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Attaques contre les foules : stratégie ou ultimes soubresauts de l’État islamique?

Le recours de plus en plus fréquent du groupe armé État islamique (EI) à des attentats à l'arme blanche et à la voiture-bélier est-il symptomatique de son affaiblissement ou alors, au contraire, l'expression de sa détermination à maintenir la pression par divers moyens? Décryptage.

Un texte d'Ahmed Kouaou

L’explication selon laquelle le groupe armé État islamique, poussé dans ses derniers retranchements en Syrie et en Irak, agit telle une bête blessée qui lutte pour sa survie ne fait pas partie de la grille de lecture de Nicolas Hénin.

Le journaliste français, spécialiste du terrorisme et auteur de Jihad Academy, dit avoir décelé chez de la mouvance terroriste, dans ses différentes déclinaisons, une volonté de diversifier ses forces de frappe.

« Le premier mode opératoire, confie-t-il à l’émission Midi Info, c’est celui de l’opération commando. C’est-à-dire mettre sur pied une cellule - à l’image de ce qu’on a vu à New York en 2001 ou au Bataclan (France) le 13 novembre 2015 - qui va mener une opération ».

À l’autre extrémité du spectre, poursuit-il, il y a ce qu’il appelle « l’attentat d’initiative », qui consiste à « inviter n’importe qui, même sans relation organique avec le groupe, à commettre un attentat en s’inspirant des modes opératoires qui sont communiqués par le groupe et, autant que possible, en prononçant juste avant de commettre l’attentat un serment d’allégeance à ce groupe ».

« C'est beaucoup plus facile de louer une voiture et de foncer ensuite sur la foule, contrairement aux explosifs qu'il faut savoir soit fabriquer, soit manipuler », illustre pour sa part Éric Buchlin, ancien membre du Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) en France, en entrevue à RDI.

Semer la peur, par tous les moyens

Nicolas Hénin constate que « la mouvance djihadiste utilise l’ensemble du spectre qu’elle a à sa disposition », d’autant plus que « mettre en place une cellule dormante demande beaucoup de moyens, en particulier de la ressource humaine qui est difficile à mettre en place, à déployer ».

C’est la raison pour laquelle « les attentats commis par des commandos sont plutôt rares et interviennent de manière moins fréquente, en tout cas en Occident », où la mobilisation sécuritaire peut être dissuasive. D’où le recours des groupes terroristes à des attaques à l’arme blanche ou à la voiture-bélier, entre autres, pour maintenir leur capacité de nuisance, avoir un écho médiatique, mais aussi et surtout instaurer un climat de psychose dans la population.

Ce souci des groupes terroristes de maintenir la pression est tel, de l’avis de Nicolas Hénin, qu’ils utilisent parfois un « presque-attentat, donc un attentat qui va échouer ou une tentative très improvisée, très bricolée, mais qui va malgré tout mobiliser, d’une part, les services de sécurité et, d’autre part, du temps d’antenne médiatique qui va continuer à l’épuisement du public, parce qu’on va sans cesse se faire rappeler cette réalité de menace terroriste ».

Quoi qu’il en soit, celui qui a été otage du groupe armé État islamique pendant 10 mois en Syrie, en 2013, estime que la menace terroriste « ne doit pas nous faire modifier notre façon de vivre, notre façon de penser, notre façon de nous comporter, quand bien même ces attaques sont particulièrement vicieuses », en ce sens qu’elles interviennent souvent « au moment où l'on essaie d’oublier le souci du quotidien (périodes de vacances, de fêtes, etc.) ».

Tenir tête aux terroristes en continuant de vivre et en se gardant de sombrer dans l’affolement collectif est d’autant plus recommandé par les spécialistes que la prévention et la réponse sécuritaire ne sont jamais infaillibles.

« On essaie de trouver des solutions comme on l’a vu à Montréal avec des blocs de béton qui sont mis, on essaie de bloquer des rues avec des véhicules. On sait très bien qu'on ne va pas arriver à faire du 100 % pour empêcher [un attentat]. Par contre, il faut être prêt une fois que ça arrive. Il faut être prêt au niveau des services de déminage, au niveau des services de police et au niveau des secours », rappelle Éric Buchlin.

L’ancien agent du GIGN français donne quelques conseils pratiques aux touristes qui se rendent à l'étranger : retenir le numéro d’urgence du pays où l'on se trouve (le 112 pour les pays d'Europe), savoir au préalable où se trouvent l’ambassade et le consulat canadiens et, enfin, apprendre les gestes de secours pour être en mesure d'offrir les premiers soins, au besoin.

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