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Alep-Est soumis à des bombardements d'une rare intensité

Un correspondant de l’Agence France Presse sur place soutient que ces bombardements sont sans précédent depuis deux ans. Il rapporte que des dizaines d’obus et de roquettes se sont abattues sur plusieurs quartiers en quelques minutes, faisant trembler le sol.

Le directeur des Casques blancs dans le quartier rebelle Al-Ansari, Najib Fakhouri, assure aussi n’avoir « jamais entendu des bombardements d’artillerie aussi intenses » dans la ville, devenue le principal front du conflit syrien.

Tout à l’heure, on a reçu un appel à l’aide pour aller éteindre un incendie, mais on ne peut pas, car les obus s’abattent dans les rues.

Najib Fakhouri

Toujours selon l’AFP, des hélicoptères de l’armée syrienne continuent de larguer des barils d’explosifs sur plusieurs quartiers rebelles. Des combats au sol ont aussi eu lieu dans la nuit de jeudi à vendredi à Cheik Saïd, un quartier du sud d’Alep que l’armée tente de reprendre depuis plusieurs semaines.

« Les affrontements sont très violents, avec des bombardements mutuels », affirme Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), organisation basée à Londres mais alimentée par un réseau d’informateurs en Syrie. « Le régime a progressé avant d’être repoussé par les rebelles. »

L’un des rares pédiatres toujours actif à Alep-Est a pour sa part affirmé à Associated Press que son hôpital avait été touché pour une deuxième fois cette semaine. « Je suis désolé. Je dois y aller pour pouvoir transférer les enfants » dans un endroit sécuritaire, a écrit le Dr Hatem par message texte.

Depuis la reprise des bombardements, mardi, l’OSDH recense 65 victimes parmi les civils d’Alep-Est.

La crise alimentaire engendrée par le siège d’Alep-Est risque par ailleurs d’empirer. Selon l’AFP, les dépôts appartenant à des ONG locales sont désormais vides, et les dépôts du conseil municipal rebelle ont été vidés lors d’une attaque menée cette semaine. Un responsable onusien confirme ces informations.

D'après mes informations, quasiment tous les entrepôts sont vides désormais et des dizaines de milliers de familles manquent de nourriture. Le moment est très sombre, et il ne s'agit pas d'un tsunami, mais d'une catastrophe fabriquée par l'homme de A à Z.

Jan Egeland, conseiller pour les affaires humanitaires de l'émissaire de l'ONU pour la Syrie

Le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, a assuré vendredi que l’armée russe ne participe pas aux bombardements sur Alep-Est. Moscou a fait savoir plus tôt cette semaine que des avions de chasse rattachés au porte-avions Amiral-Kouzntesov, arrivé récemment en Méditerranée, menaient des raids dans d’autres régions en Syrie, notamment à Idleb et à Homs.

L'ONU enquête sur l'attaque d'un convoi humanitaire

L'attaque d'un convoi humanitaire de l'ONU le 19 septembre près d'Alep, dans le nord de la Syrie, pourra être portée devant le Conseil de sécurité des Nations unies si ses auteurs sont identifiés, a déclaré vendredi le secrétaire général adjoint de l'ONU, Jan Eliasson. Le convoi avait été pris pour cible quelques heures après l'annonce par l'armée syrienne de la fin d'une trêve négociée dans le cadre d'un accord russo-américain.

Selon Washington, cette attaque est sans doute imputable à deux avions russes qui ont attaqué le convoi, tuant 20 personnes et détruisant un entrepôt et 18 camions. La Russie a démenti toute responsabilité dans cette attaque et a signalé la présence d'un drone américain de type Predator dans la zone.

Selon une porte-parole de l'ONU, Alessandra Vellucci, une équipe d'enquêteurs composée de cinq personnes se rendra sur place sous peu pour enquêter sur cette affaire.

Nous savons qu'il s'agit d'une mission difficile parce qu'elle a lieu dans un territoire très difficile d'accès. Nous savons qu'il peut y avoir des manipulations de preuves, que des preuves peuvent disparaître.

Jan Eliasson, secrétaire général adjoint de l'ONU

L'ONU espère néanmoins que les enquêteurs « réuniront suffisamment d'informations pour qu'un dossier solide soit présenté aussi vite que possible » sur cette attaque, a précisé M. Eliasson, qui y voit un crime de guerre.

Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité - Chine, États-Unis, France, Grande-Bretagne et Russie - disposent tous d'un droit de veto leur permettant de bloquer un transfert du dossier devant la Cour pénale internationale.

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