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Aide alimentaire aux réfugiés, chronique d'une mort annoncée?

Plusieurs Syriens fuyant la guerre se sont installés à Chatila, près de Beyrouth, l'un des plus anciens camps de réfugiés au Liban. Mais la vie n'y est guère facile pour ces familles, qui dépendent de l'aide internationale pour subvenir à leurs besoins.

Un texte de Marie-Eve Bédard correspondante au Moyen-Orient 

Au fil des ans, le camp de Chatila s'est développé de façon anarchique. Ses rues étroites sont traversées de fils électriques qui s'entremêlent à des tuyaux de plomberie. Elles ne permettent pas la circulation en voiture. À certains endroits, les maisons s'affaissent dans le sol et sont si proches l'une de l'autre qu'on dit qu'elles se rejoignent au ciel pour s'embrasser.

Dans une obscurité presque totale, Nevine El-Hajj, une Syrienne d'origine palestinienne, montre le petit trois-pièces où elle fuit la guerre. Elle n'a l'électricité que de façon intermittente, au mieux six heures par jour. Elle ouvre la porte d'un réfrigérateur dans lequel la nourriture se perd, ce dont la mère de trois enfants n'a vraiment pas les moyens.

Nevine El-Hajj et son fils Mohammed, 4 ans, devant le frigo sans électricité Photo : Radio-Canada/Sylvain Castonguay

Nevine paie 250 $ par mois pour cet appartement insalubre, en plus des charges. La peinture s'écaille partout et les traces de moisissures couvrent les murs. « Au Liban, il faut payer pour tout. Tu éternues et tu dois payer », ironise-t-elle.

Pour ses besoins alimentaires, la famille dépend du Programme alimentaire mondial (PAM). Mais l'aide ne cesse de diminuer.

En janvier, le PAM était en mesure de donner 27 $US par réfugié chaque mois. Cette somme a été réduite à 19 $US en juin dernier. Aujourd'hui, l'allocation mensuelle n'est plus que de 13,50 $US. Et on ne cesse de diminuer le nombre de bénéficiaires.

Pour Nevine, cela veut dire que seuls trois des cinq membres de sa famille ont droit à l'aide alimentaire, soit un peu plus de 30 $ mensuels au total. Il faut donc sacrifier. Les enfants ont du lait un jour sur deux, parfois un jour sur trois.

Encore plus difficile pour les enfants

« Quand on réduit l'assistance alimentaire, les réfugiés recourent à des moyens de survie qui sont souvent irréversibles », explique Issa Sanogo, directeur adjoint du PAM au Liban. « Souvent, les enfants sont les plus concernés. Les réfugiés les retirent de l'école. »

Abdo, apprenti mécanicien au camp de réfugiés de Chatila Photo : Radio-Canada/Sylvain Castonguay

Dans la municipalité de Bourj Hamoud, Abdo se prépare sous le regard attentif de sa mère. Tous les matins, le gamin de 12 ans se lève avec le soleil pour ne pas être en retard. Mais ce n'est pas l'école qui l'attend.

Son père, blessé à la jambe, ne peut pas travailler. Pour aider la famille, Abdo est donc devenu apprenti mécanicien, comme son frère à peine plus âgé. Au garage où il travaille, il passe ses journées à déboulonner des moteurs pour 20 $ par semaine.

Le PAM crie famine

Issa Sanogo, directeur adjoint du PAM au Liban Photo : Radio-Canada/Sylvain Castonguay

Presque cinq ans de guerre ont épuisé les ressources des réfugiés. Au Liban, la politique des portes ouvertes est accompagnée de la condition expresse qu'aucun camp formel ne soit construit pour abriter les réfugiés. De plus en plus de familles syriennes sont forcées de faire des choix déchirants.

Nevine n'en est pas là, mais en saisissant le bras de son fils Mohammed pour en souligner la maigreur, elle dit se préparer au pire.

« Ce que nous ressentons, c'est de la rage. Pas de la colère parce que nous avons moins, mais de la rage face à ce à quoi nous sommes réduits », explique Nevine.

« Avec l'ONU, on se prépare mentalement à recevoir un nouveau message d'excuses nous informant que subitement, notre assistance alimentaire sera coupée complètement », ajoute-t-elle.

C'est un scénario catastrophe fort probable. Les coffres du PAM sont de nouveau presque à sec. Pour maintenir jusqu'en décembre le peu qu'il offre aux réfugiés et déplacés syriens, le PAM a besoin de 278 millions de dollars supplémentaires. Faute de quoi, l'organisme prévient qu'il pourrait être forcé de mettre fin à toute forme d'aide alimentaire.

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