Au lendemain de l'attentat qui a fait 8 morts et 12 blessés à New York, le FBI a déposé deux chefs d'accusation contre le suspect, Sayfullo Habibullaevic Saipov, à la cour fédérale de Manhattan. Plus tôt, la police locale et le FBI ont affirmé que ce geste avait été préparé pendant des semaines.

Sayfullo Habibullaevic Saipov est accusé d'avoir commis l'attaque meurtrière et d'avoir fourni une aide matérielle au groupe armé État islamique (EI).

Le suspect, qui est apparu en fauteuil roulant lors de la comparution, ne regrette rien : il aurait voulu tuer le plus grand nombre de personnes. Il avait auparavant songé à s'attaquer au pont de Brooklyn, très fréquenté tant par les New-Yorkais que par les touristes. Il a expliqué aux policiers avoir choisi de commettre l’attentat au moyen d’un camion-bélier voilà quelques mois. Il a reconnu s'être inspiré de vidéos diffusées par l'EI.

Sayfullo Habibullaevic Saipov s'est déclaré satisfait de son acte et a demandé à ce que soit accroché dans sa chambre d'hôpital un drapeau de l'EI.

« Je ne révélerai rien de ses déclarations », a affirmé John Miller, commissaire adjoint au service du renseignement et du contre-terrorisme de la police de New York, qui a précisé que le suspect n'avait jamais été dans la ligne de mire des enquêteurs auparavant. Il appert toutefois que Sayfullo Habibullaevic Saipov avait des liens avec des personnes ayant fait, elles, l'objet d'enquêtes.

Aux États-Unis depuis 2010

Âgé de 29 ans et vivant en sol américain depuis mars 2010, le suspect d'origine ouzbèke a été blessé au ventre lorsqu'un policier a fait feu sur lui. La scène s'est déroulée non loin du World Trade Center, après qu'un camion-bélier eut foncé sur des cyclistes et des piétons sur West Street, dans le sud-ouest de l’île de Manhattan.

Le suspect avait en sa possession « plusieurs couteaux » et deux armes, l'une à air comprimé et l'autre à plomb.

Dans le camion utilisé pour l'attaque, les policiers ont trouvé une note rédigée à la main, en arabe, comportant des symboles et un message affirmant que l'État islamique (EI) allait survivre pour toujours.

« Il semble avoir suivi le régime prescrit par le groupe armé EI », a affirmé John Miller en conférence de presse, mercredi, en compagnie du maire de New York, Bill de Blasio, et du gouverneur de l'État, Andrew Cuomo. Cela dit, M. Miller met en garde contre toute généralisation : « Il ne faut pas amalgamer cet acte terroriste avec une religion ou une institution en particulier. »

Les enquêteurs de la police de New York et ceux du FBI vont interroger les membres de l'entourage du suspect et revoir toutes les communications qu'il aurait pu avoir avec eux.

Après avoir annoncé qu’il était à la recherche de Mukhammadzoir Kadirov, un Ouzbek de 32 ans, pour l’interroger, le FBI indique qu’il ne recherche plus cet individu, rapporte un agent du service fédéral de police cité par CNN.

La vie continue...

Le maire de New York et le gouverneur de l'État de New York affirment que le marathon prévu dimanche dans la métropole aura lieu comme prévu, non sans un imposant dispositif policier.

Mardi soir, quelques heures à peine après l'attaque, un million de personnes ont assisté au défilé organisé à l'occasion de l'Halloween, ce qui a fait dire au maire de Blasio que les New-Yorkais ni ne changeront ni ne se laisseront abattre par quoi que ce soit.

Les autorités invitent par ailleurs la population à leur fournir toute information pertinente liée à l'attaque, y compris des images et des vidéos qui auraient été captées lors de cet événement meurtrier.

Des huit personnes ayant péri mardi, six étaient originaires de l'étranger. « Elles seront considérées à jamais comme des New-Yorkais », a déclaré M. de Blasio.

Quant au policier de 28 ans qui a fait feu sur le suspect, il ne travaille au sein des forces de l'ordre que depuis cinq ans. Le jeune policier et son coéquipier avaient reçu un appel parlant d'un accident de la route, « et c'est ce qu'ils s'attendaient à trouver », a précisé John Miller.

Un tirage au sort pour distribuer des visas

Le département de la Sécurité intérieure des États-Unis a confirmé mercredi que le suspect était entré au pays en vertu d'un programme distribuant, par tirage au sort, 50 000 visas à des étrangers. Dans des messages publiés sur Twitter dans la foulée de l'attaque, le président Donald Trump a critiqué le programme en question, réclamant du Congrès qu'il y mette fin.

Cette affaire a le potentiel d'enflammer le débat qui a cours aux États-Unis sur les questions de sécurité et d'immigration.

Jusqu'à présent, les arrivants originaires de l'Ouzbékistan n'étaient pas ciblés par les décrets migratoires du président Trump qui resserrent les critères d'entrée aux ressortissants de pays en majorité musulmans. Toutefois, dans ses premiers commentaires avec la presse depuis l'attaque sur la piste cyclable à New York, la Maison-Blanche a évoqué la possibilité d'inclure l'Ouzbékistan à la liste.

« Loup solitaire » ou « combattant ennemi »?

Tout juste avant que ne commence une réunion de son cabinet, mercredi, le président Trump a indiqué qu'il réfléchissait à la possibilité de faire emprisonner le suspect – qu'il a qualifié d'« animal » – dans la prison de Guantanamo, à Cuba.

La porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Huckabee Sanders, a pour sa part affirmé que le suspect de l'attaque de mardi pourrait se voir accoler le terme de « combattant ennemi ». Cette notion était utilisée pour justifier la détention d'individus soupçonnés de terrorisme à la prison de Guantanamo. Instaurée par l'administration de George W. Bush, elle avait été abolie par le président Barack Obama en mars 2009.

Lors d'une entrevue accordée au réseau CNN mercredi, le gouverneur de l'État de New York, Andrew Cuomo, a déclaré que les autorités considéraient le suspect comme un « loup solitaire » qui s'est radicalisé en vivant aux États-Unis.

D'allégeance démocrate, le gouverneur Cuomo a déclaré que les messages du président Trump sur Twitter liés à l'attaque « n'aidaient pas » et comportaient des erreurs factuelles. En agissant de la sorte, le président américain répond aux vœux des terroristes de désunir le peuple américain, a ajouté en substance M. Cuomo.

Andrew Cuomo reproche également à Donald Trump de tenter de politiser l'attaque perpétrée à New York. Par la voix de sa porte-parole, le président Trump a affirmé que telle n'était pas son intention.

De Cincinnati à Paterson

À partir de maintenant, l'enquête se déploiera partout aux États-Unis afin de retracer le parcours de Sayfullo Habibullaevic Saipov.

Une femme de Cincinnati, Dilnoza Abdusamatova, a déclaré au Washington Post que Saipov a brièvement habité dans cette ville de l’Ohio à son arrivée aux États-Unis. Son père et celui de M. Saipov se connaissaient, a-t-elle raconté.

Après deux semaines, Saipov a déménagé en Floride pour fonder une entreprise de camionnage, a-t-elle ajouté. Selon CNN, Saipov a en fait fondé deux entreprises, qui ont été enregistrées en Ohio : Sayf Motors, en 2011, et Bright Auto, en 2013.

Un immigrant ouzbek, Kobijon Matkarov, a raconté au New York Times qu’il l’avait croisé à Fort Myers, où il était camionneur. « C’était une très bonne personne quand je le fréquentais », a-t-il dit. « Il aimait les États-Unis. […] Il était toujours joyeux et parlait comme si tout était O.K. Il ne semblait pas être un terroriste, mais je ne le connaissais pas intimement. »

Saipov se serait par la suite installé dans un immeuble de Tampa Bay, en Floride. Mardi soir, des enquêteurs interrogeaient des résidents du secteur. « Quatre agents du FBI sont venus et m’ont dit qu’il habitait ici », a témoigné une résidente dans le Post.

Saipov aurait récemment déménagé à Paterson, au New Jersey, où il aurait encore tenté de gagner sa vie comme chauffeur – mais cette fois à titre de travailleur autonome, pour le service de transport Uber.

L'entreprise de San Francisco a confirmé qu’il s’était inscrit comme chauffeur il y a six mois et qu’il avait passé le test de vérification de ses antécédents judiciaires. Uber, qui dit collaborer avec les autorités, soutient en outre que Saipov n’a fait l’objet d’aucune plainte de la part de clients.

CNN rapporte qu'il a toutefois reçu plusieurs contraventions au fil des années. Il en a notamment reçu une en 2015, dans le Missouri, pour ne pas avoir correctement entretenu le système de freinage de son véhicule.

Un père peut-être radicalisé sur Internet

Selon des sources de CNN, Saipov s’est marié en mars 2013 avec une autre ressortissante ouzbèke, Nozima Odilova. La cérémonie se serait déroulée à Cuyahoga Falls, en Ohio. Le couple aurait maintenant deux ou trois enfants, avancent des sources contradictoires.

« Il a arrêté de nous parler quand il s’est marié », a dit Dilnoza Abdusamatova.

Mirrakhmat Muminov, un blogueur américain d’origine ouzbèke, a déclaré à la BBC qu’il avait rencontré Saipov en Ohio et que l'homme est devenu agressif après avoir été radicalisé sur Internet.

« Il n’avait pas beaucoup d’éducation et n’avait aucune connaissance du Coran avant d’arriver aux États-Unis », a-t-il déclaré. « Au début de son séjour ici, il était une personne normale. »

Selon M. Muminov, Saipov est cependant devenu déprimé, voire irrité, parce qu’il n’a pas réussi à se trouver du travail comme chauffeur. Il s’est aussi distancé du reste de la communauté ouzbèke avant de s’installer en Floride.

Il dit avoir perdu sa trace par la suite.

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