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Attaque des Champs-Élysées : voici comment se propage une fausse rumeur sur Twitter

CHRONIQUE - Comme lors de tout attentat terroriste, de fausses rumeurs ont circulé sur les réseaux sociaux à propos de l'attaque des Champs-Élysées, jeudi. J'ai décidé de traquer en temps réel la propagation de l'une d'entre elles. Vous verrez comment, en une heure à peine, une rumeur non fondée explose et devient hors de contrôle, accusant à tort, au passage, un homme d'être l'auteur de l'attentat.

Un peu avant 21 h (heure de Paris)

Des policiers sont attaqués sur les Champs-Élysées, dans la capitale française. Les premières informations indiquent que deux policiers sont morts, tout comme un des assaillants (le bilan en date de vendredi matin est d'un policier mort et deux blessés grièvement, en plus du tireur mort). Plusieurs médias rapportent qu'il y aurait un deuxième tireur en cavale (ce qui se révélera faux).

21 h 27 (heure de Paris)

Jean-Paul Louis Ney publie sur Twitter le nom et la photo d'un suspect recherché par les services policiers, potentiellement en lien avec l'attaque. Il s'agit de Youssouf El-Osri, un ressortissant belge (en date du 21 avril, les services policiers français n'ont toujours pas confirmé s'il était lié ou non à l'attaque).

En même temps, le site conspirationniste Wikistrike publie les mêmes informations, ne les attribuant pas à leur source (l'article a été retiré depuis).

Dans les deux versions de l'histoire, on publie la photo et le nom du supposé suspect, ainsi qu'une fiche provenant des services policiers belges. Dans les documents, on affirme que l'homme est dangereux et aurait gagné la France depuis la Belgique, par train. On ne mentionne aucunement l'attentat des Champs-Élysées.

Déjà, une heure plus tard, le message original de Jean-Paul Louis Ney est retweeté plus de 1000 fois. Dans plusieurs tweets, tout comme dans l'article de Wikistrike, on affirme qu'il s'agit du deuxième tireur en cavale.

Remarquez que M. Ney n'a jamais dit qu'il s'agissait d'un deuxième tireur. Il a simplement dit que l'homme était recherché.

21 h 58 (heure de Paris)

Le populaire conspirationniste Paul Joseph Watson publie à son tour la photo et l'identité du supposé suspect. Il l'identifie clairement comme « le suspect en cavale en lien avec l'attaque terroriste de Paris ». Il ne dévoile pas où il a obtenu son information. Son message est retweeté plusieurs centaines de fois en quelques minutes.

Dans les minutes qui suivent

Plusieurs sites d'information de qualité douteuse, un peu partout dans le monde, reprennent les informations qui continuent à circuler sur Twitter. Le site de la droite identitaire Dreuz publie à son tour l'avis de recherche.

Le nom du supposé suspect est désormais dans les sujets tendance sur Twitter en France.

Entre 22 h et 23 h (heure de Paris)

La rumeur continue de circuler sur Twitter et atteint d'autres pays. Des comptes de partout dans le monde reprennent l'information erronée.

Vers 23 h, une recherche sur le site d'analyse des réseaux sociaux Brand24 permet de voir que des tweets comportant le nom du supposé suspect ont atteint près de 250 000 personnes sur Twitter en une heure et demie à peine.

Le ministère de l'Intérieur français en profite pour rappeler aux internautes de ne pas partager de rumeurs sur les réseaux sociaux.

Vers 23 h (heure de Paris)

Le porte-parole du ministère de l'Intérieur français, Pierre-Henry Brandet, tient un point de presse à Paris. Il confirme qu'un seul policier est mort. Il dément aussi la rumeur d'un deuxième tireur, et affirme que le seul assaillant a été « neutralisé » par les services policiers, mais ne dévoile pas son identité.

La rumeur d'un deuxième tireur est d'ailleurs très courante lors d'attaque terroristes, et elle ne se confirme que très rarement. Lors de l'attaque à la mosquée de Québec, par exemple, les premières informations à circuler laissaient entendre qu'il y aurait eu un deuxième tireur, ce qui a été démenti après enquête par les services policiers. Dans son guide sur les « breaking news » (nouvelles de dernière heure), l'organisme WNYC suggère d'ailleurs aux consommateurs de nouvelles de prendre ces rumeurs avec un grain de sel, puisqu'« il n'y a presque jamais un deuxième tireur ».

23 h 17 (heure de Paris)

Des utilisateurs exaspérés pestent contre les médias français, qui ne mentionnent pas le nom du supposé suspect (c'est parce que c'est une rumeur, pour le moment, non fondée), alors que plusieurs médias internationaux le font.

23 h 21 (heure de Paris)

L'histoire change! Vu que le ministère de l'Intérieur a démenti la rumeur d'un deuxième tireur, notre supposé suspect devient maintenant l'homme abattu sur les Champs-Élysées par les services policiers. La police n'a toujours pas dévoilé l'identité de l'assaillant.

23 h 42 (heure de Paris)

Le groupe armé État islamique revendique l'attaque. Dans la revendication, le groupe terroriste affirme que son « frère Abou Youssef le Belge » a mené l'attaque. Est-ce que Daech s'est aussi fait avoir par la fausse rumeur sur Twitter? La question se pose.

Dans les heures qui suivent

L'identité de l'assaillant est dévoilée : Karim Cheurfi, connu des services policiers français.

Et notre supposé suspect, Youssouf El-Osri? Il se livre au parquet belge. Au moment de l'attaque, il se trouvait au travail à Anvers, en Belgique, et non en France. Il était bien recherché par les services policiers belges, mais dans une autre affaire. Selon les dernières informations, le ministère français de l'Intérieur ne pouvait pas confirmer ou infirmer s'il était lié « de près ou de loin » avec l'attaque de jeudi soir. Reste qu'il n'était ni l'assaillant, ni le « deuxième tireur ».

Au final

Le nom du supposé suspect faussement nommé soit comme deuxième tireur ou comme l'assaillant, a été vu par quelque 933 000 personnes sur Twitter, en date du lendemain des événements.

Vous voyez pourquoi il est important de ne pas partager de rumeurs pendant une période de crise?

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