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Après cinq ans, l'heure est au bilan pour le pape François

Le 13 mars 2013, lorsque le nouveau pape arrive au balcon de la basilique Saint-Pierre du Vatican, il salue la foule d'un simple et chaleureux bonsoir en italien. La foule qui l'attendait depuis un bon moment jubile. Il y avait dans ces premières minutes quelque chose de différent, d'original, d'indescriptible.

Un texte d'Alain Crevier, de Second regard

Le personnage qu’on découvrait alors a surpris tout le monde lorsqu’en s’inclinant humblement, il a demandé à la foule de prier pour lui. On a cru voir un pape échapper au lourd protocole de cette vieille institution.

Après cinq ans, il est donc légitime de vouloir faire un bilan de ce qu’a produit toute cette frénésie suscitée par François.

Depuis le départ de son prédécesseur, Benoît XVI, les cardinaux étaient à la recherche d’un homme avec un talent particulier pour lui succéder. Les mois et même les années qui ont précédé la démission de Benoît XVI expliquent bien des choses : scandales, magouilles, blanchiment d’argent, corruption, l’horrible dossier des prêtres pédophiles, les privilèges de certains cardinaux...

Certains nous ont même dit que le pape François avait été élu avec un mandat : faire le ménage!

Et il est vrai que, très rapidement, ce premier pape jésuite, premier non-Européen venu d’Amérique du Sud, a entrepris plusieurs réformes à la fois. François donne l’impression d’un rouleau compresseur qui veut tout bousculer. On dirait que rien ne lui échappe.

Si Benoît XVI est considéré à juste titre comme un grand intellectuel, François, lui, est un véritable patron. Certains le craignent.

Un pape qui dérange

Il a déclenché des enquêtes sur les finances de l’État. Il a exigé qu’on lui rende des comptes. Il critique de manière cinglante les habitudes du clergé.

Personne, au Vatican, n’oubliera les voeux de bonne année du pape François en décembre 2014. Ce fut plutôt un discours âpre et sévère. Il a fait la liste des 15 maladies dont serait atteint le clergé catholique, notamment l'alzheimer spirituel, la rivalité, la vanité et la médisance.

Pas étonnant qu’une vive résistance se soit formée pour contrer les projets du nouveau pape. Manifestement, ce dernier ne connaît pas les us et coutumes de la maison. Comment un nouveau venu peut-il se comporter de la sorte?

Il a également créé de nouveaux ministères : pour la famille, pour les communications et pour l’économie. Ce n'est pas rien. Mais ont-ils changé quelque chose dans la vie des catholiques ou uniquement dans la vie des fonctionnaires de l’Église?

On pourrait aussi analyser les efforts consentis afin de nettoyer la clientèle associée à l’Institut pour les oeuvres de religion (IOR), connu comme la banque du Vatican. Benoît XVI avait lancé les travaux. François va y replonger vigoureusement. René Brülhart, le président de l’Autorité d’information financière de l’IOR, nous a confirmé que près du quart des comptes ont été fermés. On dira ce qu’on voudra, mais ce pape brasse la cage!

En fait, il serait toutefois malheureux de mesurer l’impact de François uniquement sur les succès ou les ratés du renouveau administratif.

S’il y a une « révolution François », et je le crois, elle se trouve ailleurs.

« Qui suis-je pour juger? »

Il y a eu beaucoup de confusion autour de ces quelques mots prononcés par le pape à bord de l’avion qui le ramenait à Rome en juillet 2013.

Au moment d’un point de presse improvisé, en abordant la question de l’homosexualité, François a dit : « Si une personne est gaie et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger? »

Certains ont cru que l’Église, sous la gouverne du pape François, venait de changer radicalement sa politique sur la question homosexuelle.

Il fallait plutôt y voir, je crois, autre chose : l’Église pourrait-elle être autre chose qu’un tribunal qui juge tout et tous? Est-ce que l’Église ne devrait pas ressembler, comme l’a dit tout haut François, à un hôpital de campagne qui accueille ceux qui sont blessés, peu importe d’où ils viennent?

Le journaliste italien Gianluigi Nuzzi a fouillé de fond en comble certaines affaires du Vatican. Il est à l’origine de ce qu’on a surnommé les VatiLeaks, des fuites impressionnantes de documents secrets qui ont permis de mettre au jour une réalité explosive : luttes de pouvoir, intrigues et trahisons au Vatican.

En dépit de tout ce qu’il a vu, lu et entendu à propos de ces sombres affaires, la bataille la plus ardue de François, nous a-t-il dit, « ce n’est pas contre la corruption. Ce n’est pas contre les gens qui font du blanchiment d’argent, la mafia. Non, je crois que la bataille la plus difficile, c’est contre les mentalités ».

La révolution de François, elle est là. Dans l’attitude. Dans l’accueil. Dans l’humilité. Et peut-être moins dans les corrections et les innovations administratives.

Les périphéries

Il y a un concept, je crois, qui caractérise bien ce nouveau pape. C’est l’idée de valoriser les régions catholiques périphériques.

Parmi les premiers cardinaux nommés par François, on trouve Chibly Langlois. Avant Chibly, il n’y a jamais eu, en 2000 ans d'histoire, de cardinaux en Haïti. Le geste du pape François est remarquable. Par rapport au Vatican, Haïti est une lointaine périphérie géographique, existentielle et trop souvent ignorée. François veut ainsi donner la parole aux périphéries oubliées.

« Ah! comme je voudrais une Église pauvre et pour les pauvres! » a-t-il dit quelques jours après son élection.

Et demain?

Certains sondages indiquent que François a perdu quelques plumes au palmarès des personnalités les plus populaires, notamment aux États-Unis. Mais ce qui risque d’abîmer son pontificat dans les années qui viennent, c’est ce boulet que traîne l’Église depuis longtemps : les inépuisables scandales de prêtres pédophiles.

La commission qu’il a mise sur pied il y a cinq ans pour venir à bout de ces actes odieux semble incapable de proposer quelque chose de crédible et de satisfaisant.

Pire, les deux victimes que le pape avait nommées au sein de cette commission ont quitté celle-ci en claquant la porte.

Le récent voyage du pape François au Chili lui a peut-être donné un aperçu de ce qui l’attend.

Des victimes de prêtres pédophiles de partout dans le monde s’étaient donné rendez-vous pour mettre sur pied un organisme international à la défense de ceux qu’on a tendance à oublier et qui n’en peuvent plus d’attendre. Un voyage au cours duquel ce pape encore immensément populaire a été chahuté.

Certains diront qu'il a peut-être sous-estimé l’importance et l’odieux de ces scandales qui minent la crédibilité de l’Église. Serait-ce le talon d‘Achille de François?

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