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Arménie : l'opposant Pachinian appelle les manifestants à rentrer chez eux

L'opposant Nikol Pachinian appelle les milliers de manifestants qui paralysent la capitale arménienne à cesser leurs protestations, assurant avoir reçu le soutien de tous les partis en vue de son élection au poste de premier ministre, le 8 mai.

Des milliers d'Arméniens sont descendus dans les rues du centre d'Erevan mercredi, répondant à l'appel à la « désobéissance civile » pacifique lancé par M. Pachinian, dont la candidature au poste de premier ministre avait été rejetée la veille par 55 des 100 voix exprimées au Parlement. Il était le seul candidat en lice.

Mais un renversement de situation a amené l'opposant à demander aux protestataires réunis sur la place de la République de rentrer chez eux et de « se reposer ».

Le président de la République, Armen Sarkissian, et le premier ministre par intérim, Karen Karapetian, avaient tous deux réclamé mercredi l’ouverture de négociations, en raison de l'insécurité politique.

En vertu de la Constitution, le Parlement arménien doit tenir un second vote sur la nomination d’un nouveau premier ministre le 8 mai. En cas d’échec, le Parlement sera dissous et des élections législatives anticipées devront être déclenchées.

« Le 8 mai, nous serons 500 000 personnes à nous réunir ici et nous proclamerons notre victoire », a promis Nikol Pachinian, un ex-journaliste devenu député, qui avait déjà présenté son élection à titre de premier ministre comme le seul moyen de sortir l’Arménie de la crise.

Des perturbations majeures dans la capitale

Mercredi à Erevan, les protestataires ont bloqué l’accès à des ministères et à presque toutes les voies de circulation, dont celle permettant de se rendre à l’aéroport international Zvartnots, une première depuis le début du mouvement populaire.

De nombreux magasins avaient fermé leurs portes et les trains de banlieue et les métros ont connu de fortes perturbations. M. Pachinian avait aussi affirmé que des universités et d’autres écoles s'étaient jointes à ce mouvement aux allures de « révolution de velours ».

Selon une estimation de l’Agence France-Presse, des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées à Erevan, agitant des drapeaux arméniens, soufflant dans des vuvuzelas et criant « Une Arménie libre et indépendante! »

Aucune violence n’a été rapportée; les policiers déployés n’ont pas eu recours à la force pour déloger les manifestants.

Les manifestations ont déjà entraîné la chute du premier ministre Serge Sarkissian le 23 avril, ce qui était l'objectif premier du mouvement de protestation sans précédent qui secoue l’Arménie.

Serge Sarkissian avait été désigné premier ministre le 17 avril, après avoir été président du pays pendant 10 ans, soit la limite autorisée par la Constitution.

Il était accusé, à l’instar du Parti républicain dont il est issu et qui demeure majoritaire au Parlement, de ne pas avoir réussi à faire reculer la pauvreté et la corruption, et d’avoir laissé à des oligarques le contrôle de l’économie.

Un mouvement suivi de près par le Kremlin

Petit pays de 3 millions d’habitants enclavé entre l’Azerbaïdjan, la Géorgie, la Turquie et l’Iran, l’Arménie est une ex-République socialiste soviétique qui demeure dans l’orbite de Moscou, malgré son indépendance acquise en 1991. Elle abrite toujours des bases militaires russes.

Les manifestations qui s’y déroulent depuis le 13 avril sont suivies de près au Kremlin, puisqu’elles ne sont pas sans rappeler des mouvements populaires qui ont permis à deux autres ex-républiques socialistes soviétiques, l’Ukraine et la Géorgie, de sortir de l’orbite de Moscou.

Après avoir évoqué une affaire intérieure arménienne, la Russie a d’ailleurs décidé de jouer les médiateurs dans le pays.

Le président russe Vladimir Poutine s’est récemment entretenu avec le premier ministre par intérim, Karen Karapetian, et d’autres contacts ont eu lieu entre des responsables russes, des représentants du pouvoir arménien et Nikol Pachinian.

Lors du débat sur sa candidature au poste de premier ministre, mardi, les députés du Parti républicain au pouvoir lui ont posé plusieurs questions insinuant qu’il dirigeait un mouvement antirusse.

Un député lui a par exemple demandé s’il avait reçu l’appui d’Alexeï Navalny, principal opposant au président Poutine. Un autre lui a demandé s’il entendait retirer l’Arménie d’un accord commercial avec la Russie signé il y a trois ans.

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