Retour

Alexeï Navalny, le militant qui veut affronter Vladimir Poutine

Dans une Russie où les opposants au maître du Kremlin se font rares – ou sont mystérieusement assassinés –, Alexeï Navalny fait figure d'exception. L'activiste de 40 ans a fait de la lutte anticorruption son cheval de bataille. Portrait d'un militant qui ose défier les cercles du pouvoir, dans la rue comme sur le web.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

Celui qui s'est imposé comme le principal opposant à Vladimir Poutine depuis l'assassinat de Boris Nemtsov, en 2015, a confirmé l'an dernier ses ambitions présidentielles pour 2018.

« Il n’y a pas eu de véritables élections en Russie depuis 1996 », clame le juriste au style percutant.

Marié et père de deux enfants, il vit à Moscou, contrairement à des opposants comme Mikhaïl Khodorkovski et Garry Kasparov, qui ont préféré l'exil.

Ignoré par les médias d'État - sauf lorsqu'ils le critiquent -, il livre efficacement son message sur les réseaux sociaux. Orateur charismatique, il séduit notamment les jeunes, habituellement peu politisés.

Pourfendeur de la corruption, « des escrocs et des voleurs »

Avocat de formation, ce diplômé de l'Université de l'amitié des peuples de Moscou s'illustre par son action militante.

Depuis une dizaine d'années, il achète des actions dans des groupes semi-publics, dont des banques et le géant gazier Gazprom. Son but : leur réclamer des comptes en tant qu'actionnaire minoritaire.

Il cible aussi les politiciens. Lors de la campagne électorale législative de 2011, il a appelé à bouder le parti au pouvoir, Russie unie, qu'il qualifie de parti « d'escrocs et de voleurs ».

Instigateur du Fonds de la lutte contre la corruption, il tient un blogue dans lequel il traque le patrimoine caché des élites.

Vu plus de 14 millions de fois, son documentaire sur le premier ministre Dimitri Medvedev, mis en ligne en mars 2017, dresse un réquisitoire sévère. Villas, vignobles, yachts : selon ses calculs, l'allié du président Poutine aurait acquis, grâce à ses amis oligarques, des biens totalisant 1,1 milliard de dollars.

Des procès à répétition

À l'instar d'autres dissidents, il est souvent inquiété par la justice, cumulant près d'une dizaine d'arrestations. Des représailles politiques, se défend-il.

Il est notamment emprisonné pendant 15 jours pour avoir manifesté contre des fraudes électorales, fin 2011. Peu après, il prend la parole lors du plus grand rassemblement postélectoral. Ce mouvement de contestation sans précédent lui permet d'accroître sa notoriété.

En 2013, il est condamné à cinq ans de prison pour détournement de fonds dans la ville de Kirov au terme d'un procès que la Cour européenne des droits de l'homme juge inéquitable. La Cour suprême de Russie annule la décision, mais un second procès, en février 2017, se solde par une peine de cinq ans de prison avec sursis.

De nouvelles accusations de détournement de fonds au détriment de la filiale russe d'une société française lui valent une autre assignation à résidence en 2014.

Arrêté dans la capitale aux côtés d'un millier de manifestants dénonçant la corruption, en mars 2017, il écope de 15 jours d'emprisonnement.

Dans 99 villes du pays, des dizaines de milliers de personnes, majoritairement des jeunes, avaient répondu à son appel.

Occidentaliste, mais nationaliste

Candidat à la mairie de Moscou en 2013, Alexeï Navalny a obtenu 27,2 % des voix, se classant derrière le maire sortant réélu, Sergueï Sobianine, ex-chef de cabinet de Vladimir Poutine. Ses thèmes : la lutte contre la corruption et l'immigration.

S'il a dans les dernières années gommé le ton nationaliste de ses discours, il a déjà participé à des rassemblements d'organisations ultranationalistes comme la Marche russe. Le parti d'opposition libéral Iabloko l'a d'ailleurs exclu en 2007 pour ses prises de position.

Il considère l'annexion de la Crimée par la Russie comme illégale, sans toutefois envisager la restitution du territoire à l'Ukraine.

Boursier du programme Yale World Fellows de la prestigieuse université américaine de Yale, Alexeï Navalny se dit favorable à un rapprochement avec l'Occident. La chaîne d'État Rossia 1 l'a déjà accusé d'être un agent à la solde de la CIA.

Ses déboires judiciaires et l'interdiction de son Parti du progrès, en 2015, ne freinent pas ses ardeurs politiques. Un échec de sa demande d'appel pour sa plus récente condamnation pour détournement de fonds pourrait toutefois sonner le glas de sa candidature.

Déterminé à livrer bataille, il a ouvert des quartiers généraux dans plusieurs villes du pays. Alors qu'il faisait campagne en Sibérie, le militant habitué aux entartages a cette fois-ci été aspergé de zelyonka, un antiseptique de couleur verte, sort fréquemment réservé aux opposants politiques.

Une image que les internautes et lui ont convertie en symbole de contestation du régime. « On va ouvrir un quartier général à Barnaoul et je serai comme le personnage du film Le masque. Cool! Même mes dents sont vertes! » a-t-il ironisé sur Twitter.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine