Après près de deux ans de négociations, l'Iran et six grandes puissances sont enfin parvenus à un accord sur le programme nucléaire iranien. Quelles seront les répercussions économiques et politiques de cette entente? Quatre questions pour comprendre.

Un texte de Ximena Sampson

1. Comment en est-on arrivé là?

Hassan Rohani avait promis lors de son élection, en juin 2013, d'obtenir un accord avec le groupe 5+1 afin d'obtenir une levée des sanctions qui étouffent l'économie iranienne depuis 2010.

Déjà, depuis l'accord-cadre de novembre 2013, celles-ci avaient été levées en partie, permettant notamment aux Iraniens de rapatrier certains montants liés à la vente du pétrole.

Ces assouplissements ont permis une notable amélioration de l'économie, selon la Banque mondiale. En 2014, la croissance du PIB a été de 1,5 % alors qu'elle était de -1,9 % en 2013. L'inflation, qui avait atteint un pic de 35 % en 2013, est redescendue à 15 % en 2014.

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2. À quoi peut-on s'attendre maintenant?

Les entreprises originaires de pays occidentaux surveillent attentivement l'évolution de la situation. Elles veulent se tailler une place sur le marché iranien, fort de 80 millions de consommateurs potentiels et qui représente la deuxième économie de la région.

Cependant, prévient Thomas Juneau, professeur à l'Université d'Ottawa, il ne faut pas croire que ce sera la bousculade.

D'abord, parce que la levée des sanctions sera très graduelle. Ensuite, l'économie iranienne est contrôlée presque en totalité par l'État. Elle souffre en outre de toute une série de problèmes structurels qui génèrent un climat plutôt hostile pour les investisseurs étrangers. La corruption est très présente et la bureaucratie, extrêmement lourde.

Les restrictions américaines et européennes limitent les exportations de pétrole iraniennes à 1,3 million de barils par jour, soit moins de la moitié de ce que l'Iran exportait auparavant.

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Malgré ce que souhaiteraient plusieurs, la levée des sanctions sur l'exportation de pétrole n'entraînera pas non plus de changements à court terme sur les marchés. L'Iran produit actuellement plus de 3 millions de barils de pétrole par jour. Pour qu'il puisse doubler sa production et revenir aux 6 millions de barils par jour qu'il produisait en 1974, des investissements massifs seront nécessaires.

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3. Y a-t-il des changements d'alliances à prévoir?

Du côté du gouvernement américain, on voit d'un bon œil la possibilité de collaborer ponctuellement avec l'Iran en vue de régler certaines crises régionales, notamment la lutte contre le groupe armé État islamique. Cependant, des divergences profondes perdurent.

« Ils vont demeurer des rivaux puisqu'ils sont en désaccord sur presque tous les enjeux de sécurité régionale au Moyen-Orient », soutient Thomas Juneau. On peut penser au soutien de l'Iran au Hezbollah, au gouvernement Assad en Syrie ou aux Houthis, au Yémen.

Ces désaccords ont été mis en sourdine pour s'entendre sur le nucléaire, mais ils risquent de resurgir aussitôt que cette question sera réglée.

D'autant plus qu'une autre grande puissance régionale, Israël, est totalement opposée à l'accord avec l'Iran. Selon le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, cet accord représente une menace pour l'existence de son pays. Les Israéliens accusent les grandes puissances d'avoir fait trop de concessions aux Iraniens.

« Israël ne fait absolument pas confiance à l'Iran pour respecter cet accord », soutient M. Juneau. De plus, si l'assouplissement des sanctions permet une amélioration économique et donc une augmentation de l'appui iranien à des groupes de la région opposés à Israël, comme le Hezbollah, c'est forcément négatif pour Israël.

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4. Que pensent de cet accord les autres puissances régionales?

L'Arabie saoudite et les pétromonarchies sont opposées à un rapprochement entre Washington et Téhéran, craignant que cela n'entraîne d'une part, une montée en puissance des chiites dans la région et, d'autre part, une diminution de leur propre influence.

Elles craignent également un désengagement américain de la région, déjà visible, selon elles, dans le peu d'intérêt des Américains à envoyer des troupes au sol pour combattre l'État islamique ou leur tergiversation face à Bachar Al-Assad.

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