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Affrontements à Gaza : Washington défend Israël envers et contre tous

Les États-Unis réitèrent leur soutien indéfectible à Israël, au lendemain de la mort de dizaines de Palestiniens tombés sous les balles de l'armée israélienne dans la bande de Gaza. Une position qui tranche nettement avec la vague de condamnations et d'appels à une enquête indépendante qui déferle ailleurs dans le monde.

Dans des remarques prononcées au Conseil de sécurité, mardi, à New York, l’ambassadrice américaine aux Nations unies, Nikki Haley, s’est résolument rangée derrière le gouvernement du premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, blâmant plutôt le Hamas pour la violence meurtrière de lundi.

Selon Mme Haley, Israël « a fait preuve de retenue » dans sa réponse aux manifestants, rassemblés près de la barrière de sécurité séparant l’enclave palestinienne d’Israël pendant que le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem était officialisé.

Selon Mme Haley, les manifestations de lundi à Gaza n'avaient rien à voir avec le transfert de l’ambassade américaine; elles sont plutôt attribuables au Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza depuis plus de 10 ans. Le mouvement islamiste palestinien « est satisfait des résultats d'hier », a-t-elle plaidé.

« Les États-Unis déplorent les morts, mais il y a beaucoup de violence dans la région », a aussi tempéré la diplomate, avant de regretter que le Conseil de sécurité de l'ONU ne parle pas suffisamment des interventions de l'Iran en Syrie et au Yémen.

La France, autre membre permanent du Conseil de sécurité, n’a pas caché être d’avis contraire. La réponse israélienne a été « inadéquate et disproportionnée », a déclaré son ambassadeur à l’ONU, François Delattre. « Nous appelons les autorités israéliennes au discernement », a-t-il ajouté.

Deux autres Palestiniens ont été tués mardi lors de nouvelles manifestations près de la barrière de sécurité, à l'est du camp de réfugiés d'al-Bureij, selon le ministère de la Santé dans la bande de Gaza.

Les Palestiniens avaient enterré leurs morts plus tôt dans la journée, qui coïncide avec la « Nakba », soit la « catastrophe » qu'a représentée à leurs yeux la création de l'État d'Israël en 1948 et l'exode de centaines de milliers d'entre eux.

Lundi, 59 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens dans la bande de Gaza, et plus de 2400 autres ont été blessés, par balles soit par les tirs israéliens, soit par les inhalations de gaz. La journée est ainsi devenue la plus meurtrière du conflit israélo-palestinien depuis 2014.

Le Koweït, membre non permanent du Conseil de sécurité, a annoncé pour sa part, par la voix de son ambassadeur à l'ONU, Mansour al-Otaibi, qu'il entendait faire circuler mardi ou mercredi un projet de résolution visant « à apporter une protection internationale aux civils » palestiniens. Il a ajouté, sans élaborer, qu'il y avait « différentes formes possibles » pour apporter cette « protection internationale ».

Des appuis pour une enquête indépendante et transparente

La réaction de l’armée israélienne, qui dit se défendre contre une « opération terroriste » pilotée par le Hamas afin de mettre « des milliers d’Israéliens en danger », est toutefois accueillie par un concert de réprobation ailleurs dans le monde.

Le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Belgique, l’Irlande et la Suisse ont notamment dit soutenir l'idée d’une enquête indépendante et transparente lancée par le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, à la fin mars.

Le numéro un de la diplomatie mondiale avait lancé cette idée après qu’une première manifestation tenue dans le cadre de la Marche du retour, visant à réclamer le « droit au retour » des réfugiés palestiniens et à dénoncer le blocus imposé par Israël à Gaza, s'est aussi terminée dans la violence.

Depuis le début de ce mouvement, 115 Palestiniens ont été tués par Israël, selon un décompte de l’Agence France-Presse. Ce bilan comprend les morts de lundi.

Lundi, Washington a bloqué l'adoption d'un communiqué du Conseil de sécurité de l'ONU appelant à une enquête indépendante sur les événements meurtriers dans la bande de Gaza, selon des sources diplomatiques.

« Il semble que n'importe qui peut être tué », a déploré pour sa part un porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU, Rupert Colville, soulignant que le droit international prévoit clairement que « la force létale ne peut être utilisée qu'en dernier recours ».

M. Colville a aussi souligné qu’un homme amputé des deux jambes avait été abattu lundi, avant de lancer : « Quelle menace peut représenter un homme double amputé depuis l'autre côté d'une barrière large et fortifiée? »

La procureure de la Cour pénale internationale (CPI) Fatou Bensouda a quant à elle affirmé qu'elle suivait de près les violences à Gaza et a promis de « prendre toute mesure appropriée ».

« Mon équipe suit attentivement les développements sur place et examine tout crime présumé qui pourrait être du ressort » de la CPI, a-t-elle déclaré à l'AFP, affirmant que « la violence doit cesser ».

Elle a demandé à « tous les protagonistes de s'abstenir d'aggraver cette situation » et à l'armée israélienne « d'éviter d'user de la force de manière excessive ».

Plus tôt dans la journée, la Ligue arabe avait appelé le procureur de la CPI à ouvrir rapidement une enquête sur « les crimes de l'occupation israélienne » contre les Palestiniens.

« Israël est une entité oppressive et meurtrière et ses politiciens et militaires doivent être traduits devant la Cour pénale internationale », a déclaré Amjad Shamout, président de la commission permanente des droits de l'homme de l’organisation panarabe.

Lundi, le haut-commissaire aux droits de l'homme pour l'ONU, Zeid Ra'ad Al Hussein, avait déclaré que « ceux qui sont responsables de violations flagrantes des droits de l'homme devront rendre des comptes ».

La Turquie renvoie l'ambassadeur israélien

La Turquie a pour sa part demandé à l’ambassadeur israélien à Ankara de « retourner dans son pays pour un certain temps », après l’avoir convoqué pour protester contre les événements de lundi. Le gouvernement turc a aussi rappelé ses ambassadeurs aux États-Unis et en Israël pour des consultations.

Israël a répliqué en ordonnant au consul turc dans le pays de « rentrer dans son pays pour un certain temps ».

« Nétanyahou est le premier ministre d'un État d'apartheid qui occupe les terres d'un peuple sans défense depuis plus de 60 ans en violation des résolutions de l'ONU », a tonné le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan sur son compte Twitter.

« Il a du sang palestinien sur ses mains et ne peut couvrir ses crimes en attaquant la Turquie », a aussi écrit M. Erdogan. « Tu veux une leçon d'humanité? Lis les dix commandements », a-t-il ajouté à l’intention de M. Nétanyahou.

Lundi, M. Erdogan avait accusé Israël de « terrorisme d'État » et de « génocide ».

L’Afrique du Sud a aussi rappelé son ambassadeur en Israël, tandis que l’Irlande et la Belgique ont aussi convoqué les ambassadeurs israéliens en poste dans leur pays pour protester contre les événements de lundi.

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