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Accord de Paris : les villes et les États au secours du climat

Le geste de Donald Trump de retirer les États-Unis de l'Accord de Paris semble avoir eu l'effet exactement inverse de ce que souhaitait le président américain. Il a galvanisé les élus qui s'opposent à sa politique, et il a réveillé une alliance climatique qui tente tant bien que mal de se mettre en place depuis plusieurs années.

Une analyse d’Étienne Leblanc, reporter spécialisé en environnement

« Je remercie M. Trump! », a dit d’emblée le maire de Montréal, Denis Coderre, qui partageait la scène du congrès Metropolis, mercredi, avec Justin Trudeau et la mairesse de Paris, Anne Hidalgo. Il commentait la décision de Donald Trump de retirer les États-Unis de l'Accord de Paris.

Denis Coderre a raison de remercier le président américain. En balayant du revers de la main cette entente signée par 195 pays de la planète, Donald Trump a provoqué exactement le contraire de ce qu’il voulait : il a donné un deuxième souffle à cet accord qui n’avait plus le vent dans les voiles. Un nouvel élan porté en bonne partie par des gouvernements qui n’ont pas l’autorité de signer officiellement l’Accord de Paris : les villes, les États fédérés et les régions.

La ville : épicentre de l’action

S’il y a une image qu’on retiendra de la conférence de Paris sur le climat en 2015, la fameuse COP21, c’est cette photo des centaines de maires réunis dans les marches de l’hôtel de ville de la capitale française pour réaffirmer leur volonté d’agir contre les changements climatiques.

Ces élus ont un grand pouvoir, et ils le savent. C'est du moins l'avis de Rahm Emanuel, le maire de Chicago, rencontré au Palais des Congrès à Montréal :

Les citoyens qu’ils représentent sont les premières victimes des changements climatiques : qu’il s’agisse d’inondations, de canicules, de pollution de l’air ou d’invasions d’insectes dommageables, les extrêmes climatiques frappent de plein fouet les grandes villes du monde, autant dans les pays riches que dans les pays en développement. Or, la situation est appelée à empirer, car le monde s’urbanise à vitesse grand V.

Depuis 2008, et ce pour la première fois de l’histoire de l’humanité, la majorité de la population mondiale vit dans les villes (54 %). En 2050, les deux tiers des habitants de la planète seront des citadins.

De Rio à Pékin, de Miami à Lagos, de Barcelone à Dacca, les villes sont au centre de grandes transformations économiques et démographiques. Au point de vouloir prendre la place des États, ou même de contester leurs actions.

C’est ce qui s’est passé il y a quelques semaines aux États-Unis et ailleurs dans le monde, alors que des maires américains et de partout dans le monde ont tout de suite réagi à l’annonce du retrait des États-Unis de l’Accord de Paris. Le maire de Pittsburgh a réagi du tac au tac dans les minutes qui ont suivi l'annonce de Donald Trump sur l'Accord de Paris, dans laquelle le président américain disait qu'il avait été élu pour représenter les gens de cette ville de Pennsylvanie.

Greg Stanton, le maire de Phoenix, une ville touchée par des canicules records, est allé dans le même sens que son collègue sur Twitter.

Les villes ont de quoi s’imposer : 42 villes dans le monde font partie des cent économies les plus importantes de la planète. Tokyo et New York ont chacune un PIB qui équivaut à celui du Canada, de l’Espagne ou de la Turquie. Londres et Paris seraient l’équivalent des Philippines ou de la Colombie.

Les villes du monde sont aussi responsables de 70 % des émissions globales de gaz à effet de serre.

Avant Trump, il y a eu George W. Bush

C’est en réaction à l’opposition de l’ex-président américain George W. Bush au Protocole de Kyoto qu’une première alliance des villes s’est créée, en 2005. La première réunion a réuni 18 maires de la planète. Mais le mot s’est rapidement passé, et dès 2006, 40 villes ont créé la coalition C40 (pour « 40 cities »). Les villes participantes s’engagent à mettre en place un plan de réduction de leurs émissions qui va contribuer à contenir le réchauffement climatique sous la barre des 1,5°C.

Après l’ouragan Sandy en 2012, qui a provoqué l’inondation d’une partie de la ville de New York, la popularité du mouvement a explosé. Sous la gouverne de l’ancien maire de la métropole américaine, Michael Bloomberg, des dizaines de villes ont joint le mouvement. Aujourd’hui présidé par la mairesse de Paris, Anne Hidalgo, C40 rassemble 91 villes qui représentent 75 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Proximité = efficacité

« Les villes sont beaucoup plus efficaces quand il s’agit de réduire les émissions de gaz à effet de serre », affirme le maire adjoint de la ville côtière de Barcelone, Alfred Bosch, rencontré au Congrès Metropolis de Montréal. Il a raison.

Dans la plupart des grandes villes de la planète, les émissions proviennent majoritairement de deux sources : le transport et l’énergie consommée par les immeubles.

À New York, les infrastructures bâties comptent pour 73 % des émissions totales de cette ville de 12 millions d’habitants. La ville a donc investi pour moderniser 3000 bâtiments. Résultat : entre 2010 et 2013 seulement, les émissions de gaz à effet de serre provenant du secteur immobilier ont été réduites de 8 %. Entre 2005 et 2015, en dix ans seulement, New York a réduit ses émissions totales de gaz à effet de serre de 14 %.

Les investissements ci-dessous, qui peuvent sembler bien futiles, ont un impact direct sur les émissions de GES et sont de bons moyens pour s’adapter au réchauffement :

  • L’augmentation des espaces verts comme les parcs ou la plantation d’arbres, qui réduisent les îlots de chaleur, absorbent le CO2 et favorisent l’écoulement de l’eau;
  • L’ajout de pistes cyclables ou le réaménagement urbain, qui favorisent les déplacements à pied ou à vélo;
  • L’amélioration de la fréquence et de l’efficacité des transports en commun;
  • Les toits verts, les jardins communautaires, les bassins de débordement en cas d’inondation, l’accès à des points d’eau qui rafraîchissent la ville, etc.

L’exemple le plus récent de ce genre d’intervention municipale est certainement celui de la Ville de Paris. Les élus ont décidé d’abolir de façon graduelle les véhicules au diesel sur le territoire de la ville et de fermer une partie de la voie routière le long de la Seine, afin de la réaménager en parc. Des mesures qui ont soulevé un tollé, qui s’éteint petit à petit

Avec quel argent payer tout ça?

C'est la grande question. Au Québec, les villes sont des créatures de la province, et leur principale source de revenus demeure l’impôt foncier. Une réalité qui peut s’avérer contre-productive dans la lutte contre les changements climatiques. Pourquoi construire un parc alors qu’on pourrait permettre à un promoteur de construire des condos, et ainsi récolter plus de revenus fonciers?

Aux États-Unis, la plupart des villes ont une source financière supplémentaire : l’impôt sur le revenu des contribuables. À titre d’exemple, l’État de l’Illinois est tenu par la loi de redistribuer une partie de ses revenus d’impôt aux villes. Chez nos voisins du sud, le secteur privé prend aussi une place prépondérante. C’est ainsi que le maire de Chicago, Rahm Emanuel, a fait une collecte de fonds pour améliorer le réseau de transport en commun de la ville. « Je suis tout à fait pour, dit-il. La liberté n’est pas gratuite! »

Influence montante des États fédérés : le rôle clé du Québec

Les villes ne sont pas les seules à s’organiser. Depuis environ 2004, et surtout depuis la conférence des Nations unies sur le climat de Montréal, en 2005, les États fédérés comme le Québec, la Californie ou l’Australie du Sud ont noué des liens qui se sont renforcés depuis une décennie. Depuis, leur influence n’a cessé de croître.

Qu’a fait le gouverneur de la Californie, Jerry Brown, quelques jours après l’annonce du retrait des États-Unis de l’Accord de Paris? Il est allé en Chine pour rencontrer le premier ministre chinois, Xi Jinping. Le sujet de discussion : les stratégies de lutte contre les changements climatiques. Un camouflet diplomatique que Donald Trump n’a pas apprécié.

M. Brown vient aussi d’accepter l’offre de Fiji, l’hôte de la prochaine conférence des Nations unies sur le climat, qui lui a donné un rôle de sherpa : convaincre les États fédérés et les villes du monde d’aller de l’avant malgré l’opposition de certains gouvernements centraux.

Et rendons à César ce qui appartient à César : sous la gouverne de l’ancien premier ministre Jean Charest, le Québec a joué un rôle de premier plan pour unir les différents États fédérés de la planète sur la question du climat. Le marché du carbone Québec-Californie qui lui était si cher touchera bientôt, avec l’arrivée de l’Ontario, près de 60 millions de personnes. Aujourd’hui, le Québec prend part à une douzaine de groupes d’États fédérés qui touchent divers aspects des changements climatiques.

Pour l'heure, seuls les États membres des Nations unies peuvent signer l'Accord de Paris. Mais les villes et les États fédérés tentent de faire reconnaître leur rôle de façon plus officielle dans le texte.

Ce serait une bonne chose. Plus il y aura d'acteurs politiques impliqués dans la lutte contre les changements climatiques, plus les décisions prises seront proches des citoyens, mieux la planète s'en portera.

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