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Après le chaos de Harvey, la peur des eaux polluées

Durement touchée par l'ouragan Harvey, la région de Houston, au Texas, pourrait bien être aux prises avec un autre problème de taille : les pluies diluviennes ont fait déborder les égouts et les fosses septiques, en plus d'inonder des sites d'enfouissement de déchets toxiques.

Au moment où les habitants du sud-est de l'État commencent à rentrer chez eux, des experts les avertissent que ces eaux sont maintenant lourdement polluées et qu'elles représentent un danger important pour la santé humaine et l'environnement.

Houston et ses 40 usines de traitement des eaux usées auront fort à faire pour ramener la situation à la normale. Les autorités ont rapporté des dizaines de refoulements d'égouts dans les zones touchées par l'ouragan, y compris à Corpus Christi, plus à l'ouest.

En région rurale, les systèmes de fosses septiques pourraient eux aussi rendre l'âme, craignent les autorités.

Contamination

À cette mixture peu ragoûtante, il faut ajouter du carburant qui a fui, les déchets emportés lors de l'inondation de sites d'enfouissement, les pesticides et les produits polluants rejetés par les nombreuses installations pétrochimiques de la région.

Dimanche, l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) signalait que sur les 2300 systèmes d'aqueduc et de traitement des eaux évalués par des agences réglementaires étatiques et fédérales, 1514 étaient pleinement opérationnels. Toutefois, plus de 160 réseaux ont lancé des avis de faire bouillir l'eau et 50 étaient carrément inopérants.

À Houston, quatrième ville en importance des États-Unis, on assure que l'eau du système d'aqueduc est bonne à boire.

Environ 85 % de l'eau potable de la métropole est tirée de sources en surface - rivières ou réservoirs, a précisé Robin Autenrieth, qui est à la tête du Département de génie civil de l'Université A&M du Texas. Le reste proviendrait de 107 puits artésiens appartenant à la Municipalité. Cette eau risque d'être contaminée, ajoute-t-elle.

« Je m'inquiète de ce qui se trouvera dans l'eau que boiront les gens », a ainsi souligné Mme Autenrieth.

Jeudi dernier, des responsables environnementaux fédéraux et étatiques ont fait savoir qu'ils se préoccupaient principalement de l'accessibilité de l'eau potable, et qu'ils désiraient s'« assurer que les systèmes de traitement des eaux usées font l'objet d'une surveillance, qu'on y effectue des tests et qu'ils sont gérés correctement ».

De son côté, David Andrews, chercheur principal au Environmental Working Group, estime qu'il est prudent d'injecter davantage de chlore et d'autres produits désinfectants dans les réseaux d'aqueduc lors d'urgences de ce genre, afin d'éviter les éclosions de maladies comme le choléra et la dysenterie.

Cela entraîne cependant son lot de risques, mentionne-t-il.

On trouve souvent davantage de matières organiques - excréments, plantes, écoulements de produits agricoles - dans les réservoirs ou d'autres sources d'eau potable lors de fortes pluies.

Lorsque le chlore réagit à ces substances, cela forme des produits chimiques appelés trihalométhanes, qui peuvent accroître les risques de cancers ou de fausses couches, note M. Andrews.

Par ailleurs, une analyse a révélé que la quantité de E. coli - une bactérie qui indique la présence de matières fécales - dans les eaux des crues était 125 fois supérieure à ce qui est considéré comme sécuritaire pour s'y baigner.

Le simple fait de marcher dans une eau si polluée pourrait entraîner des infections et des maladies, soutient le professeur Terry Gentry, de l'Université A&M.

Mauvaise surprise du passé

Outre les inquiétudes liées aux refoulements d'égouts et autres déversements, certains observateurs craignent que les vestiges des activités pétrochimiques d'il y a plusieurs décennies ne soient eux aussi venus contaminer les eaux.

Dans la région métropolitaine de Houston, on compte plus d'une dizaine de sites Superfund, désignés par l'Agence américaine de protection environnementale (EPA) comme étant parmi les endroits les plus pollués des États-Unis. On y a longtemps enfoui, souvent de façon peu sécuritaire, les sous-produits du raffinage pétrolier.

Des journalistes de l'Associated Press ont constaté que sept de ces sites situés à Houston et dans la périphérie avaient été inondés et se trouvaient parfois sous au moins un mètre d'eau.

De son côté, l'EPA a fait savoir que 13 sites avaient été si durement touchés par Harvey que des inspecteurs n'avaient pas pu se rendre sur place, et que l'agence s'était plutôt fiée à des photos de surveillance aérienne pour évaluer les dégâts.

Réagissant par voie de communiqué, l'agence environnementale a déclaré que « des équipes sont prêtes à enquêter sur de possibles dégâts sur ces sites dès que les eaux se retireront et que le personnel de l'EPA pourra se rendre sur les lieux de façon sécuritaire ».

À l'Hôtel de Ville de Houston, le maire Sylvester Turner a exigé samedi, après la publication de l'article de l'Associated Press, que l'EPA « se trouve sur place pour s'attaquer à cette question ».

L'EPA s'insurge

Les informations de l'Associated Press n'ont pas eu l'heur de plaire à l'agence de protection de l'environnement; dans une répartie cinglante publiée par voie de communiqué, l'EPA a soutenu que l'article était « incroyablement erroné ».

« L'EPA a déjà effectué une évaluation sommaire de 41 sites Superfund - 28 d'entre eux ne montrent aucun dégât, et 13 ont été inondés », peut-on lire dans la missive transmise dimanche. L'administratrice adjointe de l'EPA, Liz Bowman, ajoute qu'une équipe d'experts travaille de concert avec les autorités locales.

Dans son projet de loi budgétaire, le président Donald Trump a suggéré de réduire de 30 % les fonds consacrés aux sites Superfund.

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