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Australie : un projet de mine controversé à proximité de la Grande Barrière de corail

Le gouvernement australien fait fi des craintes des organismes environnementaux et donne le feu vert à un projet de mine de charbon bloqué par la justice en août dernier, qui se trouve à proximité de la Grande Barrière de corail.

Le ministre australien de l'Environnement, Greg Hunt, a donné son aval au projet Carmichael du groupe indien Adani. M. Hunt a assuré, dans un communiqué, que le projet était assujetti à « 36 des conditions les plus strictes de l'histoire australienne ».

Les environnementalistes s'inquiètent toutefois de l'augmentation du trafic maritime et de la construction d'une ligne de chemin de fer de 189 km qui menace des reptiles et des oiseaux dans cette région. Ils estiment que le projet houiller, d'une valeur de 16,5 milliards de dollars, est néfaste pour le plus grand récif corallien du monde.

La grande barrière de corail est classée au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO.

L'impact général du projet sur le climat est également montré du doigt en raison de la piètre performance du secteur du charbon en matière de gaz à effet de serre.

L'aval de 2014, les garanties de 2015

Le projet minier, auquel l'Australie avait donné le feu vert en juillet 2014, prévoit l'exploitation d'une mine de charbon dans l'État du Queensland. La mine deviendrait l'une des plus importantes au monde.

Le projet prévoit également l'agrandissement d'un port de charbon à Abbot Point, près de la Grande Barrière de corail en prévision de l'exportation.

La Cour fédérale australienne avait porté un dur coup au projet, au début du mois d'août, en invalidant l'autorisation accordée par le ministère de l'Environnement. La Cour estimait que le projet négligeait la protection de deux espèces vulnérables de reptiles : l'Egernia rugosa, qui ressemble à un lézard, et le serpent Denisonia maculata.

« Les conditions très précises vont permettre de protéger les espèces menacées et auront des répercussions positives à long terme sur l'environnement au travers d'un ensemble de compensations », indique Greg Hunt dans son communiqué.

« Je devrai vérifier le respect de ces conditions avant le début de l'activité minière », précise le ministre.

Le système de compensations mis sur pied par le gouvernement australien prévoit que le groupe indien s'engage à protéger des habitats sur d'autres sites que son projet menace.

Adani devra notamment verser un million de dollars, sur une période de 10 ans, à des programmes de recherches sur des espèces menacées du bassin de Galilée, là où se trouve le projet.

Une « catastrophe complète », selon Greenpeace

Le groupe environnementaliste à l'origine de la procédure judiciaire contre le projet, Mackay Conservation, estime que la mine de charbon met en péril « des espèces en danger, des nappes phréatiques précieuses, le climat mondial et l'argent des contribuables ».

« Le ministre Hunt a de nouveau trahi la population australienne en ne tenant pas compte de nouvelles preuves de l'impact dévastateur de ce qui sera la plus grande mine de charbon d'Australie », a déclaré une de ses responsables de l'organisme, Ellen Roberts.

De son côté, Greenpeace a qualifié le projet de « catastrophe complète pour le climat et la Grande barrière de corail ». L'organisme international dénonce particulièrement l'impact de l'intensification du trafic maritime vers Abbot Point.

« La mission du gouvernement fédéral et du ministre de l'Environnement devrait être de protéger les récifs et le climat, pas de donner aux entreprises minières le droit de les détruire », a estimé dans un communiqué Shani Tager, un dirigeant de Greenpeace.

Pendant que les environnementalistes dénoncent la décision du gouvernement australien, l'action d'Adani a fait un bond de 10 % à la Bourse de Bombay. « L'annonce, aujourd'hui, du feu vert fédéral final accordé par le ministre Hunt à la mine Carmichael et à la voie ferrée du bassin de Galilée montre que les préoccupations [en matière de protection des espèces] ont été prises en compte au travers de conditions draconiennes », a indiqué le groupe dans un communiqué.

La société indienne soutient que son projet de mine de charbon créera 10 000 emplois en plus de générer des milliards de dollars en recettes pour l'État. Des analystes remettent toutefois ces prévisions en doute en raison de la chute du cours du charbon.

Plusieurs banques - notamment les entreprises françaises Société Générale, BNP Paribas et le Crédit Agricole - se sont notamment retirées du projet en raison de son empreinte écologique trop lourde.

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