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Afrine s'enfonce dans le conflit opposant la Turquie aux milices kurdes de Syrie

Des combats se déroulent toujours lundi dans l'enclave d'Afrine, dans le nord-ouest de la Syrie, au troisième jour de l'offensive turque visant les milices kurdes des Unités de protection du peuple (YPG) qui contrôlent le secteur.

Selon l’agence de presse turque Anadolu, des soldats turcs et leurs alliés syriens ont notamment lancé un nouvel assaut contre les YPG depuis la ville d’Azaz, située à une vingtaine de kilomètres à l’est d’Afrine.

L’agence affirmait précédemment que les forces turques avaient réussi à prendre 11 positions contrôlées par les YPG, mais cette information n’a pas été confirmée par l’armée turque.

Un porte-parole des YPG à Afrine, Rezan Hedu, a pour sa part confirmé à l’Agence France Presse que les Turcs bombardaient la région d’Afrine au moyen de pièces d’artillerie, de chars et de lance-roquettes.

« Il y a des tentatives [turques] d’entrer dans la région d’Afrine et des combats sporadiques ont lieu à la frontière syro-turque au nord d’Afrine, a-t-il ajouté. Les batailles sont féroces. »

Établir un portrait de la situation générale demeure toutefois impossible, dans la mesure où la région d’Afrine est difficile d’accès et qu’aucun journaliste étranger ne s’y trouve.

L’offensive turque semble cependant destinée à se poursuivre, puisque des journalistes d’agences de presse se trouvant du côté turc de la frontière rapportent que des troupes et du matériel continuent d’y défiler.

Un correspondant de l’AFP raconte par exemple qu’une dizaine de chars et entre 400 et 500 combattants turcs et arabes sont entrés en Syrie lundi.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), une ONG basée à Londres et disposant d'un réseau d'informateurs en Syrie, 54 combattants ont été tués en trois jours d'affrontements dans la région d’Afrine.

Le groupe recense 26 morts dans le camp kurde, 19 parmi les rebelles soutenus par Ankara, tandis que 9 corps n’ont pas été identifiés.

Ankara ira jusqu'au bout, promet Erdogan

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui a décidé de lancer cette attaque pour détruire l’appareil « terroriste » des YPG, a en tout cas assuré lundi que la Turquie ira jusqu’au bout de son offensive.

La Russie n’a pas officiellement confirmé qu’un accord avait été conclu avec Ankara, mais l’offensive a bel et bien été lancée peu après que le chef d’état-major turc se fut rendu à Moscou, la semaine dernière.

Le porte-parole du président russe Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, s’est contenté lundi de faire savoir que Moscou suivait les opérations de près et demeurait en contact avec les Turcs et les Syriens.

Les milices kurdes ont toutefois blâmé la Russie pour cette offensive. Ils soutiennent que des responsables russes les ont notamment invités à quitter l’enclave afin d'éviter tout conflit.

Le ministère russe de la Défense s’est borné à confirmer vendredi dernier que ses militaires avaient quitté la région afin d’« empêcher d’éventuelles provocations ».

Selon Ankara, l’opération militaire vise à créer une zone de sécurité d’une profondeur de 30 kilomètres à l’intérieur de la frontière syrienne.

Washington peu sensible à un appel des Kurdes

Les YPG ont par ailleurs appelé la coalition militaire emmenée par les États-Unis à « prendre ses responsabilités ». L’offensive turque, argue-t-elle, constitue un « soutien clair » au groupe armé État islamique (EI).

Les YPG sont la principale composante des Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition militaire regroupant des combattants kurdes et arabes sur laquelle s'appuient les États-Unis depuis des années en Syrie.

Les FDS ont notamment chassé les combattants de l’EI de Raqqa l’automne dernier. Pendant qu’ils s’occupaient de l’offensive au sol, la coalition dirigée par Washington se chargeait des bombardements aériens.

Pour Ankara, les YPG ne sont toutefois qu’une branche du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), le mouvement de guérilla qui est en guerre avec le gouvernement turc depuis plus de trois décennies.

Pour l’heure, Washington a cependant évité de prendre fait et cause pour ses alliés kurdes syriens au détriment d’Ankara, un allié au sein de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN).

« Nous sommes inquiets au sujet des incidents turcs dans le nord de la Syrie », a dit le secrétaire d’État américain, Rex Tillerson, lundi, en marge d’une rencontre avec son homologue britannique Boris Johnson.

M. Tillerson dit qu’il demeure en contact avec le gouvernement turc afin de « voir comment satisfaire les inquiétudes sécuritaires légitimes de la Turquie ».

Le ministre britannique des Affaires étrangères a fait écho à ces propos. « Nous savons que les Kurdes ont été cruciaux dans le combat » contre les djihadistes, « tout le monde leur en est reconnaissant », a dit Boris Johnson. « Mais d'autre part, la Turquie a un intérêt légitime à protéger sa propre frontière », a-t-il ajouté.

Le Conseil de sécurité des Nations unies doit se réunir lundi après-midi pour discuter de la situation en Syrie.

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