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Attentat de Berlin : un nouveau suspect identifié

La chasse à l'homme visant à mettre la main sur l'auteur de l'attentat de Berlin s'oriente vers un demandeur d'asile dont les papiers d'identité ont été retrouvés sous le siège du chauffeur du camion qui a foncé dans la foule fréquentant un marché de Noël, signalent plusieurs médias allemands. Selon un ministre, il était déjà considéré comme une possible menace terroriste par les autorités.

Selon l'hebdomadaire Der Spiegel, ces papiers sont au nom d'Anis A, un Tunisien né à Tataouine en 1992. Nul ne sait cependant s'il s'agit là de sa véritable identité; selon la Süddeutsche Zeitung, il pourrait avoir jusqu'à huit identités. Les quotidiens Allgemeine Zeitung, de Mayence, et Bild rapportent aussi la découverte de ces papiers d'identité et lui prêtent trois identités.

La Süddeutsche Zeitung soutient que l'homme en question est arrivé en Allemagne en juillet 2015, et aurait déposé une demande d'asile en avril 2016. Le document d'identité retrouvé dans le camion est celui qui est remis à ceux dont la demande a été refusée. Il a été émis à Kleve, une ville de Rhénanie du Nord-Westphalie, située à la frontière avec les Pays-Bas.

Il aurait en outre entretenu des contacts avec un ressortissant irakien de 32 ans, identifié comme Ahmad Abdulaziz Abdullah A., alias Abou Walaa. Selon le parquet fédéral, cet homme a été arrêté en novembre avec quatre complices pour avoir mis sur pied un réseau de recrutement pour le compte du groupe armé État islamique. L'organisation a revendiqué l'attentat, mardi.

« Il y a un nouveau suspect, on recherche ce suspect », s'est contenté de déclarer le ministre allemand de l'Intérieur, Thomas de Maizière. « Un avis de recherche a été lancé à minuit pour l'Allemagne, mais aussi pour l'espace Schengen, c'est-à-dire en Europe », a-t-il précisé.

Le mnistre de Maizière, qui avait précédemment fait savoir que la police disposait de plus de 500 indices, dont des traces ADN dans le camion et des images de vidéosurveillance, est toutefois demeuré prudent, en rappelant que « suspect ne veut pas dire qu'on est l'auteur ».

Ralf Jäger, le ministre de l'Intérieur de Rhénanie du Nord-Westphalie affirme pour sa part que le Tunisien recherché avait été signalé en novembre au centre allemand de lutte contre le terrorisme. Il entretenait des contacts avec un réseau islamiste de la région, où il habitait au début de l'année, avant de s'installer à Berlin.

La police judiciaire de Rhénanie du Nord-Westphalie avait initié une enquête auprès du parquet fédéral allemand (compétent en matière de terrorisme) en raison de suspicions sur la préparation d'un acte criminel grave représentant un danger pour l'État

Ralf Jäger

Selon le ministre Jäger, la demande d'asile du suspect avait été rejetée en juin. La procédure d'expulsion vers la Tunisie avait cependant échoué, l'individu n'ayant pas présenté de papiers d'identité et les autorités tunisiennes contestant qu'il soit un de leurs ressortissants. Tunis n'a finalement reconnu sa nationalité que tout récemment, a-t-il précisé.

« Il s'agit d'un individu classé dangereux, que les services de sécurité connaissaient et qui appartenait à la scène islamiste-salafiste », a ajouté un spécialiste des questions de sécurité, Stephan Mayer, qui s'exprimait aux côtés du ministre allemand.

Selon un média local allemand, environ 150 policiers ont perquisitionné dans l'après-midi un foyer de réfugiés dans la localité d'Emmerich, dans l'ouest du pays, où le Tunisien a séjourné dans le passé.

Le sort mystérieux du chauffeur attitré du camion

Le quotidien Bild révèle en outre de nouvelles informations sur le chauffeur attitré du camion, un Polonais mesurant 1,83 mètre et pesant 265 livres. Comme il devait livrer sa cargaison de 24 tonnes d'éléments en acier mardi, il avait garé son véhicule dans une zone industrielle située dans le nord-ouest de Berlin.

Vers 15 h, heure locale, le routier a brièvement parlé à son épouse. Le couple a décidé de se reparler une heure plus tard, mais ce contact téléphonique n’a jamais eu lieu. En revanche, selon son patron, les données GPS du camion montrent que le véhicule a été mis en marche, mais en ne faisant que de petits mouvements « comme si quelqu'un apprenait à le conduire ».

Le poids lourd a finalement quitté son stationnement vers 19 h 40, et parcouru 10 kilomètres avant de foncer dans la foule rassemblée pour le marché de Noël vers 20 h.

Après 60 à 80 mètres, le camion, au lieu de poursuivre sa course tout droit à travers le marché, a cependant viré à gauche, transperçant un chalet du marché pour s'immobiliser sur l'avenue bordant la place. Cette sortie de trajectoire a mis fin au carnage.

Arrivée sur les lieux, la police a retrouvé le chauffeur polonais mort, tué par balle, dans la cabine sur le siège passager. Il portait « des traces de coups », a indiqué son patron, après avoir vu des photos. « Il était évident qu'il s'était battu. Son visage était ensanglanté, tuméfié. Il y avait une blessure à l'arme blanche. »

Des médias avancent que le chauffeur a pu être kidnappé et forcé de conduire le camion vers la foule avant de se débattre et d'être tué. Autre hypothèse : tenu en joue sur le siège passager, il pourrait avoir tenté de prendre le contrôle du véhicule pour le forcer à quitter sa trajectoire mortelle.

Certains médias estiment que le suspect pourrait être blessé. Selon eux, la police a d'ailleurs effectué des vérifications dans plusieurs hôpitaux de Berlin.

Un deuxième suspect arrêté puis relâché

Selon le groupe de radiotélévision Rundfunk Berlin-Brandenburg, un deuxième suspect a été interpellé dans la nuit de mardi à mercredi, avant d'être remis en liberté quelques heures plus tard. Mardi, la police avait aussi relâché un ressortissant pakistanais arrêté après le drame; elle n'avait trouvé aucune preuve qu'il se trouvait dans la cabine.

Dans une entrevue accordée mardi soir à la télévision, le président d'un des principaux syndicats de policiers, André Schulz, a néanmoins assuré que la police dispose de « bonnes pistes » et de « très nombreux éléments » d’enquête. « Je suis assez optimiste quant au fait que nous pourrons peut-être très prochainement présenter un nouveau suspect », a-t-il affirmé.

L’attaque a été qualifiée de « terroriste » par la chancelière allemande, Angela Merkel. Celle-ci a cependant invité les Allemands à ne pas vivre dans la peur, même si les mesures de sécurité ont été renforcées dans la capitale.

« Nous voulons renforcer la présence policière et la protection des marchés de Noël. Il y aura des patrouilles supplémentaires. Les policiers auront des fusils mitrailleurs », a précisé le président de la conférence des ministres de l'Intérieur des différents Länder allemands, Klaus Bouillon.

S'il s'avérait que l'auteur est un demandeur d'asile, la pression politique sur Mme Merkel ne fera qu'augmenter, elle qui est déjà critiqué depuis des mois pour sa politique migratoire jugée trop généreuse, non seulement par les populistes de droite, mais aussi par l'aile droite de sa propre famille politique.

L'Allemagne a accueilli plus de 900 000 demandeurs d'asile au cours des deux dernières années.

Au total, 12 personnes ont été tuées, dont un homme qui a été abattu par balle et retrouvé dans le camion ayant servi à l'attaque. Sur les 45 personnes blessées, 14 sont également jugées dans un état grave.

L'Allemagne avait jusqu'ici été épargnée par des attaques d'ampleur, comme celles qui ont frappé Paris, Bruxelles et Nice depuis novembre 2015.

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