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6 points pour comprendre la guerre qui perdure en Ukraine

L'est de l'Ukraine est le théâtre d'accrochages meurtriers depuis la mi-décembre. Si ce conflit, qui dure depuis trois ans, ne fait plus les manchettes au quotidien, la guerre se poursuit de plus belle. Mise au point sur cette guerre « oubliée » de l'Europe.

Un texte de Mélanie Meloche-Holubowski

Plus de 9700 personnes ont été tuées et 21 000 blessées depuis le début du conflit en 2014, lorsque la Russie a annexé la Crimée.

Mais en ce début d'année, l’intensité des combats est à son plus fort depuis deux ans, dit Dominique Arel, professeur et titulaire de la Chaire d'études ukrainiennes à l'Université d'Ottawa.

Un cessez-le-feu n’était-il pas en vigueur?

Un accord entre les rebelles prorusses et l’Ukraine a été signé à Minsk en février 2015, mais la trêve promise a été violée à de nombreuses reprises. Une nouvelle trêve a été signée le 23 décembre 2016, mais les rebelles prorusses et les Ukrainiens s'accusent mutuellement d'avoir déclenché ces nouvelles hostilités.

Ces accords [de Minsk] ont surtout permis de freiner l’avancée des combattants et ont en quelque sorte gelé la ligne du front. Il n’y a pas eu de cessez-le-feu. La guerre a continué, mais avec une intensité réduite.

Dominique Arel

La situation est demeurée particulièrement imprévisible et instable dans le Donbass (région de l’est de l’Ukraine, qui inclut les villes de Louhansk et de Donetsk et qui est sous le contrôle des pro-Russes) parce que les rebelles et l'armée ukrainienne n'ont pas retiré leurs armes lourdes comme ils s'étaient engagés à le faire.

Ce qui est nouveau dans ce conflit, explique M. Arel, est la tentative des forces ukrainiennes de percer la ligne du front, près de Donetsk, ce qui a provoqué une riposte foudroyante des forces prorusses dans la ville d’Avdiïvka.

Pourquoi Avdiïvka?

En 2014, cette ville de plus de 20 000 habitants avait été prise par les rebelles prorusses, puis reprise quelques mois plus tard par l’armée ukrainienne. Elle est située à moins de 10 kilomètres de Donetsk, qui est sous le contrôle des pro-Russes, et il s’agit d’un point névralgique pour le transport d’armes.

Par ailleurs, on trouve à Avdiïvka l’une des plus grandes usines de charbon à coke en Europe. Kiev craint que cette usine tombe entre les mains des pro-Russes. « L’Ukraine veut protéger ce qu’il reste du potentiel industriel de la région », dit M. Arel.

En raison des combats intenses, les habitants d'Avdiïvka font face à des pénuries de chauffage et d'eau. L'armée ukrainienne distribue de la nourriture à la population et sept camps ont été installés. La situation est si alarmante que les autorités se préparent à évacuer la ville.

Pourquoi une recrudescence des combats?

Moscou accuse Kiev d’avoir intensifié les violences pour attirer l'attention internationale sur ce conflit quasiment gelé. De passage en Hongrie, le président russe, Vladimir Poutine, a d'ailleurs accusé l'Ukraine d'avoir déclenché ces nouveaux combats pour forcer la nouvelle administration américaine de Donald Trump à l'appuyer.

En revanche, Vladimir Poutine continue de nier son implication dans ce conflit, dit Serbyn Roman, expert de l’Ukraine et ancien professeur d’histoire à l'UQAM.

La tendance avec M. Poutine est d’admettre [son implication] une fois le fait accompli. Par exemple, il a seulement admis une présence russe [en Ukraine] lorsque la Crimée a été annexée.

Dominique Arel

M. Roman croit que M. Poutine continue d'avoir des ambitions expansionnistes. « Poutine veut rétablir le pouvoir, la puissance de la Russie. Il avait dit que la plus grande tragédie du 20e siècle était l’éclatement de l’Union soviétique. Il veut la rétablir et a besoin de l’Ukraine. » Et l'amitié qui semble se forger entre Vladimir Poutine et Donald Trump pourrait ouvrir la porte à une plus grande incursion de la Russie en Ukraine, croit M. Roman.

Poutine teste Trump

Justement, ce qui semble avoir surtout attisé les tensions est l’appel téléphonique entre Donald Trump et Vladimir Poutine. Selon M. Arel, le président russe teste présentement les limites de la nouvelle administration Trump. « La Russie veut voir jusqu’où elle peut aller. »

Dans une lettre adressée à Donald Trump, le sénateur républicain John McCain a mis en garde contre le jeu politique de la Russie. « Ces nouvelles attaques ont commencé le jour après cet appel et indiquent clairement que Vladimir Poutine agit rapidement pour vous tester en tant que président. La violente campagne de Poutine pour démembrer l’Ukraine s’arrêtera seulement s’il doit affronter une riposte puissante », écrit-il.

Mais Donald Trump n’a montré aucun intérêt pour l’Ukraine, dit M. Arel. Les États-Unis veulent coopérer avec la Russie pour régler des problèmes comme le terrorisme. « Pour cette collaboration, ils sont prêts à sacrifier autre chose », comme l’Ukraine, ajoute M. Roman.

De plus, comment agira le nouveau secrétaire d’État américain, Rex Tillerson, dont la position sur cette guerre est opposée à celle de Donald Trump? « Rex Tillerson a dit que les Américains auraient dû armer les Ukrainiens lors de l’annexion de la Crimée. Il a dit qu’il aurait été beaucoup plus dur avec la Russie. Ça ne concorde pas du tout avec le discours de Trump. Aura-t-il une influence sur les décisions de Trump? » se demande M. Arel.

Comment stopper cette agression russe?

Selon M. Roman, les pays occidentaux doivent encourager les Ukrainiens à se défendre contre « ce géant » en fournissant plus d’armements et de moyens techniques.

M. Roman ajoute que les pays occidentaux ont une obligation de protéger l’Ukraine face à la menace nucléaire russe.

L’Ukraine était la troisième puissance mondiale avec les armes nucléaires. Mais elle a renoncé aux armes nucléaires avec une certaine garantie que les grandes puissances protégeraient ses frontières et sa population.

Serbyn Roman

M. Arel croit que les sanctions imposées à la Russie par les États-Unis, l’Union européenne et le Canada ont « mis un frein aux ambitions politiques de la Russie ». Par contre, si les sanctions contre la Russie sont levées, M. Poutine « pourrait en finir politiquement avec cette guerre », soutient M. Arel.

Donald Trump reste évasif sur une éventuelle levée des sanctions contre Moscou, mais l'ambassadrice des États-Unis à l'ONU, Nikki Haley, a déclaré devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le 2 février 2017, que les sanctions resteront en place « jusqu'à ce que la Russie redonne le contrôle de la péninsule [de Crimée] à l'Ukraine ».

Par contre, M. Arel met un bémol à cette déclaration : « L’administration Trump a exprimé peu d’intérêt, sinon du mépris, envers les Nations unies. Les propos ultérieurs du président, ou de son conseiller Michael Flynn ou du nouveau secrétaire d’État, Rex Tillerson, pourraient ne pas concorder avec cette déclaration de [Nikki] Haley. »

Le rôle du Canada

Par ailleurs, la mission de 200 soldats canadiens en Ukraine pourrait être prolongée, a mentionné au début du mois de février le ministre canadien de la Défense, Harjit Sajjan. Kiev a demandé à Ottawa de prolonger la mission militaire qui a commencé en 2015 et qui doit prendre fin en mars.

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