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André Glucksmann, pourfendeur des totalitarismes, s'éteint

Le philosophe français André Glucksmann, réputé pour ses multiples combats contre les totalitarismes, s'est éteint lundi soir à l'âge de 78 ans. Selon un de ses éditeurs, il était malade depuis plusieurs années. « Il avait plusieurs cancers. Il s'est vraiment battu », a-t-il dit.

André Glucksmann « vivait dans un monde d'idées et de combats », a déclaré son fils, le réalisateur Raphaël Glucksmann, sur les ondes de France Inter, en expliquant que la jeunesse de son père, enfant juif dans une France occupée par les nazis, avait façonné sa vision du monde.

« Il a même été mis dans les trains et sa mère a réussi à l'en sortir. Donc, il m'a dit que tout le reste, c'était du rab [un supplément, NDLR] et que 70 ans de rab, c'était une chance incroyable et qu'il fallait la saisir pour en faire profiter d'autres », a rapporté Raphaël Glucksmann.

Sa vie bien remplie l'aura mené à appuyer le maoïsme, avant de se ranger beaucoup plus tard dans le camp des atlantistes.

Né le 19 juin 1937, André Glucksmann, jeune diplômé en philosophie, est assistant de l'intellectuel libéral Raymond Aron à l'Université de la Sorbonne au moment où les révoltes étudiantes de mai 1968 éclatent. Il y participe aux côtés des maoïstes.

Huit ans plus tard, dans la foulée de la sortie de L'archipel du goulag d'Alexandre Soljenitsyne, il rompt spectaculairement avec le marxisme en publiant La cuisinière et le mangeur d'hommes, dans lequel il attaque l'idéologie communiste de front, ce qui était plutôt rare à l'époque.

Avec Bernard-Henri Lévy, il est ensuite associé au mouvement des « nouveaux philosophes », un courant très médiatisé d'intellectuels en rupture avec le marxisme. Il était « le seul de mes contemporains avec lequel j'avais le sentiment de partager le même souci du monde et de l'autre », a déclaré ce dernier mardi.

De l'anticommunisme, son combat se déplace naturellement vers l'antitotalitarisme et la défense des droits de la personne.

En 1977, il réussit le tour de force de réunir la grande figure des intellectuels de gauche Jean-Paul Sartre et le libéral Raymond Aron. Il les emmène à l'Élysée pour convaincre le président d'alors, Valéry Giscard d'Estaing, d'intervenir pour aider les réfugiés vietnamiens.

Il évolue ensuite vers l'atlantisme, en soutenant l'intervention occidentale contre la Serbie en 1999 pour défendre la minorité kosovare, l'intervention américaine en Irak contre le régime de Saddam Hussein en 2003 et l'opération en Libye visant à se débarrasser de Mouammar Kadhafi.

Il soutient aussi la Tchétchénie contre Moscou et dénonce régulièrement l'autoritarisme du président russe Vladimir Poutine.

Dans un de ses derniers livres, Une rage d'enfant, André Glucksmann expliquait que la colère et la misère du monde avaient été le moteur de son action, en faveur des plus faibles.

André Glucksmann « portait en lui tous les drames du 20e siècle », a commenté le président François Hollande, en lui rendant hommage.

Il était, dit-il, le philosophe qui « ne se résignait pas à la fatalité des guerres et des massacres ».

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