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À quel Poutine auront droit le monde, et la Russie, pour ce quatrième mandat?

Vladimir Poutine a gagné son pari. Élu triomphalement, presque plébiscité pour un autre mandat de six ans à la tête de la Russie, que va-t-il faire maintenant?

Une analyse d'Alexandra Szacka, correspondante à Moscou

Les spéculations vont bon train et les politologues avancent des hypothèses à qui mieux mieux. Va-t-il se concentrer sur la modernisation du pays, comme il a promis dans la première, très longue et très ennuyante partie de son désormais fameux discours du 1er mars, devant le Conseil de la Fédération?

Ou va-t-il plutôt mettre ses énergies dans la confrontation avec l’Occident, qui a été si payante pour lui en termes de votes à cette élection présidentielle?

Les nouvelles armes nucléaires, indétectables, dont Moscou se serait dotée au cours des dernières années, et dont Poutine a fait état dans ce même discours, vont-elle lui servir de joker pour continuer à consolider la place de la Russie sur la scène internationale?

L’énigmatique Vladimir Poutine songe-t-il à quitter le pouvoir au terme de ce nouveau mandat au Kremlin ou, au contraire, va-t-il trouver une entourloupette pour rester à la tête du pays tout en respectant la constitution, comme il aime à le répéter, constitution qui ne permet pas plus de deux mandats présidentiels consécutif?

Chose certaine, bien malin qui connaitrait, avec certitude, les réponses à toutes ces questions.

Apparu brièvement, le soir de sa victoire, sur la scène extérieure installée près du Kremlin, pour fêter le quatrième anniversaire de l’annexion de la Crimée, Vladimir Poutine était bien seul. Pas de famille, pas de collaborateurs, pas d’équipe, l’image était frappante.

Tel un tsar au pouvoir quasi absolu, Vladimir Poutine aime projeter l’image de force et de stabilité. Au cours de ses mandats précédents, il a énormément centralisé le pouvoir, notamment en éliminant les élections pour les postes de gouverneurs... lesquels, aujourd’hui, sont pratiquement tous occupés par un membre du parti du président, Russie Unie (81 sur 85).

Des priorités qui mènent à des inégalités

Mais la Russie est devenue, sous son règne, un géant aux pieds d’argile. Il ne peut pas ne pas le savoir.

Au cours des quatre dernières années, le PIB par habitant a été réduit presque de moitié, de 15 445 $ US à 8748 $ US. L’économie de la Russie, c’est 20 % de celle des États-Unis et 25 % de celle de la Grande-Bretagne. Le nombre de pauvres est passé de 16 millions en 2014 à 20 millions, cette année.

Par contre, au moment où Vladimir Poutine a pris le pouvoir, la Russie ne comptait aucun milliardaire. Aujourd’hui, elle en compte 96! Elle n’est dépassée en cela que par les États-Unis, la Chine, l’Allemagne et l’Inde.

Le nombre d’hôpitaux et d’écoles a diminué de plusieurs milliers et les riches Russes ont fait sortir du pays plus de 500 milliards de dollars.

Hors des grands centres, la Russie est un pays pauvre et arriéré. Son réseau d’autoroutes ne compte que 5000 km! À titre de comparaison, au Canada, pour une superficie moindre, nous avons 38 000 km d'autoroutes.

Vladimir Poutine aura donc des choix difficiles à faire, et il le sait. Il a lui-même admis que l’économie de la Russie stagne. On ne s’attend d'ailleurs pas à une augmentation du PIB de plus 1,5 %, soit 2,5 points de pourcentage de moins que la moyenne mondiale.

Si l’économie de la Russie, qui est trop dépendante des matières premières, notamment du gaz et du pétrole, ne se diversifie pas, et si les dépenses pour la défense continuent à augmenter – elles sont passées de 22,7 milliards de dollars américains au premier budget Poutine à 70,5 milliards en 2017 –, il aura tôt ou tard à faire face au mécontentement de la population.

Qui est le vrai Poutine ?

Suffira-t-il alors de continuer à blâmer l’Occident et les sanctions pour la mauvaise posture économique de la Russie, en augmentant encore plus le ressentiment que les Russes éprouvent à l’égard du reste du monde?

Le Centre Levada, une des rares maisons de sondages indépendante qui existe encore en Russie, a constaté qu’en 1999, au moment où Poutine a pris le pouvoir, la proportion des Russes qui considéraient que les États-Unis étaient l’ennemi de la Russie n’était que de 22 %. Aujourd’hui, c'est 68 %.

Vladimir Poutine est donc devant un choix fondamental. Continuer dans cette voie, en se concentrant avant tout sur les capacités militaires de son pays. Ou encore, comme il l’a suggéré lors de la première partie de son discours du 1er mars, ouvrir son pays au monde, augmenter les dépenses sociales et diversifier l’économie.

Que le vrai Poutine se lève.

Mais il est à parier que d’ici la Coupe du monde de la FIFA, qui se tiendra en Russie à partir de la mi-juin, Vladimir Poutine soufflera le chaud et le froid, question de plaire à son électorat et de ne pas déplaire au reste du monde.

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