants sont au nombre des morts et des ambulances ont évacué plusieurs dizaines de blessés vers la Turquie pour qu'ils y reçoivent des soins ».

Azaz, dernier bastion des insurgés avant la frontière turque, a accueilli des dizaines de milliers de personnes depuis le début du mois, après que l'armée gouvernementale, aidée par l'aviation russe, eut lancé une grande offensive contre la ville d'Alep. Ces personnes s'entassent dans des conditions précaires dans une dizaine de camps, en espérant pouvoir franchir la frontière turque.

Malgré des appels de l'ONU et de plusieurs pays occidentaux, Ankara garde cependant sa frontière fermée jusqu'à nouvel ordre. Seuls des blessés peuvent la franchir pour être soignés à l'hôpital de Kilis.

Le nord de la Syrie est actuellement le théâtre de toutes les convoitises. L'armée gouvernementale et ses alliés tentent de reprendre le contrôle de ce secteur, pour empêcher les derniers insurgés d'Alep d'être ravitaillés, que ce soit en armes ou en victuailles. Les Kurdes de Syrie, qui contrôlent des secteurs situés à l'est et à l'ouest d'Azaz, espèrent pour leur part prendre Azaz pour faire la jonction et contrôler un territoire continu le long de la frontière turque.

Tirs d'artillerie turcs contre les Kurdes syriens

Le premier ministre turc Ahmet Davutoglu a d'ailleurs prévenu lundi qu'Ankara ne permettra pas qu'Azaz tombe aux mains des miliciens kurdes des Unités de protection du peuple (YPG). La Turquie estime que cette organisation est une émanation du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qu'elle considère comme une « organisation terroriste » et qu'elle combat depuis des années.

Pour une troisième journée de suite, lundi, l'artillerie turque a bombardé lundi des positions des YPG en Syrie à la suite d'une attaque contre un poste-frontière de la province d'Hatay, a d'ailleurs annoncé le ministère turc des Affaires étrangères.

Selon M. Davutoglu, les Kurdes auraient d'ailleurs pris le contrôle d'Azaz et de la localité de Tal Rifaat, plus au sud, si l'artillerie turque n'avait pas enrayé leur progression durant la fin de semaine. « Des éléments des YPG ont été contraints de se retirer des environs d'Azaz. S'ils reviennent, la réaction sera des plus sévères. Nous ne permettrons pas la chute d'Azaz », a-t-il dit à des journalistes dans un avion le transportant à Kiev en Ukraine.

Les combattants kurdes, a-t-il ajouté, doivent aussi se retirer de la base aérienne de Menagh, au nord d'Alep, dont ils ont récemment pris le contrôle, faute de quoi cette base sera rendue « inutilisable ». M. Davutoglu a aussi prévenu les YPG de ne pas chercher à s'étendre à l'est de la région d'Afrine, en Syrie, ou à l'ouest de l'Euphrate, une « ligne rouge » fixée par Ankara.

La Turquie dément cependant avoir envoyé des troupes en Syrie. Le gouvernement syrien affirme que des forces terrestres turques faisaient partie d'un groupe de 100 hommes entrés en Syrie samedi à bord de 12 véhicules tout-terrain équipés de mitrailleuses lourdes pour venir en aide aux insurgés. Depuis le début du conflit, Ankara soutient des groupes sunnites en lutte contre la dictature de Bachar Al-Assad.

« Ce n'est pas vrai », a assuré le ministre turc de la Défense, Ismet Yilmaz. « Il n'est aucunement question que des soldats turcs entrent en Syrie ».

M.  Yilmaz a aussi démenti les informations selon lesquelles des avions saoudiens étaient arrivés sur la base aérienne turque d'Incirlik, dans le cadre de préparatifs contre
l'État islamique.

Samedi, son collègue aux Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, a cependant affirmé que la Turquie et l'Arabie saoudite pourraient mener une intervention terrestre contre le groupe État islamique (EI) en territoire syrien.

Ankara menace Moscou

Lors d'une conférence de presse conjointe tenue un peu plus tard avec son homologue ukrainien Arseni Iatseniouk, le premier ministre Davutoglu s'est vertement attaqué à la Russie. Les relations entre les deux pays sont très tendues depuis qu'un avion de chasse russe a été abattu par les Turcs fin novembre.

« Si la Russie continue de se comporter comme une organisation terroriste forçant la population civile à fuir, nous lui opposerons une riposte extrêmement résolue », a-t-il lancé, selon des propos traduits en ukrainien.

« La Russie et l'organisation de l'État islamique en Syrie sont coupables de nombreux crimes contre l'humanité. Et cette question doit être examinée dans le cadre du droit international », a-t-il poursuivi. « La vraie intention de la Russie [en Syrie] est de tuer le plus grand nombre de civils, de soutenir le régime syrien et de poursuivre la guerre ».

Quelques heures avant ces déclarations de M. Davutoglu, le ministère russe des Affaires étrangères disait dans un communiqué être « gravement préoccupé » par les bombardements menés par l'artillerie turque sur les positions kurdes en Syrie.

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