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Affaire Skripal : un labo britannique incapable d'identifier la source du poison

Le laboratoire britannique qui a analysé la substance utilisée contre un ex-espion russe en Angleterre a reconnu mardi ne pas avoir de preuve qu'elle provenait de Russie, à la veille d'une réunion de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques réclamée par Moscou.

« Nous avons été capables d'identifier qu'il s'agissait du Novitchok et de déterminer que c'était un agent innervant de type militaire », a déclaré Gary Aitkenhead, chef du laboratoire militaire britannique de Porton Down, mais « nous n'avons pas identifié sa source exacte ».

Il a aussi relevé que la fabrication de la substance nécessitait « des méthodes extrêmement complexes, quelque chose qui est seulement faisable par un acteur étatique », dans des déclarations à la chaîne de télévision Sky.

Le gouvernement britannique, qui rend Moscou responsable de cette attaque, a rapidement répliqué en rappelant que les recherches menées à Porton Down ne constituaient « qu'une partie du renseignement » à sa disposition.

« Nous savons que la Russie a cherché, pendant la dernière décennie, des moyens de produire des agents neurotoxiques à des fins d'assassinat, et a produit et stocké de petites quantités de Novitchok », a affirmé un porte-parole de l'exécutif dans un communiqué.

Il a également mentionné les « assassinats parrainés par l'État russe » et le fait que les anciens espions russes soient devenus « des cibles » du Kremlin, éléments qui ont conduit Londres à juger la Russie responsable.

Quelques jours après l'empoisonnement de Sergueï Skripal et de sa fille Youlia, survenu le 4 mars à Salisbury, la chef du gouvernement britannique, Theresa May, avait mis en cause Moscou, estimant qu'il s'agissait de « la seule explication plausible ».

Elle avait alors battu le rappel auprès de ses alliés et pris une série de sanctions contre la Russie, obtenant qu'ils en fassent de même.

Moscou dément ces accusations, qui ont entraîné la plus grave crise diplomatique est-ouest depuis la guerre froide et conduit à l'expulsion de quelque 300 diplomates de part et d'autre.

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a insinué lundi que Londres pourrait être derrière l'empoisonnement, ayant « intérêt », en raison des difficiles négociations du Brexit, à détourner l'attention de ses électeurs et à affirmer sa puissance.

Une rencontre mercredi

L'annonce du laboratoire de Porton Down survient alors que de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) doit se réunir mercredi à La Haye, à la demande de la Russie.

Moscou souhaite « soulever les allégations de non-respect de la Convention par un État partie contre un autre État partie concernant l'incident de Salisbury ».

Vladimir Poutine a dit espérer que la réunion pourra mettre un « point final » à l'enquête. « Cela suscite de l'étonnement, la vitesse avec laquelle une campagne antirusse a été lancée. Selon des experts internationaux, de telles substances neuroparalytiques peuvent être fabriquées dans une vingtaine de pays du monde », a déclaré le président russe lors d'une visite à Ankara, mardi.

« Cette initiative russe est une nouvelle tactique de diversion, destinée à saper le travail de l'OIAC » dans son enquête, a réagi le ministère britannique des Affaires étrangères dans un communiqué.

L'OIAC avait été sollicitée par Londres pour « vérifier l'analyse du gouvernement » britannique. Ses experts se sont rendus au Royaume-Uni pour obtenir des échantillons de la substance utilisée lors de l'empoisonnement, qui doivent être analysés dans des laboratoires internationaux indépendants.

Moscou a également demandé au gouvernement français des explications sur son éventuelle coopération avec Londres dans l'examen de l'agent innervant.

L'ambassade russe à Paris a envoyé une liste de dix questions au ministère français des Affaires étrangères pour établir, entre autres, « les raisons pour lesquelles la France a été invitée à la coopération technique dans l'enquête menée » par le Royaume-Uni.

Le Quai d'Orsay n'a pas confirmé ni infirmé cette coopération, indiquant seulement qu'il était « étroitement informé » de l'avancement de l'« enquête technique » britannique.

À Salisbury, M. Skripal, 66 ans, et sa fille Youlia, 33 ans, sont toujours hospitalisés. L'état de santé de cette dernière « s'améliore rapidement ». Elle « n'est plus dans un état critique », contrairement à son père, qui est dans un état « stable », selon l'hôpital.

Selon les enquêteurs, tous deux ont eu le premier contact avec l'agent innervant au domicile de Sergueï Skripal, à qui sa fille, qui vit en Russie, rendait visite.

Ancien colonel du service de renseignement de l'armée russe (GRU), M. Skripal avait été accusé par Moscou de « haute trahison » pour avoir vendu des informations au renseignement britannique et condamné en 2006 à 13 ans de prison. En 2010, il avait bénéficié d'un échange d'espions organisé entre Moscou, Londres et Washington, et s'était installé en Angleterre.

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