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6 questions pour comprendre les enjeux de la présidentielle française

La campagne électorale française et la période qui l'a précédée ont été ponctuées de surprises qui ont chamboulé la donne politique en France et rendu extrêmement difficiles les pronostics. Notre correspondant à Paris, Sylvain Desjardins, répond à six questions pour expliquer l'incertitude qui pèse sur les résultats de ce scrutin.

1. La droite s’est retrouvée avec un candidat inattendu. Comment François Fillon s’est glissé entre Nicolas Sarkozy et Alain Juppé?

Voilà l'une des premières grandes surprises de l'« avant élection ». La lutte devait se passer entre Nicolas Sarkozy, dont l'objectif avoué du retour était de devenir le candidat de la droite, et Alain Juppé, qui était le favori dans les sondages depuis un an.

Le principe de l'élection ouverte a joué des tours aux deux favoris. C'était la première fois que Les Républicains (auparavant Union pour un mouvement populaire) mettaient en place des élections primaires pour déterminer le candidat présidentiel. Et puisque l'élection était ouverte, n'importe qui de l'électorat pouvait voter, sans être membre du parti. Il ne suffisait que de payer 2 euros et de signer une déclaration.

Beaucoup gens – de la droite, du centre ou même de la gauche – qui voulaient bloquer Sarkozy sont allé voter. Et Alain Juppé a fait une campagne terne, un peu moche, alors que François Fillon était le candidat qui apparaissait comme étant le plus représentatif des valeurs de la droite. Il est donc passé devant.

2. La gauche aussi crée la surprise. Qu’a fait Benoît Hamon pour avoir le dessus sur Manuel Valls?

Encore une fois, c'est le jeu des primaires ouvertes qui a entraîné cette grande surprise. On peut imaginer que des électeurs de gauche – socialistes ou d'autres gauches – très insatisfaits du gouvernement de François Hollande, qui a leurs yeux incarnaient une gauche trop proche du centre, ou même d'une droite libérale, sont allés voter en masse. Ils auraient choisi Benoît Hamon parce qu'il avait quitté le gouvernement étant lui-même opposé à certaines mesures.

Comme ministre de l'Éducation, il était déjà bien connu, puis a ensuite été reconnu pour sa décision de quitter le gouvernement Hollande. Il a aussi incarné le groupe des frondeurs, ceux qui ont quitté le gouvernement en conservant leur siège de député, devenant ainsi une sorte d'opposition à l'intérieur du Parti socialiste. C'est cette vision-là qui a remporté la mise et qui fait que Benoît Hamon a obtenu la candidature.

3. Le centre incarne un nouvel espoir. Emmanuel Macron est-il l’homme du renouveau espéré?

On verra, mais on peut le présumer. Emmanuel Macron est en tête dans les sondages de la dernière semaine et a toujours été parmi les favoris de la campagne. Ce qui lui permet d'être autant en avance, c'est justement qu'il a réussi à vendre cette idée de renouveau. Ce que ses adversaires lui reprochent, c'est de ne pas être assez ou à gauche ou à droite, ou encore d'avoir peu d'expérience. Or, c'est probablement ce qui fait son succès dans l'électorat général, auprès de gens qui en ont assez des partis traditionnels, des positions traditionnelles et des figures connues autant à gauche qu'à droite.

Emmanuel Macron a passé deux ans comme ministre de l'Économie. Il n'a jamais été élu. Il a plutôt été nommé directement par François Hollande, après avoir été son conseiller politique. Il a une expérience politique assez limitée et il joue de son expérience en entreprise privée, lorsqu'il travaillait pour une grande banque, pour justement incarner l'idée qu'il est plutôt proche des jeunes entrepreneurs, des gens qui veulent réformer le pays et foncer dans la nouvelle économie. Ça l'aide beaucoup auprès de ces électeurs.

4. La campagne de la droite a déraillé avec l’affaire Fillon. Était-ce le début de la fin?

Le début de la fin, on ne le sait pas, on le saura à l'issue du résultat. Mais on pourrait y croire, car c’est une catastrophe qui est survenue très tôt dans la campagne après que M. Fillon a été choisi comme candidat.

Les révélations du Canard Enchaîné ont vraiment plombé sa campagne. En même temps depuis quelques semaines, il a remonté et est parmi les quatre favoris dans les sondages. On peut imaginer qu’il y a un grand nombre des électeurs de droite qui sont déçus de toute cette affaire et qui peuvent en vouloir à M. Fillon d’avoir manqué de transparence notamment dans sa façon de gérer l’argent qu’il s’est fait attribuer pour embaucher des adjoints parlementaires.

Mais peut-être qu’au final, il y a une partie de ces gens, qui sont frustrés ou déçus, qui se refuseront de toute façon à voter pour l’extrême droite ou la voie du centre d’Emmanuel Macron et qui reviendront au bercail. Ça pourrait être la surprise de cette élection, un François Fillon, qui passerait par exemple devant Marine Le Pen. Il pourrait la doubler et récupérer le vote de droite.

5. Comment Jean-Luc Mélenchon s’est-il imposé à gauche?

Jean-Luc Mélenchon est connu parce qu’il a été candidat en 2012 où il a mené une bonne campagne. Mais il s’était un peu écrasé vers la fin, en terminant avec un score de 11 %. Maintenant, il est resté à 19 % ou à peu près ce qui le place à un ou deux points dans la marge d’erreur avec les trois autres.

Ce qui fait probablement son succès, c’est le fait que c’est un excellent orateur, un grand tribun, ce qui fait qu’il est capable de soulever les foules. D’ailleurs il a réussi, en utilisant les réseaux sociaux, comme YouTube, à mobiliser de très grandes foules dans ses rassemblements – jusqu’à 100 000 à un certain moment sur la Place de la République, à Paris. Et personne d’autre n’a réussi à faire ça. C’est une combinaison d’idées, de grandes réformes, qui plaisent à tous ces gens qui sont désabusés en France, ceux qui en ont assez des partis traditionnels.

Et il y aussi des gens qui souhaitent une révolution de gauche. Oui, ça existe et c’est un courant passé qui est très fort en France. Jean-Luc Mélenchon a réussi à mieux l’incarner que Benoît Hamon, grugeant ainsi les votes de ce dernier, qui est finalement plus associé au gouvernement Hollande qu’il ne l’aurait espéré.

6. Et Marine Le Pen dans tout ça? Sera-t-elle portée par le climat tendu qui règne en France?

Marine Le Pen…elle est portée par un climat de frustration depuis des années et ce qu’elle a réussi à faire depuis les cinq dernières années – depuis l’élection de 2012 – c’est de « nationaliser » son parti. Le Front national a eu des succès relatifs aux élections régionales, mais aux élections municipales, il a réussi à gagner une douzaine de municipalités à travers le pays.

Et surtout, Marine Le Pen a peaufiné son discours, adouci un petit peu l’image du parti, évidemment en excluant son père. Et puis en tenant un discours qui est vraiment axé, oui sur le contrôle de l’immigration et toutes les questions identitaires, mais en ajoutant une dimension de défense des intérêts des petits salariés, des chômeurs, des gens qui ont de la difficulté à obtenir des revenus suffisants d’aide sociale. C’est ce qui lui a permis d’élargir ses appuis au cours des dernières années.

Par exemple aujourd’hui elle sera à son quartier général pour la soirée électorale, mais elle ne sera ni à Paris, ni dans le sud où est sa base traditionnelle, mais bien dans le nord, à Hénin-Beaumont, une petite municipalité qui est passée aux mains du FN et qui est une sorte de symbole de la capacité de ce parti à représenter les gens qui, autrefois, pouvaient voter à gauche ou à l’extrême gauche. Des gens qui sont suffisamment frustrés et déçus pour aller du côté du Front national.

Tout ceci pourrait expliquer pourquoi les sondages donnent quatre candidats dans un mouchoir de poche jusqu'à la fin. Du jamais vu, ça aussi en France. Une autre surprise.

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