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ALENA : les États-Unis fermes devant leurs partenaires canadien et mexicain

Les États-Unis ont donné le ton aux négociations avec le Canada et le Mexique sur le renouvellement de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), en plaçant le déficit commercial au sommet de leurs priorités.

Un texte de Daniel Blanchette Pelletier

Le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, a reconnu, dès son discours d’ouverture, mercredi matin, que la tâche s’annonçait ardue.

L’ALENA a besoin de changements majeurs, selon lui, pas seulement de quelques mesures cosmétiques de modernisation, « puisque nos économies sont très différentes par rapport à l’époque où il est entré en vigueur », il y a 23 ans.

Le déficit commercial entre les États-Unis et le Mexique, notamment, s’est considérablement creusé depuis. Il a atteint 64 milliards de dollars en 2016.

« C’est un jour historique pour les États-Unis, puisque nous allons, pour la première fois, renégocier un accord majeur de libre-échange et tenir une promesse faite à tous les Américains », a entre autres déclaré Robert Lighthizer.

Les États-Unis ont officialisé le processus de renégociation de l’ALENA ce printemps, mais le président Donald Trump avait annoncé ses intentions dès la campagne présidentielle.

Il avait notamment qualifié l'ALENA de « désastre », en plus de le tenir pour responsable de la fermeture d’usines américaines et de la délocalisation d’emplois au Mexique.

Le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, a prévenu ses homologues canadien et mexicain qu’il partageait ce point de vue.

Les États-Unis affirment, en outre, vouloir un meilleur échange avec le Mexique, puisqu'ils importent actuellement beaucoup plus de produits qu’ils n’en exportent vers ce pays.

« J'ai espoir qu'ensemble nous parviendrons à des résultats qui rendront nos marchés plus libres, plus justes et plus équilibrés, en plus de renforcer les liens qui unissent nos trois pays », a-t-il confié.

Robert Lighthizer a pris la parole immédiatement après le ministre mexicain de l'Économie, Ildefonso Guajardo.

Un pour tous, tous pour un

« Pour que l'entente soit fructueuse, elle doit être bénéfique pour les trois pays concernés », a précisé Ildefonso Guajardo.

Le Mexique croit au succès de l’ALENA, mais est d’accord avec les États-Unis qu’il est possible de le rendre encore meilleur.

« Le défi est de trouver un terrain d’entente commun. C’est ce qui s’annonce le plus difficile », a reconnu Ildefonso Guajardo.

Ce dernier a dit souhaiter d’abord et avant tout préserver les acquis de son pays, soit essentiellement la libre circulation des biens et des services, tout en renforçant la compétitivité entre les entreprises en Amérique du Nord.

Le Canada ouvre le bal

La ministre canadienne des Affaires étrangères a été la première à prendre la parole.

Prévoyant que les États-Unis évoqueraient d’entrée de jeu le déficit commercial, Chrystia Freeland a pris soin de préciser que les échanges entre le Canada et son voisin du Sud étaient plus que jamais équilibrés.

La ministre n’y voit donc pas un problème pour la suite des négociations entre les deux pays.

« Nous avons eu des conversations très productives », a-t-elle dit lors d'un point de presse en fin d'après-midi, sans toutefois accepter de donner des détails. « C'est important de pouvoir avoir des discussions privées, sinon nous inviterions les journalistes! » a-t-elle lancé avec une pointe d'humour.

Elle a cependant insisté sur le fait que les pourparlers n'en étaient à qu'à leur toute première journée. « Nous n'avons pas encore eu beaucoup de temps pour discuter, a-t-elle dit. Ce n'est que le commencement. »

Mme Freeland avait déjà exprimé, lundi, la volonté d’Ottawa de moderniser l’ALENA, mais surtout de le rendre plus « progressiste », avec l’ajout de mesures sur l’environnement, l’égalité des sexes et les relations de travail.

Elle avait aussi rappelé aux États-Unis qu’elle défendrait sans répit la gestion de l'offre dans le secteur agricole et le mécanisme de règlement des différends, menaçant même de mettre fin aux négociations en cas d’impasse.

La ministre n'a pas dérogé à ce discours, mercredi, tout en affichant sa confiance d’en arriver à un accord commun.

Cette première ronde de pourparlers, qui se poursuit jusqu’à dimanche à Washington, s'annonce pour le moins corsée entre les trois parties.

Négociations ardues

Aucune des délégations ne s’attend à des pourparlers paisibles et complaisants.

Elles tenteront, lors de cette première séance, de définir leurs principales orientations de travail, selon les volontés déjà exprimées par les États-Unis, le Canada et le Mexique.

En entrevue à ICI RDI, l’ex-premier ministre du Québec, Jean Charest, qui a participé aux négociations du premier accord il y a 25 ans, a qualifié les discours d'ouverture de « mises en scène ».

L'Américain Robert Lighthizer a finalement été beaucoup plus mesuré qu'on l'aurait cru, a-t-il tranché.

Selon lui, le Canada et le Mexique, bien qu'ils soient sur la défensive, sortent gagnants de ce premier échange, puisque le discours des États-Unis a rejoint leur volonté de placer la modernisation de l'ALENA au cœur des négociations.

L'ex-premier ministre a cependant reproché aux États-Unis d'avoir centré leur discours sur les pertes d'emplois, sans mentionner ceux qui ont aussi été créés grâce à l'accord entre les trois pays.

Jean Charest a aussi noté que Robert Lighthizer n'a évoqué ni le chapitre 19 sur le règlement des différends ni la gestion de l'offre, bien qu'il s'agisse d'enjeux majeurs.

Malgré tout, les États-Unis passent déjà à la vitesse supérieure, selon l’ancien haut fonctionnaire Carl Grenier, avec le dépôt de textes officiels au premier jour.

« C’est très inhabituel », a-t-il confié à l’antenne d’ICI RDI, puisque la première session de négociations est habituellement administrative, avec des échanges de propos « assez généraux ».

Les États-Unis comptent en effet réutiliser, lors des discussions, des passages de l’Accord de partenariat transpacifique, qu’ils ont pourtant choisi de ne pas signer.

Le Canada voudra, quant à lui, inclure au nouvel ALENA des mesures qui se retrouvent dans son accord de libre-échange avec l’Union européenne, soutient Jean Charest.

C’est ce travail fait en amont, ajoute-t-il, qui pourrait rendre plus réaliste l’objectif des États-Unis d’en arriver à un nouvel accord avant janvier 2018.

Mission impossible?

L'échéancier est malgré tout difficile à croire, selon Jean Charest. « Une négociation de cette envergure prend habituellement des années », précise-t-il, sans se surprendre de l'empressement et du ton des États-Unis.

« C’est la méthode Trump. On commence en brassant, en parlant fort, en ayant ses exigences... »

Sauf que la réalité rattrape le président américain « tous les jours, dans tous les dossiers ». Il n’est pas seul dans cette renégociation, a tenu à rappeler Jean Charest, en citant, du côté américain, le Congrès, les États et le milieu des affaires.

L’échéancier de sept rondes de négociations toutes les trois semaines montre en outre un empressement des Américains, mais aussi des Canadiens et des Mexicains, à clore ce dossier.

Des élections présidentielles ont lieu au Mexique en juillet, alors que les États-Unis seront replongés en novembre 2018 dans des élections de mi-mandat, qui pourraient entraîner des bouleversements dans les deux chambres du Congrès.

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