Retour

Alexandria Ocasio-Cortez, nouvelle coqueluche de l'aile gauche du Parti démocrate

La victoire d'une jeune militante latino-américaine associée à l'ex-candidat à la présidentielle Bernie Sanders lors d'une primaire tenue mardi dans l'État de New York pourrait rebrasser les cartes au sein du Parti démocrate en vue des élections de mi-mandat qui auront lieu en novembre.

Alexandria Ocasio-Cortez, novice politique de 28 ans, a créé une véritable onde de choc dans le camp démocrate en défaisant haut la main le représentant Joe Crowley dans le 14e district de New York, qui inclut le quartier Queens et une partie du Bronx. Elle a récolté 57,5 % des suffrages contre 42,5 % pour son adversaire.

L’impact de cette victoire s’explique par la notoriété du candidat défait. Représentant le district depuis 1998, Joe Crowley, 56 ans, était une authentique tête d’affiche du Parti démocrate. Numéro quatre dans la hiérarchie du parti à la Chambre des représentants, il était même considéré comme un successeur potentiel de Nancy Pelosi comme chef du groupe parlementaire.

Personne n’avait même osé se présenter contre lui depuis 2004 dans ce district considéré comme acquis aux démocrates. Il s'agit d'un district qualifié de « majority-minority » par les politologues, ce qui signifie que la majorité des électeurs sont issus de groupes ethniques non blancs.

La primaire remportée par Mme Ocasio-Cortez illustre à merveille la bataille pour l’âme du Parti démocrate qui déchire les troupes à quatre mois des élections de mi-mandat, où les démocrates croient profiter d’un vent favorable pour reprendre le contrôle de la Chambre des représentants et se placer en meilleure position pour contester les politiques du président Donald Trump.

Depuis Ronald Reagan en 1982, le parti d'un président remplissant un premier mandat a toujours subi des pertes lors des élections de mi-mandat qui ont suivi.

« Nous avons les gens, ils ont l'argent »

Alexandria Ocasio-Cortez, qui a été organisatrice pour la campagne de M. Sanders en 2016, a fait campagne résolument à gauche, en dépeignant M. Crowley comme un pur produit de l’establishment démocrate, appuyé par les milieux financiers, et en plaidant que le temps est venu pour un changement générationnel, racial et idéologique.

Sa victoire répond en quelque sorte à l'appel qu'avait lancé M. Sanders l'an dernier. Le sénateur du Vermont avait invité les militants progressistes à redoubler d'efforts pour gagner des élections et aider à relancer le Parti démocrate à la suite de l'échec de novembre 2016

« Des femmes comme moi ne sont pas supposées briguer les suffrages », lançait-elle d’emblée dans une vidéo de campagne devenue virale sur You Tube, en misant sur ses origines modestes, sa volonté de défendre les classes ouvrières et ses idées libérales, comme la défense des libertés civiles, l’égalité et la justice sociale.

Née d’une mère portoricaine et d’un père issu du Bronx, la jeune femme s’y présentait comme une éducatrice engagée, issue d’un quartier ouvrier « où le code postal détermine la destinée », mais laissé pour compte par l’establishment démocrate. « Pour qui New York a-t-il changé depuis 20 ans? », demandait-elle.

Mme Ocasio-Cortez a fait campagne avec environ 300 000 $ et n'a pas manqué de souligner qu'elle a amassé cette somme grâce à de petits dons. M. Crowley a dépensé cinq fois plus d'argent, soit 1,5 million de dollars.

« Un démocrate qui accepte de l’argent de grandes corporations, qui ne vit pas ici, n’envoie pas ses enfants dans nos écoles, ne boit pas notre ou ne respire pas notre air ne peut pas nous représenter », a-t-elle lancé à l’intention de ses électeurs, avant de les inviter à avoir le « courage politique » de renverser son adversaire.

« Chaque personne qui est ici ce soir a changé les États-Unis », a réagi Mme Ocasio-Cortez dans son discours de victoire. Elle a appelé les électeurs de partout au pays à élire des démocrates pensant comme elle. « Ce n’est pas la fin, c’est le début », a-t-elle ajouté, croyant vraisemblablement être à la tête d’un mouvement de fond.

Ailleurs au pays, ce sont plutôt les démocrates soutenus par les têtes dirigeantes du parti à Washington qui ont été élus dans les primaires. Cela laisse présager que la lutte entre l’aile gauche du parti et les démocrates plus en phase avec l’orthodoxie du parti n’ont pas fini d’en découdre.

Selon les analystes politiques, la victoire de Mme Ocasio-Cortez est la plus importante lors d’une élection primaire pour un siège au Congrès depuis que le numéro 2 du parti républicain, Eric Cantor, a été défait par un militant du Tea Party en 2014.

Cette élection avait aussi été considérée comme un coup de tonnerre et a grandement contribué à pousser le Grand Old Party à droite, notamment sur les questions migratoires.

Le président Trump a lui-même semblé emballé par la victoire au primaire de la jeune femme contre M. Crowley. « Peut-être qu’il aurait dû être plus gentil, plus respectueux envers son président! », a-t-il tweeté en fin de soirée. « Les démocrates sont dans la tourmente », s’est-il réjoui du même souffle.

D’autres raisons de se réjouir pour Trump

Le président Trump a aussi trouvé d’autres raisons de se réjouir dans les scrutins tenus mardi pour différents postes électifs (représentant, sénateur, gouverneur) dans sept États. Outre New York, des courses ont connu leur dénouement, au Colorado, au Maryland, au Mississippi, en Oklahoma, en Caroline du Sud et en Utah.

Dans ce dernier État, l’ex-candidat républicain à la présidentielle de 2012, Mitt Romney, a facilement remporté le vote lui permettant de briguer les suffrages pour un poste de sénateur au mois de novembre. Après avoir violemment attaqué M. Trump en 2016, M. Romney est devenu un partisan modéré du président.

Dans une lettre publiée en fin de semaine dans le quotidien Salt Lake Tribune, l’ancien gouverneur du Massachusetts a écrit que les réalisations de l’administration Trump ont dépassé ses attentes. Il a toutefois prévenu qu’il continuera de prendre la parole quand le président tiendra des propos « divisifs, racistes, sexistes, anti-immigrants, malhonnête ou préjudiciable pour les institutions démocratiques ».

Le président s’est aussi félicité de la victoire d’Henry McMaster à la primaire républicaine pour le poste de gouverneur de la Caroline du Sud. Gouverneur sortant de l’État, M. McMaster, un des tout premiers élus à se ranger dans le camp de M. Trump en 2016, affrontait un adversaire coriace, et M. Trump a pesé de tout son poids pour assurer qu’il remporte la course.

Notons aussi que l’ancien président de la National Association for the Advancement of Colored People (NNACP), Ben Jealous, a remporté la primaire démocrate pour le poste de gouverneur au Maryland. S’il devait défaire le gouverneur sortant Larry Hogan en novembre, il deviendrait le premier Afro-Américain à diriger l’État.

Plus d'articles