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ALENA : le nouveau président mexicain gardera le cap

Le président mexicain élu, Andrés Manuel López Obrador, compte poursuivre le travail amorcé par l'équipe actuelle du président Enrique Peña Nieto dans les négociations de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

M. López Obrador s'est dit favorable à la renégociation de l'ALENA. Dans le passé, il s'est déjà montré critique de l'accord sous sa forme actuelle. Il souhaite que sa propre équipe d'experts participe aux négociations avant son entrée en fonction, le 1er décembre.

Le nouveau président mexicain a mentionné que l'équipe en place n'avait pas fait un mauvais boulot jusqu'à présent.

Il espère rendre le Mexique moins dépendant économiquement des États-Unis, tout en convainquant Donald Trump d'aider au développement de son pays et de l'Amérique centrale dans le but de limiter l'immigration clandestine.

Le président élu doit rencontrer le président sortant Enrique Peña Nieto justement pour discuter de l'ALENA, mais aussi de la réforme énergétique, de budget et de sécurité.

Andrés Manuel López Obrador, 64 ans, a été élu à la présidence du Mexique dimanche, pour un mandat de six ans, avec plus de 53 % des voix, une victoire historique pour la gauche mexicaine, alors que les relations sont tendues avec son voisin américain.

Ottawa vise des négociations cet été

Le premier ministre Justin Trudeau a discuté avec M. López Obrador par téléphone lundi et les deux ont évoqué « la relation économique et commerciale avantageuse pour les deux pays et la priorité qu'ils ont en commun d'actualiser l'ALENA, de manière à améliorer la vie de leur population », a indiqué le bureau de M. Trudeau dans un communiqué.

Le gouvernement Trudeau s'attend toujours à ce que les négociations de l'ALENA s'accélèrent cet été, même si le président américain Donald Trump dit qu'il n'est pas pressé de signer un accord avant les élections de mi-mandat aux États-Unis cet automne.

Maintenant que le nouveau président du Mexique a été élu, Ottawa espère reprendre les pourparlers dès que possible, a indiqué un représentant du gouvernement canadien au courant des discussions.

Le fonctionnaire canadien, qui s'exprimait sous le couvert de l'anonymat parce qu'il n'était pas autorisé à discuter publiquement du dossier, a indiqué que jusqu'à l'arrivée en poste M. López Obrador, les membres de l'actuel gouvernement mexicain continueront à être les principaux négociateurs pour l'ALENA.

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a dit avoir discuté six fois avec le représentant américain au commerce, Robert Lighthizer, la semaine dernière et s'attend à ce que les négociations de l'ALENA passent à la vitesse supérieure cet été.

Les efforts visant à relancer les négociations surviennent alors que le Canada et les États-Unis s'échangent des tarifs punitifs sur les importations dans le cadre d'une dispute commerciale transfrontalière.

Dans un entretien diffusé dimanche sur le réseau Fox News, Donald Trump a déclaré qu'il pourrait rapidement signer un accord révisé avec le Canada et le Mexique, mais qu'il voulait plutôt obtenir un meilleur accord pour les États-Unis. Interrogé sur le calendrier d'un accord, M. Trump a affirmé : « Je veux attendre après les élections ».

Le Québec a bon espoir

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, se réjouit de son côté des premières déclarations du nouveau président mexicain au sujet de l'accord, qui signalent, selon lui, une volonté de conserver un accord à trois.

« Je dirais que ça éloigne davantage, ce qui est une bonne chose, l'idée de briser l'accord à trois et faire des accords bilatéraux. Je pense que ce n'est plus vraiment à l'horizon. Je pense que tout le monde comprend qu'il va falloir un accord à trois. Ses déclarations initiales ont été plutôt positives, dans le sens qu'il désire participer à la négociation avec son équipe et il désire que l'accord soit renouvelé, ce qui est positif également », a-t-il analysé.

Philippe Couillard ne semble pas s'alarmer outre mesure des propos de Donald Trump, qui a récemment affirmé qu'il était peu pressé de signer un nouvel accord.

« Je crois que tout le monde, dans le domaine économique aux États-Unis, les gouverneurs qu'on rencontre, les membres du Congrès, tout le monde sait qu'il faut renouveler, moderniser l'ALENA, mais qu'il faut surtout le conserver, conserver cet immense espace économique nord-américain. Là-dessus je pense qu'il y a un consensus très large. Mais faire de l'analyse fine des propos du président tous les jours, il y en aurait pour longtemps », a-t-il lancé.

De son côté, Raymond Bachand, négociateur en chef pour le Québec dans ce dossier, croit que l’arrivée d’un nouveau président au Mexique risque de freiner les négociations.

Il pense aussi que M. López Obrador voudra mettre en place ses propres négociateurs pendant la transition.

M. Bachand estime qu’il sera probablement plus favorable aux droits des travailleurs et à une hausse du salaire minimum, ce qui « peut favoriser une entente avec les Américains ».

À propos d’une éventuelle conclusion des négociations après les élections de mi-mandat aux États-Unis, Raymond Bachand ne démontre pas d’inquiétude.

« L’ALENA existe depuis près de 25 ans et va continuer d’exister de toute façon, quoi qu’il arrive, parce qu’il n’y a pas un sénateur, pas un gouverneur qui veut y mettre fin », a-t-il affirmé.

Raymond Bachand n’est pas étonné par un changement dans le rythme des négociations.

« Il y a deux parties, trois parties, s’il y en a un qui ne veut pas discuter, alors bien c’est retardé. Ça va être retardé si le président [américain maintient la ligne dure], à moins qu’il change d’idée, ce qui est parfois arrivé aussi. Mais je ne suis pas surpris, parce qu’il va être obligé de faire des concessions. Il préfère faire des concessions après les élections plutôt que d’avoir l’air faible par les concessions qu’il pourrait nous donner », a-t-il déclaré.

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