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Après l'horreur, l'incompréhension à Las Vegas

La police cherche toujours des indices pour tenter de comprendre ce qui a poussé un retraité de 64 ans avec un penchant pour le jeu à ériger un nid de tireur d'élite dans les hauteurs d'un hôtel de Las Vegas avant d'ouvrir le feu sur une foule puis de s'enlever la vie.

La tuerie de dimanche soir est survenue devant l’hôtel Mandalay Bay, situé sur le Las Vegas Boulevard (The Strip), pendant le festival de musique country 91 Harvest. La tuerie est la plus meurtrière de l’ère moderne américaine.

Les forces de l'ordre poursuivent leur enquête visant à déterminer le mobile derrière le geste mortel posé par le tireur, et certains détails confirment que le suspect Stephen Paddock avait planifié son mitraillage de longue date.

La police soutient que Paddock a agi seul, mais elle n’arrive pas à expliquer ce qui a pu déclencher ses pulsions meurtrières.

« Nous progressons, mais je n'ai pas encore toutes les réponses », a admis le shérif Joe Lombardo, de Clark County, lors d'une conférence de presse donnée en après-midi, mardi.

Pour lui, il ne fait toutefois aucun doute que l'affaire était planifiée de longue date. « Je suis sûr qu'il avait prévu tout ce qu'il a fait », a ajouté M. Lombardo.

À preuve, sans doute, ce système d'appareil photo dissimulé dans un chariot de service, dans le corridor à l'extérieur de la chambre d'hôtel utilisée par le tireur, afin de détecter l'arrivée des autorités.

Pas le profil d'un psychopathe

Le suspect Stephen Paddock n’aurait pas servi dans les forces armées et ne possédait aucun historique de maladie mentale. Il ne montrait aucun signe de problèmes sociaux et n'avait pas de grief politique ni de visées radicales sur les médias sociaux.

Les autorités américaines ont également écarté les prétentions du groupe armé État islamique (EI) qui a affirmé que le tireur de Las Vegas avait agi en son nom. « Nous n’avons découvert aucun lien avec un groupe terroriste international », a déclaré l’agent spécial Aaron Rouse, responsable du bureau de Las Vegas de la police fédérale américaine (FBI).

Bien que la police affirme n’avoir aucun autre suspect, M. Lombardo a indiqué que les enquêteurs voulaient parler à la conjointe de M. Paddock, Marilou Danley, qui était en déplacement à l’étranger, possiblement à Tokyo, au moment du drame. Selon le shérif, Mme Danley serait ainsi « un témoin d'intérêt pour l'enquête ». Cette dernière doit rentrer aux États-Unis mercredi.

Arsenal important

Le shérif Lombardo a indiqué que les enquêteurs connaissaient l’identité des personnes qui ont vendu des armes à Paddock. Le tireur les a acquises légalement en répondant à toutes les exigences et aux procédures administratives pour l’achat d’armes. La boutique où l’homme a acheté ses armes collabore avec les enquêteurs.

Certaines photos prises dans la chambre d'hôtel et publiées par certains médias montrent une pièce où étaient éparpillés fusils, mitraillettes et autres armes semi-automatiques. On peut également y voir, en partie, le corps du tireur, ainsi que des dizaines de douilles. Le shérif Lombardo a décrié la fuite de ces photos, ce qui tendrait à confirmer leur authenticité.

M. Paddock aurait accumulé un total d'une cinquantaine d'armes à feu, des explosifs et des milliers de balles, dont une partie a été retrouvée à son domicile.

Dans la chambre d'hôtel, on a aussi découvert un petit appareil permettant de transformer une arme semi-automatique en une arme automatique, et pouvant donc tirer sans discontinuer.

En 2010, le gouvernement fédéral américain donnait le feu vert à la mise en vente de ces gadgets, d'abord présentés comme permettant de faciliter le tir pour les personnes handicapées.

Au dire de détracteurs, l'appareil en question viole la loi américaine, qui interdit la possession d'armes à feu automatiques. Dans l'autre camp, on soutient que le doigt de l'utilisateur appuie sur la gâchette lors de chaque tir, ce qui respecte l'esprit de la loi.

Un homme riche et sans histoire

La pire entorse à la loi que le suspect ait commise auparavant était une infraction au code de la sécurité routière, ont déclaré les autorités américaines.

Stephen Paddock vivait une existence de nomade à travers l’ouest et le sud-est des États-Unis. Il a occupé des postes de gérant d’immeubles à logements et de travailleur de l’industrie aérospatiale. Le suspect semblait toutefois s’être établi dans une petite communauté de retraités au Nevada, où il avait acheté une maison il y a quelques années. Il se trouvait ainsi à environ une heure de route de Las Vegas et des casinos, qu’il appréciait beaucoup.

On signale par ailleurs que Stephen Paddock aurait récemment viré 100 000 $ US sur un compte bancaire aux Philippines, une semaine avant de commettre son crime.

La police cherche encore à retrouver la trace de cet argent.

Son frère, Eric Paddock, a décrit Stephen Paddock comme un homme à l’aise financièrement qui aimait les appareils de loterie vidéo et les croisières. L'homme aurait parié quelque 160 000 $ dans divers casinos, ces dernières semaines.

« Nous sommes horrifiés, a déclaré le frère du tireur. Nous sommes déconcertés et nous présentons nos condoléances aux familles des victimes », a-t-il poursuivi depuis sa résidence d’Orlando, en Floride. « Nous n’avons aucune idée » de ce qui a bien pu le pousser à perpétrer un tel geste.

Aucune note n'a encore été retrouvée pour expliquer le geste de Stephen Paddock.

Trump et le contrôle des armes à feu

Le président américain Donald Trump s’est brièvement adressé aux journalistes mardi matin avant de prendre la direction de Porto Rico, où il allait constater les dommages occasionnés par l’ouragan Maria.

M. Trump, qui a de nouveau fait l’éloge des policiers et salué leurs efforts pour contrer les tueries de masse, a refusé de s'aventurer sur le terrain du contrôle des armes à feu.

Lorsqu’il lui a été demandé si la tuerie du Mandalay Bay constituait un acte de terrorisme intérieur, M. Trump a déclaré : « Le suspect était un homme malade, un dément avec de nombreux problèmes, je présume. »

« Nous scrutons sa vie très, très sérieusement, a-t-il poursuivi. Mais nous avons affaire à un individu très, très malade. »

Le bilan de la tuerie, qui pourrait encore s’aggraver au cours des prochains jours, a dépassé celui de l’attaque d’une boîte de nuit d’Orlando, en Floride, l’an dernier.

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