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Attentat au Bataclan : retour au coeur de la crise

Sauver des vies, prendre des décisions vitales, c'est le quotidien de Matthieu Langlois, médecin-chef du RAID, l'unité d'élite des forces policières françaises spécialisée dans l'antiterrorisme et les crises. Il a été l'un des premiers à pénétrer dans le Bataclan le soir du 13 novembre 2015 lors de la prise d'otages, une expérience qu'il raconte dans son livre Médecin du RAID. Vivre en état d'urgence. Anne-Marie Dussault l'a rencontré à Paris.

Quand vous êtes entré dans le Bataclan avec d'autres membres du RAID, quel était votre rôle?

L'idée, à ce moment-là, c'était d'extraire [les gens] du danger, de soigner à l'extérieur et, surtout, de soigner à l'hôpital. Une blessure par balle, surtout avec des armes de guerre, ça se soigne au bloc opératoire si on veut sauver des vies. Il faut raccourcir au maximum le délai entre la blessure et l'arrivée au bloc opératoire.

Notre rôle n'est pas de transformer le Bataclan en un hôpital de campagne, pas du tout. C'est le contraire. Notre rôle c'est d'organiser l'évacuation et l'extraction des victimes en réalisant, si c'est nécessaire, des gestes de sauvetage. Mais uniquement des gestes courts à réaliser et dont on est sûr de l'efficacité immédiate.

C'est typiquement la pose d'un garrot, d'un pansement compressif sur une hémorragie qui ne pourrait pas attendre le bloc opératoire. Ça, on le fait sur place, mais en aucun cas on ne perd du temps, parce que ce qui compte, c'est d'abord de s'extraire du danger et ensuite de permettre que les autres services de secours puissent emmener [les blessés] le plus vite possible à l'hôpital.

Quelle est l'utilité de la présence de médecins sur place?

Notre rôle est de faciliter les décisions pour organiser cette évacuation et ces secours. Le fait d'avoir des médecins au cœur de la crise, ça permet justement d'organiser, de trier. Il faut des « décideurs ». N'importe quel secouriste peut mettre un garrot, ils savent le faire aussi bien que moi. Par contre [en ce qui a trait aux décisions] je sais qu'un médecin est vraiment une plus-value pour l'organisation.

Vous écrivez dans votre livre : « Opérer le triage, c'est une décision, ne pas procéder à certains gestes, c'est une décision, adapter un circuit d'évacuation, c'est une décision. Nous, médecins, n'avons pas cessé cette nuit de faire des arbitrages. »

Notre rôle, c'est de prendre les décisions, malgré le stress intense, le danger. Après, il faut les assumer ces décisions et, évidemment, il faut faire en sorte qu'on prenne les bonnes décisions. Mais le pire serait de ne pas prendre de décisions.

Parce que c'est une décision de vie ou de mort, des fois.

Le tri, c'est prendre une décision.

En quelques secondes, dans un regard.

Oui, mais même si le tri n'est pas bon, c'est mieux que de ne pas faire de tri du tout et de se retrouver dans une impasse à dire : « On ne fait rien. »

Est-ce qu'on cherche à revoir les victimes à l'hôpital après?

Non.

Non?

Non. Je me suis posé plusieurs fois la question. Je ne suis pas opposé à rencontrer des victimes. Ils ont leur intimité. Enfin, ce n'est pas quelque chose que je provoquerais, moi, d'aller rencontrer les victimes.

Sur d'autres crises, on a rencontré parfois des victimes au RAID. Si les victimes en ont besoin, ça peut se faire, mais ce n'est pas quelque chose que nous, on veut provoquer.

C'est un mécanisme de protection, à ce moment-là?

Probablement.

Mais c'est important pour vous de savoir s'ils ont survécu?

Ça, je le sais.

Ah oui? Des résultats du bloc opératoire, et tout ça?

Oui. Comme ça, je suis bien. Voilà.

Le Bataclan, dans votre vie, c'est unique?

J'espère, oui.

Mais, en même temps, on ne cesse de dire qu'on risque de vivre encore d'autres événements comme ça.

Oui.

Vous vous sentez prêt?

Oui, je suis prêt. J'espère que c'est le dernier pour la France, ça, c'est évident. Maintenant, le RAID, notre devise c'est : Servir sans faillir . Donc, évidemment, on est prêts.

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