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Attaque de Paris : l'assaillant était connu des renseignements

L'homme qui a attaqué au couteau cinq passants à Paris, samedi soir, et qui a tué l'un d'eux avant d'être abattu par la police était fiché « S » depuis 2016, sans antécédents judiciaires, et originaire de Tchétchénie.

Ses parents ont été placés dimanche en garde à vue, a-t-on précisé de source judiciaire. Un de ses amis a également été arrêté à Strasbourg dans l'est du pays, dimanche.

Né en 1997, l'homme « était fiché "S" depuis 2016, il avait été naturalisé français en 2010 à la suite de la naturalisation de sa mère », a précisé le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, au Grand Jury sur la chaîne RTL.

M. Griveaux a dit ignorer pour l'heure les raisons de son signalement dans les fiches « S » des personnes potentiellement menaçantes pour la « sûreté de l'État ». BFM TV fait état de « liens indirects avec une personne en Syrie ».

L'attaque a été revendiquée samedi soir par le groupe armé État islamique. « À cette heure, il n'y a pas encore d'authentification absolue », a déclaré le porte-parole.

La section antiterroriste du parquet de Paris a été saisie, compte tenu du mode opératoire de l'attaque et « sur la foi de témoignages faisant état du fait que l'agresseur a crié "Allah Akbar" », a précisé le procureur de Paris, François Molins.

Les qualifications d'« association de malfaiteurs terroriste pour préparer la commission de crime d'atteinte aux personnes » et « d'assassinat et tentative d'assassinat sur personne dépositaire de l'autorité publique en relation avec une entreprise terroriste » ont été retenues.

« Je vais vous tuer »

L'attaque, survenue peu avant 21 h dans le secteur de la rue Monsigny, dans le 2e arrondissement de Paris, non loin du quartier touristique de l'Opéra, a fait un mort, un jeune homme de 29 ans qui a succombé à ses blessures, et quatre blessés, dont un ressortissant chinois et un Luxembourgeois, selon les représentations diplomatiques de ces deux pays.

Le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, a assuré dans la nuit de samedi à dimanche que les quatre blessés étaient hors de danger.

Il s'agit d'un homme de 34 ans qui avait été transporté en urgence à l'hôpital parisien Georges-Pompidou et d'une femme de 54 ans qui a aussi été grièvement blessée. Une femme de 26 ans et un homme de 31 ans l'ont été plus légèrement.

« Je viens de voir la personne la plus grièvement blessée. Elle va mieux. Elle a été opérée. Aujourd'hui, elle est sauve, a dit le ministre de l'Intérieur qui s'était rendu dans la nuit à Georges-Pompidou. Deux de ses amis sont dans un autre hôpital, ils sont totalement hors de danger. Une quatrième personne qui avait été blessée est aussi hors de danger. »

Selon des témoignages et une photo vue par Reuters, l'assaillant était vêtu de noir, brun et barbu. Prévenues par des appels téléphoniques, les forces de l'ordre sont intervenues rapidement rue Monsigny.

Une note de police sur les faits dévoilée dimanche par Le Figaro précise que le pistolet à impulsion électrique Taser s'est révélé inefficace et que le second policier a blessé « gravement » par balle l'agresseur « dans la région du cœur ».

Un couteau de 10 cm

L'arme de l'agresseur était un couteau de cuisine « dont la lame mesurant 10 cm est cassée », indique la note.

« La menace est grave, diffuse, une menace endogène [...] avec les moyens les plus élémentaires possible », a souligné Gérard Collomb lors d'une réunion dimanche à son ministère.

Le ministre a concédé qu'il était « compliqué de pouvoir prévenir » ce type d'attentats.

« Il n'y a pas malheureusement de moyens d'empêcher ce type d'événements », a abondé Benjamin Griveaux, alors que l'opposition de droite reproche au gouvernement son inertie face à la menace terroriste.

« Dans la guerre contre le terrorisme, les mots ne suffisent pas, il faut des actes », a réagi sur Twitter le président des républicains, Laurent Wauquiez, qui plaide pour la rétention administrative des fichés « S » les plus dangereux.

La présidente du Front national, Marine Le Pen, a demandé sur Twitter « par quelle filière ce terroriste islamiste et sa famille sont-ils présents sur notre territoire? ». « À quoi peut bien servir cette fiche "S" si on ne s’en sert pas pour mettre ces bombes à retardement hors d’état de nuire sur le sol français? », a-t-elle insisté.

« La fiche "S" permet de faire un travail de police et un travail de renseignement importants, a répondu Benjamin Griveaux. Ces 15 derniers mois, 22 attentats ont été déjoués, notamment grâce au travail de nos services de renseignement, qui est permis, facilité grâce à la tenue de fiches "S". »

« Si vous les enfermez, vous ne pouvez pas remonter des filières, démanteler des opérations qui adviendraient demain », a-t-il expliqué, appelant la droite à « dépasser les effets de tribune ».

Un secteur bouclé

Un important périmètre de sécurité a été mis en place dans un secteur bouclé où ont convergé un nombre impressionnant de véhicules de police, de pompiers et de secours.

Des touristes et riverains étaient bloqués derrière les rubans de sécurité, interloqués.

« J'étais en terrasse de café, j'ai entendu trois, quatre coups de feu, cela a été très rapide. Puis, les barmans nous ont dit de rentrer très rapidement. Je suis ensuite ressortie pour voir ce qu'il se passait, j'ai alors vu un homme à terre », a témoigné Gloria, 47 ans.

« On a entendu deux coups de feu, on ne savait pas ce que c'était, on a vu des gens partir en courant et on est partis en courant aussi. La terrasse était blindée et tout le monde est parti d'un coup », a raconté Sébastien, qui se trouvait à la terrasse d'un café avec deux amis.

« On a croisé quelqu'un qui sortait de l'immeuble et qui a dit avoir vu l'assaillant égorger quelqu'un. Des gens se sont réfugiés dans le bar », a ajouté son ami Maxime.

Un pays sous menace terroriste

Cette attaque intervient alors que la France vit sous une constante menace terroriste.

La dernière attaque meurtrière, le 23 mars à Carcassonne et à Trèbes, avait porté à 245 le nombre de victimes tuées dans les attentats sur le sol français depuis 2015. Des attaques ont déjà été menées au couteau, notamment à Marseille en octobre 2017.

Particulièrement visée, la France fait partie de la coalition militaire internationale intervenant en Syrie et en Irak contre le groupe djihadiste État islamique.

Depuis 2014, les sympathisants de Daech ont tué plus de 200 personnes en France, dont 130 durant les attentats de novembre 2015 à Paris.

À la mi-avril, Paris a mené des frappes contre des sites de production d'armes chimiques du régime de Bachar Al-Assad, lors d'une opération conjointe avec le Royaume-Uni et les États-Unis.

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