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À quoi s’attendre de la première rencontre entre Trump et Poutine?

En quatre points, voici les principaux enjeux du face-à-face très attendu entre les présidents américain et russe, qui aura lieu vendredi à Hambourg, en Allemagne, en marge du Sommet du G20.

Notre correspondant à Washington, Christian Latreille, et l'ancienne correspondante de Radio-Canada à Moscou, Alexandra Szacka, résument les principaux enjeux.

1. De quoi vont-ils se parler?

Christian Latreille : En ce qui concerne les Américains, c’est difficile à dire parce que :

  • la Maison-Blanche refuse de rendre public l’agenda de M. Trump;
  • M. Trump est imprévisible.

Est-ce que Trump va faire référence au fait que la Russie est intervenue dans l’élection américaine pour le favoriser? Est-ce qu’il va discuter de la levée de sanctions contre son pays en échange d’une meilleure coordination de la lutte au terrorisme et de l’intervention commune en Syrie? C’est très possible.

Alexandra Szacka : Pour Vladimir Poutine, exclu du G8 (redevenu le G7 depuis l’annexion de la Crimée par Moscou et les sanctions occidentales qui ont suivi), le G20 est une occasion de revenir sur le devant et de briller sur la scène internationale. C’est d’une importance capitale pour le président russe qui se voit, et qui veut que son peuple le voie, comme un leader global qui préside aux destinées du monde.

Sa rencontre bilatérale avec Donald Trump sera le clou de ce sommet. Il compte bien établir le rapport de force en sa faveur, lui qui n’hésite pas à recourir régulièrement à la rhétorique antioccidentale et antiaméricaine dans ses discours destinés au public russe.

Pendant cette rencontre, il compte aborder le sujet des sanctions contre son pays, renouvelées jusqu’en janvier 2018. Ces sanctions font très mal à l’économie russe, déjà très mal en point. Pour Vladimir Poutine, elles s’apparentent à du protectionnisme qui n’a pas lieu d’être au 21e siècle.

Il va aussi aborder la situation dans l’est de l’Ukraine et en Syrie, où le récent ultimatum de Washington concernant l’utilisation des armes chimiques a provoqué l’ire de Moscou.

Plus globalement, le sujet des armes nucléaires sera au menu, ainsi que les essais balistiques en Corée du Nord.

L’installation par les Américains du bouclier antimissile en Roumanie, l’an dernier, et en Pologne cette année inquiète grandement Moscou, qui affirme que ces boucliers pourraient être transformés en armes offensives. Le Kremlin, de son côté, a recommencé à déployer des missiles à tête nucléaire, bannis par les traités en vigueur, notamment à Kaliningrad, tout près de la Pologne et des pays baltes. Vladimir Poutine va certainement s’en servir comme argument dans sa discussion avec Donald Trump.

Finalement, le maître du Kremlin compte bien persuader son vis-à-vis américain que les villas russes près de Washington et de New York, mises sous scéllé par Barak Obama en décembre dernier sous prétexte qu’elles servaient à des activités d’espionnage, devraient être restituées.

2. Que faudra-t-il surveiller dans leur attitude?

C. L. : Quel accès les journalistes auront-ils à cette rencontre? Qu’est-ce qu’on pourra filmer qui sera ou non révélateur? On ne le sait pas encore. Chose certaine, ce sont deux leaders forts qui se rencontrent, dont un, M. Poutine, qui a beaucoup d’expérience sur la scène internationale, un tacticien, une personne très rusée, et l’autre, M. Trump, beaucoup moins expérimenté, beaucoup plus impulsif et plus imprévisible.

A. S. : Vladimir Poutine, bien plus expérimenté sur la scène internationale que Donald Trump, a réussi à imposer son pays au Moyen-Orient, en Europe, en Asie et ailleurs dans le monde comme un joueur incontournable, au détriment des États-Unis. Il voudra à tout prix continuer à projeter cette image de l’homme fort sans lequel plus rien ne se décide sur la scène mondiale.

3. Quels avantages ont-ils à tirer de cette rencontre?

A. S. : Vladimir Poutine, qui s’est fait faire récemment des remontrances par le président français Emmanuel Macron, voudra éviter à tout prix une situation semblable avec Donald Trump. Il veut également continuer à jouer un rôle de premier plan sur l’échiquier du Moyen-Orient et continuer à protéger son allié Bachar Al-Assad.

Finalement, un allègement de sanctions économiques à l’égard de son pays lui permettrait de souffler et ferait baisser les tensions internes en Russie, où la population commence à nouveau à avoir ras-le-bol et à manifester. Il a à l’esprit l’élection présidentielle de 2018 à laquelle il veut se représenter.

C. L. : Pour M. Trump, c’est beaucoup moins clair. Il a besoin de la Russie pour lutter contre le terrorisme. Est-ce qu’il sera en mesure de négocier une façon d’opérer en Syrie? Ça fait partie probablement de ses objectifs. Ce qui est clair, c’est que du côté américain, on veut normaliser les relations avec les Russes et cesser de les traiter comme des ennemis, parce que c’est contreproductif sur le plan géopolitique, sur le plan politique et sur le plan commercial.

4. Pourquoi la rencontre est-elle importante?

A. S. : Il faudra surveiller le contact personnel entre les deux hommes. Il est essentiel qu’il soit bon pour un dialogue futur. Et le dialogue est fondamental, compte tenu de la multitude de situations explosives dans le monde aujourd’hui. Syrie, Ukraine, Corée du Nord, péninsule arabique… autant de régions où la stabilité serait directement affectée par un mauvais départ entre Trump et Poutine.

C. L. : Les États-Unis et la Russie ont tout intérêt à se parler et à maintenir des relations bilatérales productives. On sort de huit ans de régime Obama, pendant lequel les relations étaient très tendues avec la Russie.

Chose certaine, Trump va devoir être sur ses gardes. Vladimir Poutine est un maître dans ce genre de tête-à-tête et il a souvent été capable de manipuler d’autres chefs d’État. Est-ce qu’il va être capable de le faire avec Trump?

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