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Allégations de nettoyage ethnique au pays d’Aung San Suu Kyi

Les Rohingyas qui vivent dans l'ouest du Myanmar sont victimes d'une « opération militaire cruelle » qui « ressemble à un exemple classique de nettoyage ethnique », dénonce le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein.

Selon l’Organisation internationale des migrations (OIM), 313 000 membres de cette minorité musulmane vivant dans l’État d’Arakan ont fui le pays à majorité bouddhiste depuis deux semaines pour se réfugier à Cox’s Bazar, au Bangladesh.

S'adressant aux membres du Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève, M. Al Hussein a lancé un message sans équivoque au gouvernement birman, dirigé de facto par Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix 1991 pour sa lutte non violente contre la junte militaire alors au pouvoir.

Le Conseil de sécurité de l'ONU se réunira d'ailleurs mercredi concernant ce dossier, à la demande du Royaume-Uni et de la Suède, a mentionné la présidence éthiopienne, lundi à New York.

De son côté, la Maison-Blanche s'est dite « profondément troublée » par cette crise, sans toutefois mettre en cause le gouvernement d'Aung San Suu Kyi.

Le haut-commissaire a invité le gouvernement « à mettre fin à l'opération militaire cruelle en cours, avec l'obligation de rendre compte de toutes les violations qui se sont produites, et à renverser le schéma de discrimination grave et généralisée contre la population rohingya ».

Aux autorités birmanes, qui soutiennent être en présence d'actes « terroristes », le haut-commissaire a recommandé de « cesser de prétendre » que les Rohingyas incendient eux-mêmes leurs maisons. « Ce déni total de la réalité affecte grandement la réputation internationale du gouvernement. »

Zeid Ra’ad Al Hussein ajoute en outre « avoir reçu de multiples rapports et des images satellites montrant des forces de sécurité et des milices locales incendiant des villages rohingyas et des informations cohérentes faisant état d'assassinats extrajudiciaires, y compris de tirs sur des civils en fuite ».

Le 14e dalaï-lama, qui a aussi reçu le prix Nobel de la paix en 1989, a également jugé bon d’intervenir dans le dossier. Le leader spirituel des bouddhistes a écrit à Aung San Suu Kyi pour lui demander de faire régner « un esprit de paix et de réconciliation » dans son pays, selon une lettre que l’AFP a pu lire.

Critiquée sur la scène internationale pour sa retenue et sa froideur relativement à ce sujet, Aung San Suu Kyi n'a pas réagi. Son service de presse a simplement annoncé lundi que la police était intervenue la veille au soir pour disperser la foule jetant des pierres sur une boucherie musulmane, dans le centre du pays.

Le flux ralentit, mais ne se tarit pas

Le flux de Rohingyas fuyant le Myanmar à pied, dans la boue et sous la pluie semble ralentir depuis quelques jours, après un pic enregistré la semaine dernière. Selon la plus récente estimation fournie lundi, 19 000 d'entre eux auraient franchi la rivière Naf, qui sépare le Myanmar du Bangladesh, pour se réfugier dans la région de Cox's Bazar.

« Un grand nombre de personnes arrivent toujours chaque jour dans des sites densément peuplés, cherchant de l'espace, et il y a des signes clairs que d'autres traverseront avant que la situation ne se stabilise », mentionne l'OIM dans un communiqué. Plusieurs d'entre eux sont malades ou blessés.

Des milliers de Rohingyas attendent toujours l'occasion de fuir sur la rive birmane de la rivière Naf. Selon des sources de Reuters, ils font les frais de la répression exercée contre les passeurs bangladais qui les aident à traverser. Certains facturent 150 $ par personne pour une traversée.

Le plus récent afflux de réfugiés rohingyas est attribuable à des opérations de répression déclenchées par les autorités birmanes, après que des membres de l'Armée du salut des Rohingyas de l'Arakan (ARSA) eurent attaqué une base de l'armée de l'État de Rakhine, le 25 août.

De l'avis même de l'armée birmane, ces opérations ont fait au moins 500 morts, des Rohingyas pour la plupart. L'ONU croit toutefois qu'il y en a eu deux fois plus. L'organisation internationale souligne en outre que des villages rohingyas ont été incendiés et que les forces de l'ordre sont responsables de certaines exactions.

En tenant compte d'une précédente crise remontant à octobre 2016, le Bangladesh, un pays pourtant très pauvre, a maintenant accueilli plus de 400 000 Rohingyas.

Une offre de cessez-le-feu rejetée

Les rebelles de l'ARSA ont déclaré dimanche un cessez-le-feu unilatéral d'un mois, mais le gouvernement birman a répondu qu'il ne négociait pas avec des « terroristes ».

Malgré son aura auprès du peuple birman, Aung San Suu Kyi ne tire pas toutes les ficelles dans ce pays de plus de 50 millions de personnes, dont 90 % de bouddhistes.

L'armée, dirigée par d'anciens responsables de la junte militaire, continue d'y disposer d'une grande autonomie et reste toute puissante dans la zone de conflit.

Elle doit aussi composer avec un puissant mouvement de moines nationalistes qui estiment que les musulmans représentent une menace pour la Birmanie.

Considérés comme des étrangers dans le pays, les Rohingyas sont victimes de multiples discriminations : travail forcé, extorsion, restrictions à la liberté de mouvement, règles de mariage injustes et confiscation des terres.

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