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Au Pérou, la grâce accordée à l'ex-président Fujimori déclenche des manifestations

Quelque 5000 Péruviens sont descendus - malgré Noël - dans les rues de la capitale Lima, lundi soir, pour protester contre la grâce offerte à l'ex-président Alberto Fujimori. Ces manifestants ont également réclamé le départ de l'actuel chef de l'État, qu'ils accusent d'avoir commué la peine de Fujimori à des fins politiques.

Sous les cris de « dehors, dehors PPK! », soit l'acronyme et surnom du président en poste, Pedro Pablo Kuczynski, les protestataires sont sortis de chez eux après des appels lancés sur les réseaux sociaux.

La police était elle aussi sortie en force pour éviter que la foule ne parvienne à la clinique où est soigné M. Fujimori depuis samedi pour arythmie et tension artérielle basse.

Devant ce même bâtiment, plusieurs centaines de partisans pro-Fujimori célébraient la remise en liberté de l'ancien homme fort du pays.

Des affrontements ont néanmoins éclaté entre protestataires et forces de l'ordre; celles-ci ont employé des gaz lacrymogènes et fait usage de matraques pour disperser la foule, blessant du même coup un cameraman du diffuseur public.

Au dire du médecin traitant de M. Fujimori, ce dernier est toujours aux soins intensifs, et son état ne va qu'empirer.

Un quart de siècle en prison

En poste de 1990 à 2000, Alberto Fujimori, d'origine japonaise, a été condamné en 2007 à 25 ans de prison pour corruption et crimes contre l'humanité. L'ex-président a commandité le meurtre de 25 personnes aux mains d'un escadron de la mort lors de la lutte contre les membres du Sentier lumineux, une guérilla d'extrême gauche.

Dimanche, le président Kuczynski a gracié l'ancien chef d'État pour des motifs « humanitaires », reniant du même coup une promesse électorale prise en 2016.

Selon des sondages, 65 % des Péruviens étaient favorables à cette amnistie; l'ancien dirigeant suscite toujours la division au pays.

« Tout fait partie d'un jeu politique, les raisons de santé [invoquées pour le gracier] ne sont pas claires, nous sommes ici avec les proches [des victimes] pour dénoncer cette grâce illégale, car elle ne correspond pas à la gravité des délits sanctionnés », a confié à la presse Gisella Ortiz, représentante d'un groupe de familles, en marge de la manifestation de lundi soir.

Sur Twitter, le secrétaire administratif de la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH), Paulo Abrao, a critiqué « une décision politique qui ignore la proportion entre l'amnistie et la gravité des crimes contre l'humanité ».

Pour lui, l'amnistie n'est rien de moins que de « l'impunité ».

Fujimori s'excuse

À partir de son lit d'hôpital, l'ancien président a demandé « pardon », mardi, pour les gestes commis alors qu'il dirigeait le pays.

« Je suis conscient que les résultats sous mon gouvernement ont, en partie, été bien accueillis, mais je reconnais que j'ai également déçu une partie de mes compatriotes. Je leur demande pardon du fond du coeur », a-t-il déclaré dans un message vidéo.

Destitution évitée

Outre la colère provoquée par la décision de gracier l'ex-président, l'actuel chef de l'État péruvien a également suscité la vindicte populaire en survivant à un vote de destitution en lien avec une affaire de corruption.

Le président Kuczynski était accusé d'avoir menti sur ses relations avec le géant brésilien Odebrecht.

L'entreprise a reconnu avoir versé près de cinq millions de dollars à des entreprises de conseil directement liées au président pendant la période allant de 2004 à 2013, alors que ce dernier était ministre.

Accusé d'« incapacité morale », M. Kuczynski a échappé de près au couperet politique, alors que 79 députés ont voté pour sa destitution; il fallait que 87 des 130 personnes siégeant au Parlement donnent le feu vert pour que la procédure suive son cours.

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